‹ Charles de Saint-Étienne de La TourChapitre 31 sur 70 · OU I · texte numérisé non relu

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CHASSHTS- OTSBIHffiS S. 190

(Amirauté de la Rochelle) fol. 63

{ 27 octobre 1640 î

'l>s iferye I&wergne, vefve de Jacques Jamain, cappitaine de narine, comme elle procédé demander- sse en saisye & desclaration, comparant par fadourdoau, contre Hicolas Denys escnyer assigné pour desclarer ce qu’il doibt &' a an sa pocession appartenant audit sieur d’Aumy et antres ses oompliees aaensés du crime â’homiciée düdit Jamain. Partyes «rayes, ordonné que’nostre sppoia teraent précèdent sera suivy & en oe faisant que ledit Benys coçKîmiqmera les précédents faite allan-

oontre do . . par ledit Jacques leboeuf maître de navire

& Isa mariniers de son «rçuipage four comparai trs à mardy ......

dix heures du matin.

Extrait des Archives de la Charente-Inférieure, Amirauté de la Rochelle.

(Voir le texte p. 297)

ET SON TEMPS

a la délivrance de la dite marchandise, il proteste de tous dépens, dommages, et intérêts et du dépérissement d’icelles marchandises offrant, le dit Denys, de faire ad. . . (1) demandeur dans un délai competent qu’il requiert lui être . . . donné, d’autant crue le eût sieur de Launay est de présent en la ville de Tours, distante de quarante-cinq lieues de cette ville, d’ailleurs le dit Denys est connu du dit demandeur pour être associé en toutes les affaires qui se négocient en la Nouvelle-h rance, ce que ne peut ignorer la dite défenderesse qui est demeurante en cette dite ville, et qu’elle voit journellement le dit Denys bailler les ordres et négociant autrement les affaires du demandeur. . . Persiste la dite défenderesse. . . Partyes ouyes nous leur avons donné acte de leurs dires, contestations et protestations cy dessus, et ordonné que le dit Denys communiquera les charges. . . . Pour à demain, huit heures du matin.”

Le lendemain, Marie Dauvergne comparaît de nouveau. Elle exige que le sieur Denys lui donne le détail de ce qui appartient à d’Aulnay, à Jacques Le Bœuf, capitaine de navire et “autres leurs complices, accusés du crime de meurtre et homicide du dit feu Jamain ...”

Denys a déclaré ne pouvoir dire exactement ce qu’il peut devoir au dit Le Bœuf, Estienne Bûcher, son contremaître, Gourreau, Bastien Longé, Jacques Perrier, Pierre Pinasteau et Samuel Piet, tous mariniers de l’esquipage du Saint -François, qui leur faut convenir pour le paiement du reste de leur gage et salaire, mais que le tout se peut environ monter à mille ou douze cents livres.” Marie Dauvergne exige que Denys “ fasse une déclaration précise et certaine, le samedi ”. Suivent plusieurs instances. Le 16 octobre, Nicolas Denys présente une caution dans la personne de Jacques Savari, marchand de la Bochelle. Marie Dauvergne le récuse disant qu’il n’est pas solvable. Le 27 octobre, nouvelle instance de Marie Dauvergne pour savoir de Denys ce qu’il doit à d’Aulnay et à ses autres complices, accusés du crime d’homicide du dit Jamain. . .” Le 10 novembre, Jacques Savari, sur la déclaration d’Antoine de Boismartin, écuyer, sieur de Hautlieu, le

(1) Mots illisibles : note de l’archiviste.

reconnaissant solvable, est accepté comme caution, tel que le requiert Denys. Ordre est donné de faire l’inventaire des marchandises et pelleteries séquestrées en File de Ré.

