CHAPITRE XV
Charles de Saint-Etienne de La Tour. — Son mariage. — Françoise-Marie Jacquelin. — Combat naval. — Mort du Capitaine Jamain. — Procès au sujet de cette affaire. — Intervention de la Compagnie Razilly-Condonnier. — Arrêt porté contre de La Tour. — Victoire d’Aulnay sur son ennemi.
La période d’histoire dans laquelle nous entrons n’est pas encore bien connue. Les quelques documents qui se rencontrent dans les différents dépôts d’archives de France, de Paris, de la Charente-Inférieure, de Londres et de Boston, ne sont pas assez nombreux pour faire une lumière complète sur les événements qui se passèrent de 1640 à l’année 1647. Il nous faudra avoir recours aux mémoires d’Aulnay de Charnizay qui raconte, sans trop préciser pourtant, tout le bien qu’il a fait en Acadie, et, par ailleurs, tout le mal que son ennemi, de La Tour, lui a infligé. Nous indiquerons, dans la mesure du possible, ici et là, les mises au point ou rectifications qui s’imposent, grâce aux quelques documents que nous avons retracés.
Si l’on en croit d’Aulnay, en 1640, Charles de La Tour, alors veuf, aurait épousé Françoise-Marie Jacquelin. Il prétend qu elle fut amenée dans la colonie par Desjardins son agent de la Rochelle. Nous savons que de La Jour passa plusieurs fois en France notamment en cette ville. Des marchands, les sieurs Macquin et Georges, anciens fournisseurs de Poutrincourt, ravitaillaient ses navires. David Lomeron, qui a laissé son nom au premier fort d’Acadie, était devenu son secrétaire, tandis qu’un nommé Desjardins, en 1640, prenait soin de ses intérêts. Marie Jacquelin ne dut pas être pour lui une inconnue. Quelle était sa famille ? Nous avouons jusqu’ici n’en rien savoir. D Aulnay, qui nous a si étrangement trompé sur l’origine de La Tour et sur d amies points très importants, nous la présente comme “ fille d’un barbier du Mans ”. Il serait naïf d’ajouter foi à sa parole. Comme il avait à cœur de nuire à son rival, il y a lieu de croire à une nouvelle
CHARLES DE SAINT-ETIENNE DEi LA TOUR
manifestation de son antipathie. En tout cas, le nom de Jacquelin, très répandu en France, fut porté par des membres de la haute noblesse. Un Adrien de Jacquelin fut admis, en 1566, dans l’ordre des Chevaliers de Jérusalem (1). Il fut le père de Bonaventure de Jacquelin et fut reçu confrère de Saint-Georges en 1575. Il était seigneur de Moncheneux, Xy, Laundrot. Jean de Jacquelin fut maître des requêtes et conseiller du duc de Bourgogne en 1460. En 1478, il comparait comme témoin pour attester de l’authenticité d’une lettre adressée au duc de Bourgogne (2). Il était confrère de Saint-Georges en 1494. Une famille de Jacquelin portait : “ D’or, à la croix engrêlée de gueules, cantonnée de quatre coqs d’azur (3)
M. R. de Lurin, dans son Nobiliaire de Fmnche-Comté, dit que cette famille a pour auteur Jean de Jacquelin, qui fut conseiller au Parlement de Melun en 1474, et président du Parlement île Dole, en 1477. Guyot Jacquelin est qualifié écuyer dans ses lettres en 1498. Il portait : “ D’azur, à trois étoiles d’argent (alias d’or) (4). D’après M. le comte Mottin de la Balme, un Pierre de Jacquelin, d’origine picarde, émigra en Dauphiné en 1538 ; il s’y fixa et fit souche (5). Nous connaissons en outre Philippe de Jacquelin, seigneur de Prémeaux, qui eut pour femme Claudine de Morogues. Elle vendit ses droits à son beau-frère, Jacques- Nicolas Bouton, fils de Charles Bouton, seigneur du Fay, et de Marie d’Oyselet. Le contrat fut passé le 6 janvier 1545 (6). Les de Bouton et les d’Oyselet furent les alliés des Luyrieux, des Salins, des Menton, des Gardeur, familles importantes de la Bresse et de
(1) De Saint-Allais : Nobiliaire universel de France, IV, p. 60.
(2) De Barante : Histoire des ducs de Bourgogne, XÎ, p. 409.
