DÙ
Hs ©2
eut été publié le 14 février 1551", et que tous les princes et députés furent parus, tout le monde, et Marillac le premier, fut persuadé que l'Empereur n'avait pas convaincu son frère mieux que les Électeurs. Les Impériaux, écrivait notre ambassadeur, affirment bien qu'une entente secrète a été conclue entre les membres de la famille impériale, et que le mariage du prince d'Espagne a été convenu avec une fille du roi des Romains ; mais & ce propoz, aJoutait Marillac, est plus ridicule que vraysemblable ? ».
Eh bien! le 9 mars 1551, cette entente, dont Marillac doutait si fort, avait été arrêtée. Ferdinand conservait la dignité de roi des Romains : si donc il survivait à l’Empereur, 1l hériterait de la dignité impériale. Le prince Philippe serait alors nommé roi des Romains, mais à la condition que (parvenant ledict seigneur Prince à se coroner Empereur, les Ellecteurs asseurent dez à ceste heure d’eslire lors pour Roy des Romains très hault, très puissant et très excellent Prince Maximilien, Roy de Bohesme * ». En même temps, Charles et Ferdinand convinrent de travaller en commun à faire approuver leur plan par les Électeurs de l'Empire". Cette tâche n'était pas la moins difficile. Tant que l'Empereur n'avait point obtenu l’adhésion du Corps électoral au pacte de famille du 9 mars, la partie n’était pas gagnée pour lui et la France pouvait ne pas désespérer.
Beaucoup d'historiens représentent Charles-Quint comme arrivé, après la Diète de 1550, au comble de sa
1. Du même au même, 17 février 1551. (Bibl. Nat., fr. 15917, fol. 1137ve>) 2. Du même au mème, 17 mars 1551. (Druffel, t. [, p. 596.) Qn%x
3. Maurenbrecher, Xarl V. Appendice, p. 136*-137*. 4. Ibid., p. 247.
fortune. Il a obtenu du Pape la convocation du concile : les Protestants ont fait leur soumission à la future assemblée. Les discussions relatives à la succession impériale se sont terminées à l'avantage du prince Philippe. La fortune sourit enfin au grand Empereur après tant de luttes et tant de travaux !
Mais tous ces succès ne sont qu'apparents : apparente la soumission des Protestants au concile : 1ls le prouveront bientôt à Charles. Dans moins d’une année, l’assemblée de Trente sera dispersée et suspendue. Apparente aussi l’heureuse fortune du prince Philippe, qui ne sera pas Empereur, qui sera seulement Philippe IL. Après la diète d’Augsbourg, l’avenir réserve à Charles bien des déceptions et bien des revers.
La puissance impériale décroît, celle de la France renaît. Charles semble avoir triomphé en 1550; le véritable vainqueur, c'est Henry IL. L'année 1550 marque en effet la date des premiers succès réels de la politique française en Allemagne. Sans doute, dès avant cette époque, nos souverains avaient compris quels avantages inappréciables devaient résulter pour eux d’une intime union avec les Luthériens allemands et à plusieurs reprises ils avaient essayé de se gagner les sympathies des Réformés. Mais par une singulière fatalité, aucune de ces tentatives de rapprochement n'avait abouti. Tantôt des embarras intérieurs étaient venus paralyser nos efforts, tantôt des complications à l'extérieur nous avaient obligés à détourner nos regards de l'Allemagne. En 1550, au contraire, l'œuvre est poussée avec activité. La France se trouve à ce moment avoir les mains libres : elle est réconciliée avec l'Angleterre et n'a plus rien à redouter pour l'instant de son ancienne rivale. € Mes affaires, écrit le Roi à Marillac, au mois de février 1551, vont grâce à Dieu de mieux en
mieux de tous costez et mesmement de celluy d’Angleterre, où l’amytié et alliance qui est entre nous se fortifie de jour en jour par tous les plus honnestes déportemens dont il est possible d’user'. » D'autre part, les inimitiés des factiôns semblent se calmer à la cour de France : et, dégagée ainsi de toute préoccupation, notre politique peut se consacrer sans arrière-pensée aux affaires d'Allemagne.
