POUTRINCOURT
Du Port-Royal, en la Nouvelle-France Ce 1er Septembre 1618 (1).”
“ C’était un cri de détresse qui précédait l’agonie, dit le Dr Lomier (2). Nous savons quel en fut le résultat : les Pères du peuple — les échevins de Paris — ne restèrent pas sourds à l’appel
(1) Bibl. Nat. Nouvelles acc. fr. Clairambault, 9281, fol. 25 et Nova Francia, I, no. 3, p. 129. Collection de documents et manuscrits, I, p. 57.
(2) M. le Dr Lomier : Nova Francia, I, no. 3.
ET SON TEMPS
de ces enfants perdus ; par une circulaire aux bonnes villes, ils appuyaient un projet de compagnie générale de voyage et de colonisation... qui n’aboutit à rien.”
Cette lettre signée par M. de Biencourt du seul nom de Poutrincourt (Poitrincourt) prouve qu’à la mort de son père, il en avait prit et le nom et le titre (1). Elle montre qu’il ne manquait ni de courage ni d’esprit d’initiative, mais il ne dut compter que sur ses propres ressources.
Cependant ses anciens fournisseurs de la Rochelle, les sieurs Macquin et Georges, et son agent d’affaires de Lomeron, l’aidèrent de leurs deniers et facilitèrent ses envois de pelleteries aussi longtemps qu’ils y trouvèrent leurs profits. Les capitaines de navires Sorreau et Braignault rapportaient au Port-Royal des provisions pour entretenir les Français du fort. En 1621, le duc de Montmorency, amiral de France, enleva aux Associés de Rouen et de Saint-Malo tous les privilèges dont ils jouissaient dans le trafic des fourrures en la Nouvelle-France. Le 2 février 1621, dans une lettre, le vice-roi faisait connaître à M. de Champlain ses intentions à ce sujet (2). Les prétentions des marchands de Rouen et de Saint-Malo devenaient choses du passé. On peut croire que cette décision ne fut pas également préjudiciable aux marchands de la Rochelle, car ils entretinrent longtemps des relations commerciales avec de Biencourt et, dans les années suivantes, avec son successeur de La Tour.
M. de Biencourt se rendit familier avec les langues du pays et il acquit, sur les sauvages, une grande autorité. Il mourut, à la fleur de l’âge, vers l’année 1623. Quelques historiens ont pensé qu’il fut empoisonné (3), mais le marquis de Biencourt, dans sa lettre du 15 février 1847, déclare qu’aucun document ne corrobore cette version. Avec Gabriel Marcel (4) nous croyons que les in-
(1) Dans ses lettres du 25 juillet 1627, Charles de Saint-Etienne de La Tour donne le nom de Poutrincourt à M. de Biencourt, son ancien maître, qui le prit à la mort de son père. Ainsi tombent à faux les suppositions de M. Moreau : Histoire de l’Acadie française, p. 125.
(2) Collection de documents et manuscrits, I, p. 64.
(3) La Chesnaye Desbois et Badier, III, p. 174 et suivantes ; De Saint- Allais : Nobiliaire de France, XIV, p. 27 ; M. Lauvrière : La tragédie d’un peuple, I., p. 80.
(4) Gabriel Marcel : Factum de Biencourt : Introduction, pp. XVIII, XIX.
quiétudes, les tracasseries de toutes sortes par lesquelles il eut à passer, les misères qu’il endura sous un climat rigoureux contribuèrent à avancer ses jours. Sa mort fut une lourde perte pour la Nouvelle-France. Le nom de Jean de Poutrincourt et celui de Charles de Biencourt resteront à jamais gravés en lettres d’or dans les annales de notre histoire. En mourant, Charles de Biencourt-Poutrincourt laissait ses biens à l’un de ses plus fidèles amis, son parent, Charles de Saint-Etienne de La Tour. Ce dernier, par sa conduite loyale envers sa patrie, donna bientôt des preuves qu il était digne de la succession qu’on lui avait léguée.
Armoiries de Charles de Saint-Etienne de La Tour, d’après la lettre du 25 juillet Hi‘27, déposée à la bibliothèque de l’Institut de France.