Enfin, les 21 novembre et le 1er décembre la saisie est levée à la condition que la Compagnie (Razilly-Condonnier) soit tenue de représenter les objets saisis ou “ le prix d’iceux ” s’il était ainsi ordonné en fin de cause et, à la charge, d’en faire l’estimation (1). “ En 1644, l’affaire était encore pendante devant le Conseil du Roi. Comment y est-elle venue, se demande M. Moreau ? L’auteur ne sait si ce fut sur un appel de la veuve Jamain ou par l’intervention personnelle de La Tour. Nous avons la réponse à cette question dans la lettre significative du P. Pacifique de Provins, en date du 24 juin 1644. On y apprend bien des choses, en particulier, que le P. Pascal de Troyes et l’un de ses confrères se sont “ identifiés avec les intérêts du gouverneur d’Aulnay ; ils se sont faits eux-mêmes les avocats de ses intérêts temporels, et auprès de la Reine, et auprès des juges nontmés par Sa Majesté. .

Grâce à cette protection, d’Aulnay se fit entendre auprès du roi et de son Conseil. 11 arracha aux juges mal informés l’ordre qu’il devait porter à de La Tour l’obligeant à passer en France pour y expliquer sa conduite ; bien plus, on lui donnait en même temps la garde des forts de son ennemi durant l’absence de ce dernier, mais il avait le devoir de les confier “ à des personnes fidèles et affectionnées qui en pussent répondre.” Son retour au pays fut donc un triomphe. Il le devait à deux Capucins, en particulier, au P. Pascal de Troyes. On comprend qu’il conserva à ce dernier une profonde reconnaissance. Enfin ! après tant d’années d’attente, il allait entrer dans la possession des forts Saint-Louis et de la rivière Saint-Jean pour la construction desquels il n’avait pas déboursé un seul sou. Certes, il avait bien calculé ses chances de succès. Trop faible pour attaquer de La Tour ouvertement, il s’était contenté de lui faire mille tracasseries et de lui tendre des embûches. Ses tentatives premières lui valurent d’abord une nomination officielle au poste de “gouverneur de Port-Royal et de Pentagouët ” ; mais la défense formelle qu’il avait reçue en même temps de ne pas s’ingérer dans les affaires

(1) Archive* de la Charente-Inférieure : Amirauté de la Rochelle.

ET SON TEMPS

de La Tour, en ses forts du Cap de Sable et de la rivière Saint- Jean, avait contrecarré ses plans. Pour le moment, il put se contenter de la commission qu’on lui avait fait tenir et attendre patiemment que des circonstances plus favorables l’aidassent à réabser ses plans de conquêtes. Charles de La Tour aurait dû se rendre en France sans tarder pour y plaider sa cause, mais il accordait toute sa confiance à ses agents qui lui rendirent de médiocres services entre autres, Des jardins, par son excès de langage. Au surplus, après les grandes faveurs qu’il avait reçues du roi et de la Compagnie de la Nouvelle-France, il ne pouvait supposer que d’Aulnay aurait pu le supplanter dans la jouissance de ses domaines et de ses forts qui lui appartenaient à tant de titres.

D’Aulnay, muni de ses nouveaux pouvoirs, s’embarqua le cœur plein de joie et d’espérance. Il s’était dit ou de La Tour obéira aux ordres du roi ou il résistera ; dans le premier cas, ses forts me seront confiés et j’en disposerai à mon gré ; il est vrai que le roi m’ordonne de les confier à “ des personnes fidèles qui en puissent répondre...”, mais il est loin et qui le renseignera? Dans le second cas, mon ennemi sera en mauvaise posture vis-à-vis de l’autorité royale dont il encourra les foudres et je serai son successeur, partant, j’obtiendrai le gouvernement de “ toute l’Acadie ”. Tel fut son raisonnement ; pour le prouver il suffit de rappeler qu’au temps même où d’Aulnay comparaissait devant le roi et son conseil, le P. Pacifique de Provins, peu au courant des affaires du pays, sollicitait du Secrétaire de la Propagande, Ingoli, la faveur d’étendre les missions capucines à toutes les terres de l’Amérique Septentrionale. Tandis que d’Aulnay ambitionnait le gouvernement de toute l’Acadie, le P. Pacifique de Provins demandait la préfecture de “ toutes les missions de l’Amérique où il n’y avait pas d’autres religieux. . . (1)”