A ce moment, la foule de nos ambassadeurs, de nos plénipotentiaires, de nos chargés d’affaires, de nos agents secrets couvre la Germanie. C’est comme un vaste réseau qui enserre de ses mailles le Nord de l'Europe. M. Danzay intrigue près des cours scandinaves ; les pensionnaires du Roi le servent à Magdebourg, à Brême, à Strasbourg, à Cologne ; M. de Marillac défend nos intérêts à Augsbourg. Tous ces diplomates encouragent princes et villes à secouer le joug impérial, leur promettant l'appui de la France, prête, elle aussi, à prendre les armes au premier signal. Et ainsi se prépare cette union franco-germanique qui, scellée à Friedwald et à Chambord, doit infliger en 1552 un si terrible échec à l'Empereur et nous valoir l’importante conquête des Trois-Évêchés.
Nous venons de citer le nom de Marillac et, en effet, l’on a pu s’en convaincre par ce qui précède, son ambassade à Augsbourg se trouve être un des épisodes les plus intéressants de la campagne diplomatique menée à cette date par la France en Allemagne. Ce fut dans tous les cas sa (négociation de 1550 » qui lui valut, nous le savons, auprès des contemporains la meilleure partie de sa réputation. Aujourd'hui encore, on apprécie d'autant mieux ses dépêches qu'elles constituent la source la plus utile à consulter pour l’histoire de la diète d’Augsbourg. En cette
1. Du Roi à Marillac, 23 février 1550. (Bibl. Nat., fr. 15917, fol. 128 vo.)
occasion, il déploya du reste la plus louable activité et fit preuve d’une intelligence peu commune. Son principal mérite fut, semble-t-il, d’avoir su très bien distinguer en quoi les intérêts de la France se trouvaient mêlés aux débats de l'assemblée d’Augsbourg. Tandis que d’autres diplomates engagent inconsidérément Henry IT à envoyer ses prélats au concile, il supplie au contraire le Roi de n’en rien faire, mais bien plutôt de soutenir la résistance de la Diète. Une occasion unique se présente de gagner les suffrages des Luthériens d'Allemagne; on ne doit point la laisser échapper. Il ne se borne pas d’ailleurs à prodiguer de sages conseils ; il agit, et toujours à propos. Dans ses fréquents entretiens avec le nonce, 1l essaye de l’éclairer sur la déloyauté de l'Empereur. Il entre en même temps en relations avec les représentants de Maurice de Saxe pour leur affirmer que la France est disposée à appuyer leurs réclamations. Dans l'affaire des rebelles, 1l prend aussi très nettement position au nom de son gouvernement et son attitude décide plusieurs députés à le charger de propositions d’allance auprès de Henry IT. À propos de « la succession à l'Empire », il ne peut, il est vrai, intervenir aussi activement qu'il le souhaiterait, mais du moins comprend-il tout l'intérêt que la cour de France doit porter au débat qui s’agite et s’efforce-t-1l de lui transmettre jour par jour le fidèle récit des négociations. En sorte que parmi tant de diplomates, qui travaillent à ce moment en Allemagne à la réalisation des desseins de la politique française, Marillac mérite une place à part et est digne des plus légitimes éloges.
Mais aussi la tâche lui semble lourde à certains moments. Voilà bien longtemps qu'il est absent de France ! IT est parti au mois d'août 1547; les derniers registres de ses correspondances nous mènent jusqu’au mois de
mars 1551, et nous savons qu'il resta encore en fonctions après la Diète. Il demande son rappel « eu esgard qu'il y aura bientost quattre ans qu'il est en charge ». Mais par qui le remplacer à un moment où la situation est si grave ? Quel autre aurait une aussi parfaite connaissance des affaires d'Allemagne ? On le laisse donc encore en fonctions. Il est, il est vrai, récompensé de ses services. On le fait évêque de Vannes au mois de juin 1550’. Mais il n’est rappelé qu'au mois de septembre 1551, après la rupture officielle de Charles-Quint et d’'Henry 1°. En 1553, 1l repartait pour l'Allemagne: nous allons voir à quelle occasion.
1. 11 succéda à Laurent III Pucci. Sa nomination fut approuvée par le Saint-Siège le 20 octobre 1550. (Gallia Christiana, t. XIV, col. 954. — Dom Morice, Histoire de Bretagne, t. IL, p. xxxvr.)
2. Lettre de l'évèque d'Arras à l'ambassadeur Renard, 24 septembre 1551.
(Granvelle, Papiers d'État, t. III, p. 596.)