(3) Armorial de M. Le Laboureur. Bibliothèque Nationale : Pièces originalse, I, 563, dossier 35,815, folio 45 : Jacquelin, 367 : dossier 9-596.
(4) Nobiliaire de Franche-Comté, p. 405. Le même auteur dit que le président portait : “ Une fasce entre les étoiles ”. D’après l’Annuaire de la Noblesse, année 1866, p. 406, une famille Jacquelin portait : “D’azur à trois étoiles d’or”, alias de “ gueules, au chevron d’or, accompagné de trois étoiles d’argent ”. Alliances de Vy de Montureux, de Cuve, de Gevigny, de Goux, de Mathay, de Buretel, de Voivre, de Byans, d’Amance. Cette dernière famille portait : “ Fascé d’argent et de sable de 9 pièces, à une bande de gueules brochante sur le tout.’’ La famille de Cuve portait : “ D’azur, à la femme de carnation, les cheveux épars, couronné d’or, issante d’une cuve de même.” L’auteur du Nobiliaire de Franche- Comté, p. 195, écrit : “ Cette maison chevaleresque tirait son nom d’un village du bailliage d’Aumont et sa filiation remonte à Bené de Cuve, écuyer, en 1372.” Biblio. de Dole, Nobiliaire de la Terrade, Arm. Baverel.
(5) Il portait : “Ecartelé, au 1 et 4, d’azur plein, au 2 et 3, de gueules, au lion d’or, à une bande d’argent, et à 6 porcelets de sable.”
(fi-) P. Anselme, VII, n. 645.
ET SON TEMPS
Bugey. Anne de Jacquelin, trésorier des bâtiments du roi, vivant en 1595, épousa Madeleine Séguier, fille de Jérôme Séguier, et petite-fille de Nicolas Séguier et de Michelle de Fontaine (1).
En voilà assez pour montrer que les de Jacquelin faisaient partie de la haute noblesse de France et que plusieurs d’entre eux ont rempli des fonctions importantes. Quant à l’épouse de La Tour, s’il nous est impossible d’affirmer qu’elle appartenait à l’une ou à l’autre de ces familles, il nous paraît téméraire de le nier. Au surplus, qu’elle ait eu une ascendance noble ou roturière cela importe peu ; elle fut une vaillante dans toute la force du mot. Après son mariage, elle soutint son mari dans toutes ses entreprises. Convaincue de la justice de sa cause, elle opposa la plus grande énergie aux empiétements d’Aulnay. Ni les périls de la mer, ni les dangers de la guerre, ni les horreurs d’un long siège n’eurent raison de son courage. Elle fut, dans la lutte, grande et héroïque. Ses ennemis, comme ceux de son mari, ont cherché à l’avilir mais les documents qu’ils ont produits portent en eux l’empreinte du mensonge et se réfutent d’eux-mêmes. Des écrivains ont montré un aspect de cette lutte homérique à laquelle elle prit une part si grande ; à nous de faire pleine lumière. Par son énergie, par sa persévérance, par l’héroïsme qu’elle déploya jusqu’en face de la mort, Marie Jacquelin mérite d’être comptée au nombre des femmes illustres de la France. Son nom restera à jamais gravé parmi ceux de nos gloires nationales.
D’après M. Moreau, ce fut en 1640 que la guerre ouverte éclata entre les deux rivaux. Ayant appris que les Anglais se préparaient à attaquer Pentagouët, d’Aulnay y envoya neuf hommes pour ravitailler ce poste en vivres et en munitions. Mais il paraît que le vaisseau sur lequel ils étaient montés fut pris par de La Tour qui captura hommes et provisions et les conduisit en son fort de la rivière Saint-Jean. Les hommes furent retenus prisonniers depuis le mois de mars jusqu’au mois de juillet et ils auraient été traités en esclaves. Cette version est d’Aulnay qui, comme toujours, ne donne aucun détail. Rappelons que le poste de Pentagouët concédé à Claude de La Tour en 1636, fut remis à d’Aulnay en 1638, en vertu de la lettre du roi qui divisa le pays d’une manière officielle entre les deux gouverneurs, et nous savons
(1) P. Anselme, VI, p. 570.
encore que la troque se faisait en commun, c’est-à-dire les dépenses et les recettes devaient être partagées en parts égales. D’Aulnay et La Tour pouvaient même introduire dans les magasins des commis pour surveiller leurs intérêts particuliers. On peut penser qu’il dut surgir des conflits, sinon entre les deux gouverneurs, du moins entre les commis qui avaient à surveiller les magasins. Quand on sait que de La Tour faisait des affaires d’or et que d’Aulnay ne pouvait pas même subvenir aux besoins de son monde on aura là, assurément, une des causes de la querelle qui s’annonce.
