Du même au même, 20 février 1549. (Zbid., p
5. L'instruction de Chantonnay est du 12 juillet 1549. (Druftel, t. T, p. 242-251.)
aussy mal disposées qu'il estoit possible ». 11 lui semblait bien difficile, ajoutait-il, qu'on püt jamais fléclur Ferdinand”.
HS
Ce premier projet de l'Empereur était trop radical. Aussi, convaincu de l’inutilité de ses efforts sur ce point, Charles s'arrêta, dès avant son départ de Bruxelles, à une autre combinaison qui avait plus de chances d’aboutir : c'était de faire son fils deuxième coadjuteur de l'Empire, second roi des Romains avec succession future à la dignité impériale, non plus au désavantage de Ferdinand, mas au détriment du fils aîné de Ferdinand, Maximilien. L'Empereur vit dans la diète qu'il avait convoquée à Augsbourg une occasion de faire triompher ses desseins. Dès avant la Diète, du reste, on fit à ce sujet des ouvertures à Ferdinand*. Mais celui-ci n’accueillit pas mieux les projets modifiés de son frère. Il se rendit pourtant à Augsbourg, et c'est à que fut discutée pendant huit mois la question de la succession à l’Empire.
Cette question était, on le comprend, du plus haut intérêt pour la politique française. Si les plans de l'Empereur aboutissaient, la puissance redoutable dont il disposait reviendrait au prince Philippe aussitôt après la mort de Ferdinand. La France devrait alors recommencer contre le fils la lutte sans trêve qu’elle soutenait contre le père depuis 1520. Et cette perspective se laissait entrevoir au moment où la santé toujours déclinante de Charles-Quint faisait présager la prochaine délivrance du monde oceidental! « Tous ceux qui voyoient son visage jugeoient
Cf:: Lettre de Ferdinand à Charles-Quint, du 27 ne 1549. (/bid., P. Sn 269.) — Bucholtz, t. VI, P- 457.
2. Lettre de Marie de Honsien à Ferdinand, du 1er mai 1550, citée par Bucholtz, t. IX, p. 495.
bien qu'il n’estoit pas disposé pour faire longue vie... qu'il estoit bien vieil et maladif et ne tarderoyt point à s’en aller en l’aultre monde’. » — Depuis le mois de juillet qu'il est arrivé à Augsbourg, écrit Marillac, jusqu’à ce mois de fé6vrier (1551) (l'Empereur a eu si peu de santé qu'il ne s’est guères monstré hors de son logis et despuis la Toussaint n’a guères bougé de sa chambre. Il s’est seullement laissé veoir en une salle... joignant à sadicte chambre et aussy chaude qu’une fournaise lors des festes de Sainct-André, Noël et aussy quand il bailla le recez de la Diette* ». La goutte torturait ce vieillard précoce. Il avait parfois « les mains sy contractées el retirées qu'il ne s’en pouvoit ayder », et au dire de Marillac, Q il estoit demouré une foys six jours entiers sy froid qu’à peine on le pouvoit reschauller et pensoient les médecins que la chaleur naturelle fust du tout pour s’esteindre ». — «Je ne veux obmettre, Sire, écrivait Marillac à son maître, qu'il est fort atténué et foible de grandes évacuations de sang. Il a eu ces jours passez son flux accoustumé d’hemorroydes... et ila vuydé, dit-on, par bas, en moings de quatre ou cinq jours, de dix à douze livres de sang”. »
1. «... Atant je me partis de luy (l'Empereur) le laissant en bien pouvre estat. Car oultre ce que despuys ne l’avoys veu le visage luy est fort rappetissé, la parolle affoiblye et l'aleine accourcye, il est devenu gros et enflé par le ventre et par les jambes, laquelle chose les médecins disent estre ung signe évident d’ydropisie, incurable en l'aage de soixante huict ans qu'il a. » De Marillac au Connétable, 15 juillet 1550. (Bibl. Nat., fr. 15917, fol. 4 ro.)
2, De Marillac au Connétable, 24 février 1550. (Zbid., fol. 119 r°.)