D’Aulnay avait si bien calculé ses plans qu’il ne pouvait que réussir. Revenu sur le Saint-Français, il s’empressa de porter à de La Tour les ordres du roi. Celui-ci, bon gré mal gré, dut subir cette nouvelle humiliation. Afin de ne pas contrecarrer les ordonnances royales, il consentit à remettre entre les mains de l’astu-

(1) Archives de la Propagande: Lettre du P. Pacifique de Provins, 24 juin 1644, Vol. 199, folio 269.

deux d’Aulnay le fort du Cap de Sable et tout son contenu. Il y mit sans doute des conditions, puisqu’il déclare, dans sa lettre aux Anglais de Boston, que son rival s’obligea à le confier aux mains de personnes fidèles “ qui en pussent répondre ” selon l’ordre du roi. Après cela, de La Tour se retira en son fort de la rivière Saint-Jean. Ce qu’il appréhendait arriva ; à peine d’Aulnay fut-il en la possession du fort Saint-Louis, qu’il y mit le feu et le détruisit de fond en comble. Cet incendie criminel enlevait ainsi à de La Tour toute espérance d’y revenir et d’Aulnay se trouvait maître de toute la presqu’île. L’église des Récollets, le monastère, les bâtiments voisins furent rasés. “ J’ai bâti deux forts, dira de La Tour aux Anglais de Boston en 1644, et il m’en a brûlé un, ainsi que la chapelle et le monastère... (1).” En 1643, il demandera à d’Aulnay, réfugié en son fort de Port-Royal, une juste réparation pour les dommages qu’il lui a fait subir au Cap de Sable par la destruction de son fort. De leur côté, les Récollets réclameront une compensation pour leurs pertes en cette circonstance et les violences qu’ils ont eu à endurer de la pari d’Aulnay (2). Mais le roi et son conseil étaient loin ; ils ignoraient cette partie du drame qui se déroulait sur ce coin de la terre acadienne. D’Aulnay taisait prudemment ses propres violences avec le consentement des deux Capucins qui eurent le don d’intriguer auprès des supérieurs-majeurs où ils plaidaient sa cause. Dans sa lettre du 12 décembre, 1641, le P. Pacifique de Provins, déclare à Ingoli que ses supérieurs : “ ne voulent pas qu’il ait connaissance, encore moins la Sacrée Congrégation, de ce qui se passe dans leur mission.” Mais, moi, dit-il, “ comme fils et serviteur très fidèle de Vos Eminences et de Votre Illustrissime, il me faut tout leur manifester.... (3).” Le même Père, dans sa lettre du 24 juin 1644, dira encore à Ingoli que les mécontents : “ le diffament personnellement auprès des Cardinaux dans le but de lui faire enlever la mission et la préfecture qui lui ont été confiées, afin que le tribunal n’ait plus aucune connaissance des missions et de leur très injuste gouverneur pour la ruine totale de ces missions et la honte de la religion. Ils ne

(1) Lettre de La Tour, en date du 21 octobre 1644 : En marge de la tragédie d’un peuple, p. 77.

(2) Arrêt du Conseil d’Etat : Archives Nationales, No. 5, E. 1688.

(3) Arch. Prop., Scrittura Originale, Vol. 141, p. 67.

ET SON TEMPS

peuvent supporter ici, à Paris, le P. Louis-François de Paris, agent du R. P. Archange, très bon religieux et très ardent pour les missions, afin que personne n’ait connaissance de ce qui se passe ici. N une ergo sacrum vestrum tribunal alloquor. Judica me, et discerne causant meam de gente non sancta, et ab hominibus iniquis et dolosis eripe (1).” Ainsi, en 1644, le P. Pacifique de Provins, plus au courant des affaires de la colonie, put voir les dessous de la campagne inique qui se jouait à son insu ; il saisit alors l’occasion de dire son sentiment sur ce qui se passait dans la mission capucine.

