ACTE III, SCÈNE III
Je veux , comptable au roi d’une tutelle auguste ,
Au nom de la patrie être ferme, être juste,
Et ne déshériter aucun de ses enfans.
Puissans , je les contiens ; faibles , je les défends.
Je les sauve opprimés , et les punis perfides.
Si vous l’étiez. . . .
PECQUIG NY.
Qui, moi !
LE DAUPHIN
: Non , des cœurs intrépides
Des cœurs tels que le vôtre écartent le soupçon.
Je puis craindre de vous tout hors la trahison.
J’ai de votre franchise une marque infaillible.
CLJSSON, bas.
Tu l’entends.
PECQUIG N Y .bas.
Oui 'j’entends.
CLISSON, à part.
Il demeure inflexible.
Vos vertus , Pecquiguy , me répondent de vous ,
Et la voix d’un héros saura vous rendre à vous. Quant aux conspirateurs dont la rage m’assiège , Trompez seul, j’y consens , leur effort sacrilège , Clisson •, mais pensez-vous que je reste étranger A vos soins pour l’état , ainsi qu’à son danger ?
Je veux bien du forfait ignorer les complices ; Toutefois sur leurs plans , sur les moindres indices Qui pourraient éclairer leur noire trahison ,
Ne me déguisez rien : vous le devez , Clisson.
58 v CHARLES DE NAVARRE,
C’est ma loi souveraine , il faut vous y soumettre.
Me le promettez-vous ?
CLI SS ON
J’ose vous le promettre.
Prince , je donne ici ma foi de chevalier Et de vous satisfaire , et de vous confier Tout ce qu’avec honneur ma voix pourra vous dire.
LE DA.CPHIN.
Il suffit. Vous, guerriers , élite de l’empire ,
Vous l’avez entendu. Des calomniateurs ,
Ce preux a repoussé les traits accusateurs.
Seuls témoins de l’affront , soyez-le de l’excuse.
Je remplis le devoir des princes qu’on abuse ,
Je répare une erreur ; déclarant à vos yeux Clisson digne de vous , digne de ses aïeux ;
Je rends à ce héros une justice entière. *
Je lui voue à jamais une amitié de frère.
L’aspect des Navarrois blesse encor mes regards ; Leur roi ne parle point de quitter ces remparts :
J’ai , pouyn’en délivrer , une raison secrète ,
Et je vais l’inviter à presser sa retraite.
(J Pecqiiigny.) (àCliaoo.)
Âdieu : songez au roi. Toi, songe à ton serment.