3. De Marillac au Roi, 4 novembre 1550. (/bid., fol. 59 vo.) — Marillac a tenu, peut-on dire, pendant son ambassade un véritable journal de la santé de Charles-Quint. L'Empereur, écrit-il le 5 août 1550, s'est « trouvé aulcunement mal disposé de sa personne à cause du temps qui a esté froit et pluvieux, qui lui a ramené la goutte et a esté cause que ledict seigneur a’esté contrainct de se purger pour la troisiesme ou quatriesme foys despuis qu'il est arrivé par deçà, laquelle chose ne semble soubz correction, Sire, désigner rien de bon. » (/bid., fol. 18 vo.) — « Despuis son retour de Municq, mande l'ambassadeur, le 18 août 1550, l'Empereur s'est toujours si mal
& Mais l’ardeur de l'ambition qu'il a, ajoute l’ambassadeur, n’en est en riens diminuée. » Cette puissance, que la mort menaçait de lui arracher, Charles voulait en effet la laisser en héritage à son fils. La disparition si longtemps et si impatiemment attendue du grand Empereur ne pouvait tarder. Ne devait-elle donc point délivrer notre pays de ses perpétuelles alarmes ?
On se figure aisément avec quelle anxiété notre gouver-. nement suivit pendant la Diète le débat de la question de succession. Marillac eut encore là une occasion de déployer son zèle. Dans cette affaire, aussi bien que dans celles du concile et des rebelles, il ne devait s’attirer que des éloges.
Dans une de ses dépêches, notre ambassadeur donne un compte rendu très net de la situation. € L'Empereur, écritil, au mois de septembre 1550, veult essayer de faire le Prince d’'Espaigne second coadjuteur de l'Empire, si tant
trouvé qu'il a gardé la chambre sans se laisser veoir. Les médecins sont en grant doubte de sa santé d’aultant que voyant ce flux d’hemorroydes continuer, ilz ont peur s'ilz se resserrent que l’hydropisie s’en ensuive pour la grant corruption d’humeurs qui sont au corps, et de le permettre ainsy couller ilz craignent qu'advenant quelque petit accident de fiebvre ou de goutte ledict seigneur fust pour succomber, d’aultant que par ce flux il demeure merveilleusement foible. Davantaige, Sire, à considérer comme l'espérance de se porter bien estoit fondée sur la saison d'esté, où toutesfoys l'on a veu maintenant le contraire, l'on peult aisément inférer que l’hyver qui approche n'est pas pour amender le mal, avecques ce qu’à veoir ledict seigneur prendre de troys en quatre jours médecine il ÿ a peu de gens qui estiment que cela puisse durer, laquelle chose faict penser à tout le monde qu'ung de ces matins sans qu'aultrement on n’en prenne garde l’on orra dire que l'Empereur sera déceddé et que courriers seront depeschez de toutes partz. » ({bid., fol. 35 r° et vo.) — « L'Empereur pour l'heure... se trouve bien mal du corps pour estre fort atténué et foyble d'une grande évacuation de sang qu'il a eue ces jours passez par son flux accoustumé d’hemorroydes, depuis lequel la goutte l’a saisy aux pieds, mains, espaulles et aultres lieux, de sorte qu'il n'a guères membre qui puisse faire son office, ains garde le lict sans se pouvoir ayder ny remuer, et qui pis est aulcuns veulent-dire qu'il ne sent point de douleurs ez lieux qui sont les plus sensibles comme les mains et les pieds, laquelle chose on prend pour mauvais présage de pouvoir durer longtemps. » De Marillac au Roi, 4 novembre 1550. (/bid., tol. 58 ro.)