De La Tour, on l’a vu, ayant livré à d’Aulnay le fort Saint- Louis, s’était retiré en son fort de la rivière Saint-Jean. C’est là que le dernier, à son retour de France, se rendit pour lui signifier les ordres du roi. Si l’on s’en rapporte à ses mémoires, il n’y serait pas allé en personne ; comme ses amis ne lui avaient fourni que six hommes, au lieu de trente à quarante qu’il attendait, il comprit qu’il ne “ pourrait forcer le dit La Tour en son habitation.” Son envoyé essuya un refus, mais son ennemi aurait donné une réponse écrite. Quels en furent les termes ? Nous ne saurions le dire puisqu’elle ne nous est pas parvenue. Sur ce, d’Aulnay repassa en France afin d’y “ aller quérir les choses nécessaires pour s’emparer de La Tour” et pour l’établissement du pays (2).

Au mois de février 1642, d’Aulnay étant à Paris fit connaître le résultat de sa mission. On comprend aisément qu’il ne se vanta pas de la destruction du fort Saint-Louis dont il portait le crime ; s’il en fit la narration, il dut en faire tomber la responsabilité sur de La Tour. L,e P. Pascal de Troyes l’accompagnait et s’employa de son mieux pour lui assurer des sympathies. Comme le dit le P. Pacifique de Provins, il plaida la cause “ de son gouverneur ” tant auprès du roi, de la reine, qu’auprès des juges du royaume. Grâce à de telles influences, d’Aulnay parvint à faire croire que de La Tour tenait une conduite désordonnée et que sa présence était une des causes du peu de progrès de “ l’évangélisation des sauvages ”.

(1) Arch. de la Prop. : Lettre du P. Pacifique de Provins, 24 juin 1644.

(2) Arrêt du Conseil d’Etat.

Sur ces témoignages, le roi ordonna à d’Aulnay de “ se saisir de La Tour pour le conduire en France, avec défense à toutes personnes de luy prester aucune assistance sous peine de punition

corporelle” . , et il lui enjoignit “de se saisir des forts de La

Tour et d’y établir personnes fidèles et affectionnées.... qui en pussent répondre...” Ainsi le roi ignorait alors la destruction du fort Saint-Louis. Dans le même arrêt, Desjardins, l’agent de La Tour, devait être conduit dans la prison du Fort l’Evêque, et défense lui était faite de porter ou d’envoyer au fort Saint-Jean “ aucuns secours en vivres, hommes, munitions

Jusque-là, d’Aulnay n’avait pas mis un seul sou dans l’entreprise de Razilly. Ce fut, comme il le dit lui-même, le moment favorable “ d’entrer pour de bon dans les affaires de l’Acadie.” Il s’était contenté de dépenser l’argent des autres et n’avait payé que de sa personne. La Tour, au contraire, depuis plus d’un quart de siècle, y avait mis et son argent et son travail.

La Compagnie Razilly-Condonnier, qu’il ne faut pas confondre avec la Compagnie de la Nouvelle-France, était alors formée de Claude de Razilly, propriétaire de quatre parts, de Nicolas Le Tardif, commissaire extraordinaire des guerres. Il avait remplacé Le Grand en achetant sa part et celle des Pères Capucins, “ substitués au lieu et place du Cardinal de Richelieu ”, qui avait abandonné ses droits en 1640, pour l’entretien et la fondation d’un séminaire de sauvages. Louis Mottin y était intéressé pour une somme de 4,000 livres.

Par contrat passé le 16 janvier 1642, d’Aulnay acheta les droits de Claude de Razilly. A sa mort, il n’en aura pas même payé les intérêts, ce qui montre que ce fils de famille n’avait pas le sou. Le jour précédent, Claude de Razilly et Nicolas Le Tardif, tant en leurs noms qu’en celui du P. Esprit d’Ivoy, supérieur de la Mission de la Nouvelle-France, et récemment élu à ce poste, en reconnaissance des bons services que leur a rendus d’Aulnay, lui accordèrent un septième du fonds des dix-sept mille livres qu’ils ont “ mis, tout ainsy que s’il y fût entré comme les autres par la contribution d’une septième part et qu’il eût fourni pareille somme dès le commencement de la Société. ...” Le 9 février, d’Aulnay fut chargé par le P. Honoré, supérieur provincial des capucins, “ d’administrer la part et portion des Pères ”, en remplacement de Pierre Briant, marchand, démissionnaire.