D’Aulnay, en apprenant le sort de ses hommes, voulut secourir Pentagouët resté pratiquement sans défenseurs. Il équipa deux navires l’un, le Notre-Dame , commandé par le capitaine Le Bœuf, l’autre, le Saint-François, sous les ordres de Bernard Marot, celui-là même que de La Tour fit prisonnier pour avoir fait la contrebande dans son gouvernement. Le voyage de Pentagouët se fit heureusement. En son retour, d’Aulnay emmena avec lui deux pères Capucins, et il allait pénétrer dans la Baie de Port-Boyal quand il entendit le bruit du canon. “ C’était La Tour, écrit Moreau, qui, mieux armé, se disposait à le couler bas.” Chose étrange le même auteur prétend que cette rencontre “ n’avait pas été recherchée par de La Tour ”, et il explique l’affaire de la manière suivante. L’agent de La Tour, nommé Desjardins, arrivé depuis peu au fort Saint- Jean, ayant touché à Port-Boyal, on lui apprit l’absence d’Aulnay et “ tous deux auraient voulu surprendre la place.” La Tour à qui on avait permis d’entrer dans le port y serait venu “ pour faire bénir son mariage ”. M. Moreau, pour justifier son hypothèse, ajoute cette phrase qui la fait crouler d’elle-même : “ Le prétexte était d’autant mieux choisi qu’on savait que les Pères Capucins, scandalisés de sa conduite et fatigués de ses mauvais traitements, s’étaient retirés de son habitation (1).” De prime abord, nous pouvons dire que cette affirmation est dénuée de fondement. De La Tour, ayant avec lui trois Bécollets, on ne voit pas pourquoi il se serait rendu à Port-Boyal pour y faire bénir son mariage. L’auteur a supposé, gratuitement du reste, “ qu’il désirait s’introduire dans le fort pour s’en emparer par la
(1) M. Moreau : Histoire de l’Acadie, p. 159.
ET SON TEMPS
ruse.” L’officier, dit-il, qui commandait avait des instructions trop précises pour le recevoir La Tour aurait subi “ en silence l’humiliation d’un refus. ...” Toutefois, entré le soir dans le port, il y avait passé la nuit, mais il en était sorti le lendemain, de grand matin ; et c’est en retournant à Saint-Jean qu’il avait rencontré d’Aulnay (1).”
Mais pour quelle raison celui-ci lui aurait-il refusé l’entrée de son fort ? C’est le point capital à élucider et M. Moreau ne le dit pas. N’était-ce pas pour l’empêcher de se rendre compte, par lui-même, des marchandises, pelleteries, objets de troque, qu’il y aurait eu dans les magasins, comme il en avait le droit, et dont d’Aulnay aurait refusé de lui en fournir les détails ? C’est bien possible, car l’on sait, par le témoignage du P. Pacifique de Provins, que d’Aulnay était réduit à une extrême pénurie. Il est permis de croire qu’il dut parfois être enclin à ne pas tenir un compte très serré des dépenses et des recettes, et que de La Tour aurait été anxieux de se mieux renseigner ? En donnant à ses hommes l’ordre de lui refuser l’entrée du fort, d’Aulnay considérait donc son collègue comme un ennemi et se rendait coupable en lui infligeant une telle humiliation. Avait-il calculé d’avance la portée de son acte ? Peut-être ? En tout cas il avait réussi admirablement, car de La Tour, homme de son siècle, était de trempe à ne pas recevoir une si grave injure sans lui en demander la raison. Non loin du fort, il rencontra le vaisseau d’Aulnay, et toujours d’après M. Moreau, il aurait attaqué sans aucune provocation. Il nous paraît improbable qu’il se soit ainsi porté à l’attaque traîtreusement et voici pourquoi : quand on sait qu’au plus fort de la lutte, alors que d’Aulnay lui a brûlé le fort Saint-Louis, et que, pour sauver celui de Saint-Jean, il doit recourir aux services des soldats anglais, de La Tour n’attaque pas comme un vulgaire bandit ; non ! tel un gentilhomme, il y met des formes. Il se porte à l’assaut quand d’Aulnay refuse de prendre connaissance du contenu de la sommation qu’il lui a fait tenir, et ce, sous le prétexte futile que cette lettre ne lui a pas été adressée comme au “ Lieutenant-général de toute l’Acadie. .” On peut donc douter ici encore de la version de M. Moreau, calquée sur le récit d’Aulnay.