est que le Roy des Romains l'accorde et que les Ellecteurs y consentent et combien que ce dessaing semble estre plein de plusieurs difficultez, par la disposition des voluntez desdicts seigneurs Roy et Ellecteurs qui sont assez esloignez de ce parti'. »
Et d’abord les sentiments des Électeurs ne faisaient de doute pour personne. Le prince Philippe leur était odieux, et il paraissait bien difficile que Charles pût le leur imposer comme futur Empereur. L'Allemagne tout entière aurait du reste protesté contre ce choix. Elle haïssait le fils de l'Espagnol et ne cachait pas ses préférences pour Maximien « espérant plus de luy qui est Alleman et personnaige ouvert et affable, écrit Marillac, que de ce Prince d'Espaigne, qui est de complexion estrange et peu congneu par ceulx qui le hantent le plus” ». Le caractère sombre et taciturne de Philippe, l’ardeur de ses convictions catholiques, la raideur espagnole de ses manières n'étaient point faits pour lui concilier des sympathies, qui allaient toutes à son cousin le roi de Bohème, « prince gentil et de grande expectation * ». D'ailleurs, après trente ans de servitude, l'Allemagne voulait enfin s'affranchir de la domination étrangère des rois d'Espagne et ressaisir la liberté el l'indépendance sous des souverains nationaux, tels que Ferdinand et Maximilien. Elle aussi avait cruellement souffert du despotisme de Charles, elle aussi attendait impatiemment la mort du terrible maître qu'elle s'était donné!
1. De Marillac au Roi, 9 septembre 1550. (WMémoires-journaux du duc de Guise, publiés dans Michaud et Poujoulat, Nouvelle collection de mémoires relatifs à l'histoire de France, &. VE, p. 52.)
2. De Marillac au Roi, 29 septembre 1549. (Bibl. Nat., fr. 3099, p. 151- 152.)
3. Du même au même, 16 septembre 1550. (Bibl. Nat., fr. 15917, fol. 93 r0.)
Les Électeurs étaient très disposés à faire droit aux désirs de l'Allemagne. Dès les premiers jours de son arrivée à Augsbourg, Marillac put le constater. Trois d’entre eux manifestèrent clairement leurs intentions en ne paraissant pas à la Diète. C'étaient les Électeurs de Saxe, de Brandebourg et du Palatinat. « Les Ellecteurs séculiers, écrit Marillac, taschent le mieux qu'ilz peuvent de s’excuser et s’exempter de venir à la Diette'. » Le Comte Palatin dit qu'il est si vieux et si malade qu'il ne peut plus guère quitter sa maison ; le duc Maurice allègue qu'il redoute les entreprises de son frère Auguste ; le margrave de Brandebourg écrit à l'Empereur qu'il est sur le point de se constituer prisonnier entre les mains des enfants du landgrave de Hesse”. Les autres membres du collège électoral, les archevêques de Trèves, de Mayence et de Cologne étaient, il est vrai, présents à la Diète, mais Marillac apprit bientôt qu'ils n'étaient pas dans de meilleures dispositions que les absents. L'ancien nonce du Saint-Siège, l’évêque de Fano, n'avait pas encore quitté la cour impériale, malgré l’arrivée de Pighino. L'Empereur l'avait prié d’user de son autorité pour obtenir des trois prélats une résolution favorable. Peu de jours après, le nonce eut une conversation avec notre ambassadeur et lui avoua qu’il avait échoué dans sa mission. Les Électeurs ecclésiastiques lui avaient formellement déclaré qu'ils ne consentiraient jamais à faire le prince d'Espagne coadjuteur de l’Empire. Si même Ferdi-
1. De Marillac au Roi, 15 juillet 1550. (Bibl. Nat., fr. 145917, fol. 2 ro.)
2. Le Landgrave Philippe de Hesse était prisonnier de Charles Quint depuis Mühlberg. En voulant se constituer lui-même prisonnier entre les mains des enfants du Landgrave, le margrave de Brandebourg prétendait que c'élait « pour s'acquitter de sa foy qu'il leur avoit donnée en parolle de prince, leur promettant que en cas que ledict seigneur Empereur le traictast (le Landgrave) en la sorte qu'on veoyt qu'il faict, il se submettoit à souffrir mesme prison et traitement que recepvroyt ledict Lantgrave. » (/bid., fol. 2 vo.)
nand se ralliait aux desseins de son frère, ils renonceraient à leurs évêchés et droit d'élection plutôt que de sanctionner une pareille violation du droit publie allemand.