L'intervention française en Allemagne: les dernières négociations de la France avec Maurice de Saxe.
Au commencement de 1552, Charles se reposait à Innsbrück, se persuadant follement qu'après la Diète son œuvre était finie. Il attendait le retour du printemps pour se rendre à Trente, où les Pères catholiques venaient de se réunir, lorsque tout à coup la nouvelle se répandit que le Nord de l'Allemagne était en armes, que Maurice de Saxe, décidément rebelle, s'était emparé de Donauweærth et accourait à marches forcées pour surprendre son souverain. L'Europe vit alors, et l'Empereur reconnut qu’à Augsbourg son triomphe sur l'esprit de révolution avait été imaginaire et qu'il n'avait fait qu'arrêter pour un instant un torrent irrésistible”. On sait le terrible échec que les Protestants d'Allemagne et la France, secourus par l’Angleterre, infligèrent à Charles-Quint en cette année 1552. Il suffit de rappeler que la glorieuse conquête des Trois-
1. Bryce, Le Saint-Empire romain-germanique (trad: Lefebvre), p. 422.
Évêchés récompensa enfin nos efforts, et qu'au mois d'août 1552, le traité de Passau autorisa, provisoirement du moins, dans l’Empire le libre exercice des religions romaine el luthérienne. Une seule chose est à regretter: c’est que l’union de la France et de l’Allemagne n'ait point assez duré pour nous permettre d'imposer, nous aussi, à ce moment, nos conditions à Charles-Quint. Après Passau, la France se trouve en effet de nouveau seule en face de l'Empereur, et la guerre se poursuit € plus acharnée que jamais ».
Aïnsi, après une lutte de près de trente ans, l'Empereur se trouvait vaincu et humilié. Renonçant à ses espérances, il avait dû accorder à la Germanie la liberté religieuse : 1l avait vu son peuple s’allier ouvertement contre lui à l'étranger, et l'Empire démembré d’une portion de son territoire.
Néanmoins, si accablé qu'il fût par la maladie et les préoccupations de toutes sortes, Charles se remit immédiatement à l’œuvre. Il voulut tenter par un nouvel effort de reconquérir la situation qu'il venait de perdre. Ce fut le dernier acte de la longue tragédie dont l'Empereur tenait le premier rôle depuis si longtemps. Il fut donné à Marillac d'assister de près à ce dramatique spectacle.
Aussitôt le traité de Passau conclu, l'Empereur n'eut qu'un désir : empêcher l'Allemagne de profiter de la paix religieuse et politique qu'elle venait de lui arracher et ne point lui permettre de devenir ainsi trop forte contre lui. Il résolut donc de faire au plus tôt renaître la guerre dans l'Empire. Mais comme à ce moment la lutte
avec la France continuait toujours et absorbait toutes ses forces, ce fut une guerre civile que Charles voulut susciter en Germanie, € pour du tout la ruiner etdestruire” ».
Une autre raison l’encourageait dans ses projets. Après les succès de la dernière alliance des princes d'Allemagne et de la France, les menées d'Henry Il auprès des États allemands étaient toujours à redouter. Si par une guerre civile on pouvait tenir occupée l'Allemagne, cette manœuvre devait € empescher la France d’y avoir intelligences et practiques pour en tirer quelque ayde* ».
Animé de ces desseins, l'Empereur s'était préparé aussitôt à les réaliser. Un certain nombre de princes avaient protesté contre les conventions de Passau, esprits inquiets et cupides, qui voyaient leur avantage dans la continuation des hostilités *. Charles s’était empressé de favoriser sous main leurs prétentions. Les levées de troupes faites par le comte de Mansfeld, quoique contraires à l’ordre de la paix, furent encouragées par l'Empereur ; et il appuya secrètement le duc de Brunswick, quand il le vit réclamer contre les conditions à lui imposées par l'acte de 1552 *. Mais une occasion plus favorable allait bientôt se présenter à Charles.
Puisqu'il s'agissait avant tout de reprendre l'avantage sur la France, il avait été mettre le siège devant Metz et il y avait trouvé, employé au service de Henry IT, le margrave Albert de Brandebourg-Kulmbach. « Le Marquis Albert », comme on l’appelait en France, était le prince le plus remuant et le plus batailleur de l'Allemagne. Il guer-