‹ Charles de Navarre, tragedie en cinq actes;Chapitre 21 sur 65 · C LIS S O N · texte numérisé non relu

C LIS S O N

Je suis sujet d’un roi Malheureux, opprimé, .tranquille sur ma foi ,

A qui ]e l’ai donnée avec reconnaissance ,

Alors que , m’appelant des lieux de ma naissance ,

Il daigna , sur le bruit de mes premiers essais , M’attacher aux drapeaux chers à tous les Français , Me joindre aux chevaliers soutiens de sa couronne. Dans un moment d’erreur que sa vertu pardonne , J’ai payé ses bontés d’un indigne* retour^

Ma raison s’aveugla, je le dis sans détour ; J’embrassai vos desseins , et pour votre querelle Au parti du malheur je devins infidèle :

Mais le bien de l’état m’a toujours occupé ;

Je ne vous trahis point, vous seuls m’avez trompé, Vous par qui cet état vers sa chute s’incline.

Je voulais sa réforme et non pas sa ruine, v Qu’avez-vous fait, crûtes , et que préparez-vous? Est-ce là le bonheur qu’il attendait de nous ?

Où sont ces grands travaux , ces lois réparatrices Garans de vos efforts , témoins de vos services ? Nommez-moi les abus par vos soins réformés ,

Les besoins adoucis , les excès réprimés ?

Vous prqmettiez la pais , le bonheur, l’abondance : Je ne vois que fureurs, désespoir, indigence.

La foi , les mœurs , les lois dont un peuple est gardé , Vous avez tout détruit; et qu’avez-vous fondé? Telle est donc des partis la marche trop constante. Loin du but entraînés d’une insensible pente,

Ils ne s’arrêtent plus que dans l’abîme affreux

Où l’empire en débris roule englouti par eux.

Ali ! si j’avais promis d’aider leur barbarie ,

Périssent mes sermens qui perdraient ma patrie 1 Il n’en est qu’un sacré ; je le fais à tes yeux :

C’est de servir le roi contre les factieux.

PEC QUI GN y.

Ainsi sur ton affront tu gardes le silence.

CLISSON

Qu’importe mon affront ? Place dans la balance Le salut de l’état A l’honneur d’un guerrier,

Et dis-moi qui des deux je dois sacrifier.

Mais mon affront n’cst plus : c’en est fait , je l’oublie , Puisqu’avec le Dayphin je me réconcilie.

Je suis ami loyal comme franc ennemi.

Sans doute il est un art de se rendre à demi , D’enfermer dans son cœur le vœu de la vengeance, Quand la bouche promet le pardon d’une offense,

Ma bouche ni mon cœur n’ont appris à trahir.

Je hais ouvertement ou cesse de haïr.

Tel fut toujours Clisson ; tu dois le reconnaître.

PÉCQÜIGNY.

Je ne le connais plus puisqu’il adore un maître.

\ a , cours ramper : fais plus , sois notre accusateur.

CLISSON

Crois-tu donc qu’un guerrier soit un vil délateur ?

Je ne demandais pas tes secrets que j’abhorre.

Plût aux deux que mon cœur les ignorât encore !

Mais je saurai les taire, et 'tel est^non devoir.

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