‹ Charles de Navarre, tragedie en cinq actes;Chapitre 18 sur 65 · ACTE II , SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE II , SCÈNE I

CLISSON

Ah ! mes vœux et mon bras s<jnt à vous , commandez. Un soldat , éljîvé sous les tentes guerrières ,

Vous promet du courage et non pas des lumières.

Né parmi les Bretons , ce peuple fier , ardent ,

Je tiens de mes aïeux un cœur indépendant ;

J’aime la liberté , prince , autant que la gloire ,

Et je plaçais l’honneur au sein de la victoire.

Un nouveau jour se lève à mes regards confus ; J’apprends d’autres devoirs , j’apprends d’autres vertus. Ma raison maintenant s’explique avec surprise La loi des chevaliers que j’ai trop mal comprise. D’autres , à vos genoux promettant d’obéir ,

Les quitteraient soudain pour aller vous trahir.

Moi , je reviens sans honte ainsi que sans bassesse ;

Je ne sais ni fléchir , ni fausser ma promesse.

Cependant parlez, prince , avec sécurité.

Sûr de votre sagesse et de votre équité , .

J’adopte tous vos plans , je m’y soumets d’avance.

LE DAUPHIN

Ecoutez mes desseins; jugez-en l’importance.

Je vois qu’il est des temps où vers la liberté D’un mouvement soudain le peuple est emporté.

C’est alors à ses chefs , qu’il menace d’abattre , •

De suivre cet élan au lieu de le combattre ,

D’observer par quel art ils peuvent le régler ,

Comment l’état vieilli doit se renouveler ,

Et sur quels fondemens une main politique Sait rasseoir, sait fixer la fortune publique. . .

Je compte y parvenir.

ati CHARLES DE NAVARRE,

C LIS SON. '

Et quel est votre espoir ?

LE DAUPHIN

Offrir la liberté sans céder le pouvoir ,

Allier l’un et l’autre en ce jour mémorable * .

Par un pacte imposant , solide , irrévocable ,

Qui consacre , bornant leurs démêlés jaloux ,

Et les droits de chacun , et les devoirs de tous.

De cet heureux traité garans dépositaires ,

Des ordres de l’état les envoyés austères Reviendront chaque année , assis auprès des rois , Mettre le sceau public à nos naissantes lois ,

Des charges , des besoins établir la balance :

Ainsi , plaçant le trône au milieu de la France ,

Le prince peut tout voir et se montre à son tour.

Roi de sa nation et non plus de sa cour ,

Il sait, se rapprochant des hommes , ses semblables , Reconnaître leurs voeux , leurs penchans véritables } Sou oreille entend mieux le cri de leurs douleurs , Et sa main de plus près peut essuyer les pleurs : Ainsi , la guerre expire et les cœurs se répondent ; Ainsi tous les partis dans un seul se confondent. Tehest mon pl0 tracé pour le bien des Français ;

Le roi l’approuve , ami : j’en attends le succès.

CLISSON. '

Pour servir vos projets , parlez , que dois-je faire ?

LE DAUPHIN

( lagner dans les états mon plus grand adversaige , Me donner votre ami. Tout dépend do sa voix.

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