ET SON TEMPS

Le P. Candide, mentionnant ces faveurs accordées à d’Aulnay, a prétendu que la Compagnie de la Nouvelle-France lui céda, “ la même année, les trois septièmes de son actif en reconnaissance des travaux soufferts pour l’établissement et manutention de l’Acadie (1).” Ceiie cession n’apparaît nulle part. L’auteur a réédité ici l’erreur de son collègue (2) qui s’est mépris sur le passage suivant de M. Moreau. De son côté, Claude de Razilly, “ en considération et reconnaissance des soins et travaux qu’il avait soufferts pour l’établissement, conservation et manutention de la colonie, tant auprès du défunt commandeur que depuis son décès, et en faveur de l’amitié et parenté qui était entr’eux ” donna au dit sieur de Menou ... la somme de 4,000 livres “ à prendre sur celle de 53,200 qui lui était due par le successeur du feu commandeur, pour s’en prévaloir sur les terres et biens de la rivière et baie de Sainte-Croix, concédée audit commandeur par la Compagnie de la Nouvelle-France. L’acte a été passé devant Beaufort, notaire à Tours, le 19 février 1642 (3).” Ainsi, ce ne fut pas la Compagnie de la Nouvelle-France qui fit ce don à d’Aulnay mais Claude de Razilly. Au surplus, l’arrêt du Conseil d’Etat, daté de Versailles, en l’année 1703, où sont mentionnés tous les titres de ces domaines, ne fait pas mention de ce prétendu don fait à d’Aulnay par la Compagnie de la Nouvelle-France, d’où l’on voit que ce fut la Compagnie Razilly-Condonnier qui se montra aussi généreuse. M. Moreau écrit : “ Rien ne manquait à d’Aulnay pour fortifier son action et la rendre efficace ; il avait toute l’autorité du gouvernement et tout le crédit de la compagnie ”. L’auteur veut parler, sans doute, du crédit d’Aulnay auprès de Razilly, frère du Commandeur, et de la Société d’Acadie. En effet, il ne faut pas confondre les intérêts prives de la compagnie fondée par de Razilly, les Capucins, et lui-même, et ceux de la Compagnie de la Nouvelle-France ou des Cent-Associés (4).

(1) P. Candide : Pages glorieuses, p. 243.

(2) M. Lauvrière, I, p. 84. — Edition de 1924 : I, p. 80.

(3) M. Moreau : Histoire de l’Acadie, p. 1C8.

(4) Nous lisons dans l’arrêt du Conseil d’Etat : “ Concession faite par la Compagnie de la Nouvelle-France, de la rivière et de la baye de Sainte-Croix, en faveur du Commandeur de Razilly, du 19 mai 1632 ; autre concession du 15 janvier 1634 par la même Compagnie en faveur de Claude de Razilly, du fort, habitation de Port-Royal ; autre concession faite le même jour, au même, de l’île de Sable, et du fort et habitation de la Hève ; vente par le dit Claude de Razilly

CHARLES DE SAtNT-ETIENNE DE LA TOUR

Quoiqu’il en soit, on peut dire que d’Aulnay partit de France comblé de faveurs. Si jusque-là son état de fortune l’avait empêché de collaborer plus efficacement à l’œuvre de Razilly, il pourra désormais, avec les précieux dons à lui faits par les Capucins et par Claude de Razilly, quoique récents, prétendre des droits réels sur les forts et les possessions de Razilly et de la nouvelle Compagnie. Bien plus, à partir de ce jour, il puisera largement dans les fonds destinés aux missions et aux écoles du pays. Il prétendra si bien identifier ses intérêts avec ceux de la race française et la cause de l’évangélisation des sauvages qu’il ne voudra permettre à aucun autre d’y collaborer (1). Il poussera cette prétention jusqu’à détourner à son profit particulier une somme de 20,000 francs léguée par le Cardinal de Richelieu pour le soutien des écoles des “ petits sauvages C’est une énigme pour nous de voir ses admirateurs s’extasier devant les mérites et le désintéressement si problématiques de leur héros. Il ordonne, dans son testament, qu’il rédigea après sa conversion, de consacrer le surplus des revenus du trafic à l’œuvre du Séminaire ou de l’évangélisation des sauvages. Mais, de là, à voir en lui un bienfaiteur des missions, il y a loin. Par ce geste tardif, il voulut réparer les dommages qu’il avait causés à la religion, en Acadie. En attendant, le P. Pacifique de Provins, dans sa lettre à Ingoli, en date du 24 juin 1644, n’entretenait pas sur cet homme les mêmes sentiments que les supérieurs-majeurs et le P. Pascal de Troyes. En parlant de ces derniers et d’Aulnay de Charnizay, il écrit les lignes suivantes : “ Ils ont caressé ce Père ; ils se sont identifiés avec les intérêts du nouveau gouverneur ; ils se sont faits eux-mêmes les avocats de ses intérêts temporels, et auprès de la Reine et auprès des juges nommés par Sa Majesté, et bien que ce gouverneur ait dévoré et tourné à son profit 20,000 francs que son Eminence le Cardinal de Richelieu avait laissés pour maintenir la mission du Canada et les écoles des petits canadiens, nos susdits supérieurs, réunis en

