‹ Charles de MarillacChapitre 94 sur 200 · Maurenbrecher, p. 25 et · texte numérisé non relu

Maurenbrecher, p. 25 et

venir cette éventualité, en réglant la succession à l’Empire au profit de cette maison. Ferdinand n'insista pas, du reste, sur les moyens d'y pourvoir. Que l’on instituât un gouvernement à deux têtes au profit des fils aînés des deux frères, ou que l’on constituât un séniorat dans la maison des Habsbourg, telle n’était pas à ce moment la question capitale. Ce qui importait surtout, c'était de maintenir dans la famille la dignité impériale. Néanmoins, les deux frères ne prirent à cette époque aucune décision”.

A la diète d'Augsbourg, en 1548, l'affaire revint en discussion, mais ne fut pas encore résolue. Il ne semble pas, d'ailleurs, qu’à ce moment, Charles désirât l'élévation à l'Empire de son fils Philippe. L'Empereur reyenait à la tradition d’une étroite union entre l'Espagne et l'Italie : 1l paraissait souhaiter que son fils se présentât sur la scène européenne comme Vicaire de l’Empire en Italie, comme représentant et litulaire du pouvoir impérial dans la Péninsule et que l’archiduc Maximilien fût investi de la dignité d’empereur d'Allemagne, après la mort de son père Ferdinand”*.

Ces plans trouvèrent dans le prince Philippe un adversare déterminé. Peut-être sous l'influence du duc d’Albe, peut-être de son propre mouvement, 1l demanda à son père d’ajourner la décision de cette question, qui touchait de si près les intérêts des Habsbourg, jusqu’à son arrivée à Bruxelles, où 1l devait venir rejoindre l'Empereur. Charles céda à ces instances, et il convint en même temps avec son frère, vers le milieu de l’année 1548, que le successeur de Ferdinand, au titre de roi des Romains, ne pourrait être

1. Bucholtz, Gesch. der Regierung Ferdinands 1, +. IX, p. 400. — Ranke, Deutsche Geschichte, &. VI, p. 392. — Ribier, t. II, pr 417; 2. Maurenbrecher, p. 197.

choisi qu'après un débat sérieux et une discussion approfondie *.

Depuis ce moment jusqu'à son arrivée à Bruxelles (avril 1549), le prince Philippe dut faire valoir auprès de son père de très forts arguments en sa faveur, car revenant sur tous ses projets, l'Empereur médita bientôt d'enlever à son frère la dignité de roi des Romains pour en investir Philippe. S'il faut en croire Marillac, dès le mois de février 1549, « l’on commençoit fort à parler à la cour de Bruxelles de faire le prince des Espaignes roy des Romains * ». Le bruit courait que «l’on avoit tenu propoz à Ferdinand de se démettre du ültre qu'il avoit pour succedder à l'Empire * », que l’on désirait dans cette vue l’attirer à Bruxelles. L'on ajoutait, il est vrai, que Ferdinand & ne vouloit en aulcune façon qui fust prester l'oreille à ces propoz.. Ce seroyt en effet, au dire de tout le monde, remarque Marillac, un acte de grande simplicité que de quitter ce qui luy est acquis * ».

Sur le refus de Ferdinand de se rendre à Bruxelles, l'Empereur envoya alors vers lui en Hongrie M. de Chantonnay, fils aîné de M. de Granvelle. Cet ambassadeur était chargé de proposer au roi le mariage d’une de ses filles avec Philippe et d'essayer de le décider par là à résigner ses pouvoirs en faveur du prince”. Mais Chantonnay ne tarda pas à revenir annonçant que & les choses estoient

1. Un échange de lettres eut lieu à ce sujet entre le jeune Granvelle et le duc d’Albe, comme en fait preuve une lettre de Granvelle à la reine Marie de Hongrie du 7 mai 1548, utilisée par Juste, Vie de Marie de Hongrie, p. 90-91. — Voir aussi Bucholtz, t. IX p.792

2. De Marillac au Roi, 13 février 1549. (Bibl. Nat., fr. 3098, p. 152.)

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