Du Roi à Marillac, 11 février 1551. (/béd., fol. 120 v
réussir ? Il propose au roi Ferdinand, écrit Marillac, de le & coopter au tiltre et nom de l'Empire, en égale puissance que la sienne, pour estre comme deux testes en ung chaperon, à l'exemple d’aulcungs anciens Empereurs Romains ». D'autre part, le prince d'Espagne, une fois fait roi des Romains, coopterait de même manière le roi de Bohême : en sorte qu'après la mort des deux Césars, les fils vivraient comme avaient fait leurs pères *.
Un tel arrangement eût été certainement possible entre Charles et Ferdinand. Mais il semblait bien difficile d’amener une entente entre Philippe et Maximilien, «dont l’ung, le Roy de Bohesme, écrivait Marillac, est trop remuant pour s’accorder avecques la stupidité de l’aultre ? ». D’ailleurs, ce nouveau plan ne devait pas convenir à l’Allemagne plus que les précédents. L'Empire voulait avant tout s'affranchir de la domination espagnole, et 1l était moins disposé que jarhais à accepter pour maître le fils de Charles-Quint. Le séjour du prince d’Espagne à Augsbourg n'avait servi en effet à lui concilier les sympathies de personne. Depuis son arrivée en Allemagne, il essayait bien, mais vainement, de paraître bon Allemand. Il avait & vestu robbe à la tudesque », et offrait d’interminables repas aux députés de la Diète. & Il se monstre, écrit Marillac, disciple si docile en cest endroict et mesmement à boire, que deux ou troys foys l’on l’a rapporté qu'il n’en avoit plus prins qu'il n'en pouvoit bonnement porter ». Son précepteur affirmait € qu'il concevoit par là sy bonne espérance qu’en continuant de faire ainsy, 1l gagneroyt par temps le cueur des Allemans” ». Mais ces grâces étaient forcées et les
. De Marillac au Roi, 27 novembre 1550, (/bëd., fol. 69 ro et vo.) . Ibid., fol. 69 vo.
. De Marillac au Connétable, 21 octobre 1550. (/bid., fol. 53 ro.)
CCR
festins succédaient aux festins sans amener un réel changement dans les dispositions des Électeurs.
L'arrivée du roi de Bohême parut être en effet le signal d’une opposition générale. Ferdinand entretenait une correspondance suivie avec sa sœur Marie de Hongrie‘ et, d’après ses lettres, on peut croire qu'il avait été un moment irrésolu sur le part qu'il avait à prendre. Mais après un premier entretien avec son fils, 1l fit savoir à sa sœur qu'il n'avait pu persuader à Maximilien d'accepter les offres qui lui étaient faites. € Ung personnage de dignité » en avertit Marillac, et « l’autheur de cest avis, écrit l’ambassadeur, le tient de celluy qui a escript la lettre ». Lorsque Marie avait quitté Augsbourg, il avait été convenu qu'elle y reviendrait aussitôt après l’arrivée de Maximilien. Ferdinand l’informait que la résolution très ferme du prince rendait ce voyage inutile.
D'autre part, les Électeurs déclarèrent au même moment qu'ils ne consentiraient jamais à créer un deuxième roi des Romains. Ils avaient, dirent-ls, juré d'observer & la loi de l'Empire qui estoit directement contraire à telle façon de succession ». Du reste, ils s’étaient promis de ne jamais plus élever un Espagnol à la dignité impériale ; les Électeurs absents seraient entièrement de leur avis, ils n’en doutaient pas *.
Malgré tout, la reine de Hongrie, cédant aux instances de l'Empereur, avait repris le chemin d’Augsbourg. Elle y arriva le {* janvier 1551. Les affaires « s’échauffèrent » alors singulièrement. Les dépêches de Marillac nous don-
1. Cette correspondance a été publiée par M. de Druffel dans le premier fascicule du tome LIT des Briefe und Akten zur Geschichte des sechzehnten Tahrhunderts, p. 160-204. (Voir surtout la première lettre et les savantes notes qui l’accompagnent, p. 161-176.)
2. De Marillac au roi, 16 décembre 1550. (Bibl. Nat, fr. 15917, fol. 82 vo.)
nent un récit très animé des négociations. Nuit et jour, M. d’Arras ne faisait qu'aller et venir du logis de l’'Empereur à celui du roi des Romains. Les bruits les plus contradictoires couraient. On allait jusqu’à prêter à Charles le projet de faire son fils & consort et compagnon de l’Empire’ ». En réalité, les mois de janvier et de février se passèrent sans qu'on püt rien savoir. Un jour, la reine de Hongrie sortait de chez le roi des Romains {en contenance et coulleur telle que tout le monde s’apercevoit qu'elle estoit fort indignée ». L’on en concluait aussitôt que les affaires n’avançaient pas au gré de l'Empereur. Voyait-on bientôt après les rois des Romains et de Bohême et la reine de Hongrie & porter visaiges joyeulx, les Espaignols en venoient à inférer que la praticque avoit esté renouée * ». Quant aux deux jeunes princes, Philippe et Maximilien, «leur contenance donnoit assez à penser qu'ils n’estoient guères amys ». — « Îlz ne se veoyent, ny parlent ensemble à peine une foys la sepmaine, écrit Marillac, encores c’est la nuict, quant de fortune 1lz se rencontrent dans la chambre de l'Empereur, où par forme d’acquit 11z se disent deux ou troys mots, sans aultrement se visiter en leur logis, ny se veoir à la messe, à manger, à la chasse ou aultres passe-temps *. »
Les rapports de la famille impériale étaient, on le voit, fort tendus. D'autre part, les Électeurs nefléchissaient pas. Celui de Trèves, au nom de ses collègues, affirma encore « qu'ilne debvoit y avoir en Allemagne qu'ung Empereur, non plus qu'ung soleil au monde et en son absence ung seul Roy des Romains* ». Aussi lorsque le recès de la Diète
Du même au même, 8 janvier 1551. ({bid., fol. 101 ro.) Du même au même, 20 janvier 1551. (Zbid., fol. 403 vo.) Du même au même, 10 mars 1551. (Druffel, t. I, p. 591.) Du même au même, 24 février 1551. (Zbid., p. 582.)