Pourtant malgré ces protestations, l'Empereur n’abandonna pas ses projets. Les Électeurs pouvaient dire qu'il ne lui servirait de rien d’obtenir l'adhésion de Ferdinand à la nouvelle loi électorale, que dans ce cas même ils refuseraient, eux, leur approbation. Il passa outre, sans tenir compte de ces avertissements. Il se disait qu'ayant une fois arraché le consentement du roi des Romains, le principal intéressé, 1l ne pouvait manquer de triompher du mauvais vouloir du corps électoral. Et dans cette pensée, il entama aussitôt les négociations avec Ferdinand.
Mais celui-ci paraissait de moins en moins disposé à laisser dépouiller sa famille de la dignité impériale. Et en même temps qu'il informait son gouvernement des dispositions des Électeurs, Marillac se félicitait d'avoir à lui annoncer l'opposition du roi des Romains. La France pouvait espérer beaucoup de cette double résistance. & Ce Roy des Romains a dict entre aultres propoz à M. de Granvelle, écrit Marillac, et me l’a-t-on répété, que, combien que les royaulmes de ce monde fussent en la main de Fortune, qui les pouvoit oster et transporter selon qu'il plaisoit à Dieu, toutesfoys le nom, ültre et dignité estoient de telle importance qu'on n'en pouvoit despouiller et priver les hommes par force, .… sans que cella proceddast de grande lascheté et abjection de cueur. » — (Et M. de Granvelle s’est desparti de luy, ajoute l'ambassadeur, sans enfoncer plus avant”. »
Ses premières démarches étant restées infructueuses, Charles résolut alors d’user auprès de son frère de l'in-
1. De Marillac au Roi, le 2 septembre 1550. (/bid., fol. 36 vo.) 2. Du même au même, 29 juillet 1550. (Druffel, t. I, p. 464.)
fluence que leur sœur Marie de Hongrie, gouvernante des Pays-Bas, avait toujours eue sur Ferdinand. Il la savait toute dévouée aux intérêts de la branche espagnole, et 1l lui parut que son intervention ne pourrait qu'être favorable à ses desseins. € Il y a grande apparence, Sire, écrivait Marillac au roy Henry II en lui annonçant l’arrivée de la reine de Hongrie, il y a grande apparence que ce voyaige soyt pour essayer de faire le Prince deuxiesme coadjuteur de l'Empire* ; .… l’on estime cella estre la seule cause pour laquelle ladicte Dame a esté appelée par deçà, comme estant instrument plus propre à induyre le Roy des Romains à accepter ce party que n’eust esté ni le feu Seigneur de Granvelle, ny aultre ministre de l'Empereur, pour n’oser si privéement entrer en ces termes comme peult faire une sœur envers le frère *. »
En même temps, l'Empereur expédiait courriers sur courriers aux Électeurs pour les atürer à Augsbourg. Si quelque résolution était prise pendant le séjour de la reine Marie en Allemagne, on voulait tenter d’arracher aussitôt le consentement du corps électoral € en bastant le fer pendant qu'il estoit chaud ». L'Empereur insistait done de la manière la plus pressante auprès des Électeurs. Il écrivait à Maurice de Saxe Q qu'il auroit cause de demourer entiérement content et satisfaict » de sa venue à Augsbourg ; à l'Electeur de Brandebourg il offrait de se charger des dépenses de son déplacement, (en sorte que les fraiz qu'il feroyt au voiaige seroyent moindres que la récompense qu’il
1. Marie d'Autriche sœur de Charles Quint (1503-1558) épousa en 1521 Louis IT, roi de Hongrie et de Bohème, qui fut tué à la bataille de Mohaez en 1526. En 1531 Charles confia à Marie le gouvernement des Pays-Bas qu'elle exerça jusqu'en 1555. (Juste, Vie de Marie de Hongrie.)
2 De Marillac au Roi, 9 septembre 1550. (Bibl., Nat., fr. 15917, fol. 39 vo.)