‹ Charles de Navarre, tragedie en cinq actes;Chapitre 20 sur 65 · ACTE II , SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE II , SCÈNE II

Qui lèvent jusqu’au trône un bras séditieux ;

Prévenus dans leurs vœux par de hardis complices ,

Ils marchaient au pouvoir, ils trouvent les supplices; Et leur superbe orgueil qui s’élevait si haut Se borne à conquérir des fers , un échafaud.

Insensés ! tel sera votre horrible partage.*

Déjà du peuple armé n’as-tu pas vu la rage ?

Crains... *

Pour la réprimer il est des moyens sûrs.

J’attends des alliés cachés près de ces murs :

Ce soir , le fer en iriain , ils entrent dans la ville; Contre un prince aveuglé , contre un peuple indocile, Ils se joignent à nous : mi-même les conduis ;

Yois tous nos oppresseurs au silence réduits.

Maj^ll tombe à nos pieds ; le régent , par sa fuite ,

De Paris délivré nous laisse la conduite ,

Et nous , redevenus les pères de l’état ,

Nous régnons sans partage, ainsi que sans combat.

CAISSON

Voilà donc vos projets que ta voix me.révèle !

C’est un vengeur des lois qui s’exprime en rebelle!

Au glaive follement il prétend recourir ,•

Quels sont ces alliés prêts à vous secourir!

Tu n’oses les nommer , et tu veux qu’à leur tête J’aille combattre , qui ? le roi , le peuple ! <

PECQUIGNY

. Arrête !

Ne te souvient-il plus de tes engagemens ?

Ne te souvient-il plus de nos communs sermens ?

Faut-il te rappeler ce lieu , ce temple auguste Où la main sur l’autel , à l’aspect du Dieu juste Devant qui sont égaux les sujets et les rois ,

Nous avons juré tous de rétablir nos droits ?

Un pontife reçut uos secrètes promesses :

Chacun de nous^lors de ses mains vengeresses Saisit un des poignards amassés sur l’autel , Formidables garans du pacte fraternel.

Je vois encore ces preux , élite de la France ,

Le front tout rayonnant d’une mâle assurance , Se mêler , se confondre , agiter leurs poignards ; Je te vois sur le lien rassemblant les regards T’écrier au milieu de leur troupe aguerrie :

Amis, si je vous quitte avant que lu patrie Revive sous des lois dignes d’elle et de nous , Prenez ce fer, frappez : je mérite vos coups.

Un bruit approbateur suivit ce cri sublime.

Tous nous le répétons d’un transport unanime; Et les embrassemens d’une sainte amitié Terminent ( Pecquigny ne l’a pflint oublié )

Cette cérémonie imposante et terrible Que la nuit enferma sous son voile paisible.

Tu possèdes encor ce garant de ta foi,

Ce fer qui te redit ce qu’on attend de toi.

Ton œil y lit encor : vengeance ! honneur ! pairie Et tu peux balancer ! et ta juste furie S’arrête au lieu d’agir comme tu l’as promis !

T u trahis tes sermens , tu trompes tes amis ;

Tu démens ta conduite et te vends à des maîtres. Juge-toi : soutiens-tu le nom de te3 ancêtres ? Es-tu le fils des preux?

act#£i, SCÈNE II.

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