(1) M. Moreau : Histoire de l’Acadie, p. 159.
Pour savoir toute la vérité, il faudrait posséder la déposition des soldats des deux rivaux, mais aucun des écrivains de la nouvelle école ne l’ont reproduite jusqu’ici.
Bien qu’attaqué inopinément, d’Aulnay se défendit, paraît-il, avec vigueur. Il pressa son ennemi tant et si bien qu’il l’obligea de se rendre et le ramena à Port-Royal avec sa femme, Marie Jacquelin, et son agent Desjardins. Mais un des hommes de La Tour, le capitaine Jamain, fut tué durant l’action. Sur l’avis des Pères Capucins, de La Tour fut remis en liberté. . . “des articles de conciliation et d’accord furent rédigés et l’on décida que les choses resteraient en même état jusqu’à ce qu’autrement par Sa Majesté il en dût être ordonné. . . (1).”
A la demande d’Aulnay, Mathieu Cappon, commis et greffier du gouvernement de cette colonie, commença l’enquête le 14 juillet ; les sieurs Germain Doucet dit La Verdure, capitaine d’armes de Pentagouët, Isaac Pesseley et Guillaume Trahan furent entendus. Le 16, on interrogea les matelots et les serviteurs de La Tour : Pierre Chabran, Pierre Baudé, Pierre Marquis, Michel de Nougarète, Robert le Manseau, Moïse Gallot, Damien Deveschau. Ces témoignages, malheureusement, n’ont pas été retrouvés ; c’est regrettable, vraiment, car les pièces de ce procès nous feraient connaître avec plus de précision la première phase du drame qui commence à se dérouler sur ce coin de terre canadienne. Tout ce que nous savons est contenu dans l’Arrêt du Conseil d’Etat, en date du 6 mars 1644.
En premier lieu, apparaissent “ les charges et informations du XIV juillet 1610, faites par Mathieu Cappon... à la requête de Germain Doucet dit Laverdure, d’Isaac Pesseley et de Guillaume Trahan... contre Charles de Saint-Etienne, Sieur de La Tour, commis par Sa Majesté pour commander en qualité de son lieutenant général au pays d’Acadie, fort Louis, Port La Tour et lieux qui en dépendent, sous l’autorité du feu Sr Cardinal de Richelieu.”
Les informations du XVI du mois de juillet 1640 y sont également rapportées, mais le texte en a été biffé ; preuve qu’on ne les regardait pas comme fondées.
Suivent les interrogations des hommes de La Tour. Qu’ontils répondu à l’enquêteur ? Rien n’apparaît. Dans cette journée
(1) Histoire de l’Acadie fse, p. 160.
