ACTE Ili, SCÈNE III
CLIS SON.
Ceux d’un preux chevalier.
A moi , mais à moi seul osez vous confier.
Je vous réponds de tout , j’en réponds sur ma tète.
LE DAUPHIN
Que me proposez-vous? des malheurs qu’on f apprête Un autre , ô mon pays ! saurait te préserver.
Je ne céderai point l’honneur de te sauver,
Il n’appartient qu’à moi.
CUISSON
Prince , daignez me croire.' En sauvant la patrie il faut sauver la gloire De ses fds égarés dont l’aveugle transport Peut encor s’arrêter à la voix du remord.
Les nommer c’est les perdre , en leur ôtant l’estime C’est le u r faire un besoin de consommer leur crime ; C’est leHorcer d’agir en publics ennemis.
Le forfait est douteux tant qu’il n’est pas commis. - Il ne le sera point : j’ose vous le prédire.
Le Français est né fier ; rarement il conspire :
A frapper sans péril il ne se résout pas ,
Et d’un fer assassin il détourne son bras.
J’irai , je les verrai : je veux par mon langage Des conjurés émus ébranler le courage.
Je chercherai leur cœur, je saurai le trouver.
Sans les faire rougir, surtout sans les braver,
Je mettrai sous leurs yeux les fruits épouvantables Des troubles renaissans dont ils seraient coupables;
Je peindrai l’anarchie aiguisant ses poignards ,
Le sang des citoyens versé de toutes parts ,
Les passions sans frein , la justice immolée ,
Et la patrie en deuil sous les tyrans foulée.
Ah ! cessez , leur dirai-je , et ne vous chargez pas Du poids de tant de maux , de fureurs , d’attentats \ Epargnez à vos noms , à votre conscience Le reproche éternel d’avoir perdu la France; Sauvez-vous du regret, sauvez-vous du remord Dont le souffle empoisonne et la vie et la mort.
Qui pourra d’entre vous ouïr ce mot : patrie !
Sans qu’au fond de son cœur une voix tonne et, crie : Qu’as-tu fait de la tienne ? Ils pâliront d’effroi , Prince , ils seront vainçus : je le sens, je le voi.
Ne le penses-tu pas , Pecquigny? parle.
PECQUIGNY
Un crime f
Des Français ! non , l’honneur les guide et les anime.
Mais protégez leurs droits , prince , ou dès ce moment
Craignez... •
LE DAUPHIN
Les protéger ! j’en ai fait le serment.
PECQUIGN.Y.
Le vœu des citoyens par ma bouche s’explique.
LE DAUPHIN
Le cri des factions n’est pas la voix publique.
Du vœu des citoyens je suis mieux informé.
Assis dans les états , orateur renommé ,
Plaidez-vous en effet pour la cause commune?
On ne voit qu’un parti du haut de la tribune ;
De la hauteur du trône on voit un peuple entier.
A d'inuneuscs devoirs je veux sacrifier.