à Charles de Menou des droits qu’il avait en la dite Compagnie, par contrat passé devant Mercier et Chapelain, au Châtelet de Paris, le 16 janvier 1642, registre dans le livre de la dite Compagnie le 28 janvier 1642.” Nulle part on ne voit de traces de ce don fait directement à Charles d’Aulnay par la grande Compagnie de la Nouvelle-France.

(1) Les Jésuites de Miscou seront également chassés de cette mission par le même d’Aulnay, et ceux des colonies du Cap-Breton, établis à St-Pierre et à Sainte-Anne, auront le même sort.

Derniers vestiges du Fort Fa Tour, Saint-Jean, N.-B d’après un dessin de M. Louis A. Holman, Boston.

ET SON TEMPS

définition, ont proposé de faire une enquête officielle à Paris sur le dit gouverneur, quoique pourtant elle n’a pas été faite ; ces jours-ci, ils se sont décidés à envoyer au Canada le susdit Père avec son gouverneur pour aider à sa condamnation publique. Pourquoi nos Pères n’ont-ils pas envoyé en toute hâte à Vos Eminences ce procès instruit, ces accusations véritables et juridiques afin qu’Elles révocassent la mission de ce Père, et leur propre préfecture et soin des missions, pour avoir si mal gouverné et pour avoir ruiné le temporel et le spirituel de cette mission, de sorte que moi, qui suis accusé par eux, j’ai fait verser 1400 francs pour payer le passage d’une veuve, et pour la maintenir à faire la classe aux demoiselles de ces gens-là. Que vos Eminences ouvrent donc les yeux et se demandent pourquoi ils défèrent à ce tribunal mes prétendus défauts plutôt que les leurs ; ils jugeront, en toute certitude, que leur but est de me diffamer auprès de Vos Eminences, pour qu’Elles m’enlèvent la mission et la préfecture afin que ce tribunal n’ait plus aucune connaissance des missions et “de leur très injuste gouverneur pour la ruine totale de ces missions et la honte de la religion. . . ” (1)

Cette lettre se passe de commentaires. Le P. Candide avoue que le P. Pacifique de Provins avait pour d’Aulnay si peu d’estime qu’il différait son départ. Il ajoute : “A vrai dire, sa présence à Port-Royal, aux côtés d’un gouverneur dont il a une trop petite estime était peu désirable ” (2) .

D’Aulnay revint au Canada accompagné du P. Pascal de Troyes et des religieux qui venaient remplacer ceux qui avaient été rappelés. Sa cause devenait, dès lors, celle des Capucins. On comprend qu’ils devaient l’appuyer de toutes leurs forces. Quant à de La Tour, il n’avait plus qu’un refuge : son fort de la rivière Saint-Jean autour duquel se livreront les dernières batailles.

(1) Lettre du P. Pacifique de Provins, 24 juin 1G44 : Archivio di Propa gandus Scritture originali riferite Nelle Cong. Generali, vol. 199, fol. 269.

(2) Pages glorieuses, pp. 213, 214.

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