ACTE IV, SCÈNE V
Que votre ambition brûle de s’immoler.
O malheureux pays ! que de sang va couler !
LE ROI DE N AVARRE
Du sang ! oui , si ton cœur du mien veut se défendre ,
A flots précipités Marcel en va répandre.
Qui pourra retenir le glaive entre ses bras ?
Au milieu d’un vil peuple, ivre d’assassinats ,
Pour qui , tu le sais trop , les meurtres sont des fêtes ,
Et qu’il pousse aux forfaits comme on mène aux conquêtes! Irai-je le combattre? irai-je contre lui Mesurer un pouvoir fondé sur son appui ?
Toi , toi seul tu pouvais, tu peux m’aider encore A réprimer, à vaincre un brigand que j’abhorre.
Tout dépend de ton choix , tout dépend de tes vœux.
Tu rends tes citoyens heureux ou malheureux.
Veux-tu mourir ? ta mort , funeste à ta patrie ,
La livre à scs bourreaux , m’enchaîne à leur furie,
Et sur l’humauilé répand un vaste deuil :
La liberté succombe au pied de ton cercueil ;
Le sceptre est abaissé sous la hache et le glaive - y L’échafaud tout sanglant près du trône s’élève.
11 s’élève -, et le crime y siège triomphant ,
Prêt à frapper l’état dans son dernier enfant.
Voilà , voilà les maux où ta mort nous expose.
Va mourir maintenant si ta probité l’ose.
Avec quel art perfide il cherche à m’enlacer Dans les pièges nouveaux qu il a su me dresser !
En me couvrant de honte , il me parle de gloire.
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Oh ! qu’il m’eu a coûté d’avoir osé le croire! ■
Moi vivre! moi paraître entre vous et Marcel!
Moi vous accompagner aux marches de l’autel Où vous irez saisir la couronne sanglante Sous les regards muets de la France tremblante! Jamais.... que parlez-vous d’abattre l’inhumain?
Ne consentez-vous pas à tenir de sa main Cet objet de vos vœux, ce sceptre illégitime? Voulez-vous d’1111 forfait le payer par un crime?
Sa chute, dites-vous, nous rend la liberté.
Mais ce bien, à quel prix sera-t-il acheté?
Qui le garantira ?
Ton parti , la puissance :
Sur nos communs destins vois ta longue influence. Songe bien, Pecquigny, qu'en servant mes projets, Tu deviens le premier de mes nouveaux sujets;
Qu’à mon autorité, long-temps mal assurée,
Tu mets une barrière imposante et sacrée ;
Que tu peux l’ébranler, que lu peux l’allèrmir; Qu’enCu ( de ton pouvoir dût mon orgueil frémir ! ) , Pour gagner des Français l’amour et le suffrage,
J’ai besoin des talons d’un héros et d’un sage ,
Sur les degrés du trône assis près de son roi , Médiateur habile entre le peuple et moi ,
Garant de l’équité d’un règne qui commence.
Jette, jette les yeux sur cet empire immense :
Sa grandeur déclinait ; tu peux la soutenir:
Déjà , vieux pour la gloire , il faut le rajeunir.
Sa nouvelle splendeur deviendra ton ouvrage.
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