ET SON TEMPS
du 16 juillet, d’Aulnay s’était intitulé “ gouverneur et lieutenant général pour sa Majesté en toute l’étendue de V Acadie et la côte des Etchemins.” Mais le premier titre ne lui appartenait pas encore et les juges de Sa Majesté ordonnent de le lui enlever. Voilà pourquoi, son nom est-il mentionné, tandis que les mots gouverneur et lieutenant général... en toute l’étendue de l’Acadie , sont encore rayés. Cet homme, si désintéressé au dire de ses admirateurs, allait donc trop vite en besogne. C’est en cette circonstance qu’il manifeste pour la première fois son désir de donner le nom d’Acadie aux terres situées dans son gouvernement comme en celui de La Tour. Le 16 du mois d’août 1641, Mathieu Cappon ajoute : “Autres informations. . . des malversations dudit de La Tour faites de l’authorité du Sr d’Aulnay.” 11 est à remarquer que les mots “ malversations dudit La Tour faites de l’authorité du Sr d’Aulnay sont également rayés. De La Tour, étant gouverneur au même titre que d’Aulnay, n’était pas soumis à son autorité. Les membres du Conseil le font clairement voir en cette circonstance. En somme, de toutes ces enquêtes dont il ne reste que le simple énoncé, la plupart du temps biffé, et aucun autre détail, il est impossible de jeter même un faible rayon de lumière pour établir la responsabilité des deux ennemis. Une chose reste certaine, indéniable, palpable : l’empressement d’Aulnay à s’arroger, sans droit aucun, le titre de lieutenant-général “ pour toute l’Acadie.” On se rappelle qu’à la mort de Razilly, non seulement il s’empara du gouvernement mais il fit acte d’autorité en transportant les colons de la Hève au Port-Royal. On peut conclure qu’il brûlait du désir de supplanter de La Tour dans ses prérogatives et ses droits. Il voulait l’écarter de son chemin, pour régner seul ensuite, tel fut le rêve de sa vie ; il ne connut plus de repos que le jour où il atteignit son but. De La Tour ne fut pas la dupe de ses machinations ; sachant que son ennemi travaillait de toutes ses forces à lui enlever le fruit légitime de plus d’un quart de siècle de labeurs, il le dénoncera plus tard aux Anglais de Roston. Jusque-là d’Aulnay n’avait dépensé que l’argent des autres, n’ayant jamais déboursé un seul sou dans cette grande entreprise. Il prétendit avoir des droits sur les forts Saint-Louis et Saint- Jean ; il eut l’audace de vouloir en chasser le légitime possesseur. M. Moreau l’excuse en disant qu’il se croyait des droits
sur l’Acadie entière comme successeur de Razilly (1).” Mais ce dernier même n’avait pas ces droits, ainsi que nous l’avons écrit, par conséquent, d’Aulnay avait tort, car la lettre du roi, en date du 10 février 1638, ne laisse aucun doute à ce sujet. On comprend, qu’après avoir subi de nouvelles tracasseries et qu’ayant été confirmé dans ses droits, de La Tour en aurait demandé compte à son intrigant rival. De là aux coups, il n’y avait qu’un pas et il venait d’être franchi. Quoiqu’il en soit, Desjardins, l’agent de La Tour, à la Rochelle, fit intervenir, dans l’affaire, Marie Dauvergne, femme de l’infortuné Jacques Jamain, capitaine de vaisseau de La Tour, qui avait été tué dans le combat. C’est en vain que nous avons étudié les Archives de l’ Amirauté de la Rochelle pour y retrouver la déposition des intéressés. Ici encore, silence complet sur cette affaire. Nous voyons bien l’énoncé des diverses instances qui eurent lieu, mais les circonstances nous échappent. Nous savons que la veuve Jamain, apprenant que le navire d’Aulnay, le Saint -François, entrait au port de la Rochelle, sous le commandement du capitaine Le Bœuf, fait saisir le navire et sa cargaison et emprisonner le capitaine. On se rappelle que Bernard Marot, lors du combat, avait le commandement du Saint-Français. On peut s’étonner de le voir céder sa charge à Le Bœuf. Aurait-il été si compromis dans cette affaire qu’il n’aurait pas voulu reparaître à la Rochelle? C’est bien possible. En tout cas ses services, au témoignage d’Aulnay, furent grassement payés (2). Dans l’action prise par Marie Dauvergne, Le Bœuf est “ accusé du crime d’homicide avec ses complices, dont le gouverneur d’Aulnay ”. Cette arrestation et cette saisie causent de l’émoi. La Compagnie Razilly-Condonnier en souffre davantage. Nicolas Denys, que nous retrouvons ici, capitaine de marine pour le roi, et agent de la Compagnie, intervient au nom de Claude de Razilly pour faire lever la saisie “ sous prétexte que les marchandises lui appartiennent ainsi qu’à ses associés ”. Il présente une requête soutenant, que “ mal à propos la défenderesse a fait saisir les marchandises ; qu’elle ne peut
ignorer qu’elles lui apartienncnt et à consorts . Qu’ils ne se
tenus à aucune chose. ... et contre laquelle, pour l’empêchement
(1) M. Moreau : Histoire de l’Acadie, p. 153.
(2) “Pour le Capitaine Marot. Il a reçu par le passé de très grand appointement qui luy ont donné lieu à de très grande récompense.” Testament d’Aulnay ; P. Candide : Pages glorieuses, p. 323.
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