CHAPITRE XXI
Charles de Saint-Etienne de La Tour à Boston. — Il donne une hypothèque sur ses domaines au major Edouard Gibbons. — Sacrifices inutiles. — Il sc réfugie chez les Bostonnais. — Il fait la traite des pelleteries. — Il arrive à Québec. — Réception cordiale de M. de Montmagny et des autorités de la colonie. — Où l’on retrouve Nicolas Denys. — Son mariage. — Il s’établit à Miseou.
Tandis que madame de La Tour, le 16 avril 1645 (1), était forcée de se rendre en dépit de ses efforts héroïques, son mari n’épargnait aucune démarche pour obtenir des secours afin d’arracher des mains d’Aulnay son fort de la rivière Saint-Jean. Les Anglais ne se pressaient pas pour accomplir leurs promesses. Ils craignaient le ressentiment de son ennemi et ils voulaient faire payer très cher les services qu’ils pouvaient rendre à de La Tour. Les semaines, les mois s’écoulèrent en négociations de toutes sortes, c’est à peine si ce dernier obtint, de ses amis intéressés, l’envoi de deux petits navires, lesquels, on le sait ne parvinrent point à destination. Entre-temps, madame de La Tour succombait et ses défenseurs étaient mis à mort par le cruel vainqueur. La nouvelle de cette tragédie arriva plus tard à Boston. Le 13 mai 1645, environ un mois après, en reconnaissance d’une somme de 2,080 louis, à lui prêtée par Edouard Gibbons, de La Tour donna, en garantie, son fort de la rivière Saint-Jean et ses dépendances mais il se réserva les vastes domaines du Cap de Sable. Avant de conclure un tel marché, Gibbons, homme très versé dans les affaires, voulut s’assurer — c’était son droit — si ces domaines appartenaient réellement à son futur débiteur. De La Tour n’eut pas de peine à prouver qu’il en était le seul propriétaire. Il fit l’historique de ses titres de possession. Ainsi, écrit Winthrop, “ ces terres lui appartenaient en vertu d’abord du droit du
(1) D’après Nicolas Denys et le récit du capitaine Pierre Saulny, comman
dant du navire : le Cardinal.
premier occupant.” Il montra comment il avait hérité du Port- Royal, à la mort de Biencourt, et comment le roi l’en avait dépossédé, en 1632, en faveur de Razilly. Les lettres patentes qu’il avait obtenues de la Compagnie de la Nouvelle-France, sanctionnées par le roi, et plusieurs fois renouvelées, ne laissaient aucun doute là-dessus. Elles comprenaient tous les domaines que son père avait obtenus de Sir Guillaume Alexandre, le 30 avril 1630. De La Tour se garda bien de ne pas les exhiber afin de montrer que, s’il l’eût voulu, il aurait pu s’en prévaloir en passant au service de l’Angleterre. Ces titres, écrit Winthrop, reposaient sur une possession de plus d’un quart de siècle. Gibbons consentit à lui venir en aide. De La Tour s’engagea à rembourser son créancier le 20 février 1652. Ce paiement annulait le contrat. Gibbons avait le droit de jouir de ces domaines et il ne devait être troublé dans cette jouissance, ni par la Compagnie de la Nouvelle-France, ni par Guillaume Alexandre ou ses héritiers, ni par les représentations des uns et des autres.” Que de La Tour ait eu le droit d’hypothéquer son fort et le domaine qui en dépendait, il n’y a pas le moindre de doute là-dessus. L’acte de concession de la Compagnie de la Nouvelle-France porte, qu’après dix ans de possession, il sera loisible “ à luy et ses successeurs ou ayans causes d’en disposer avec les mesmes charges cy dessus au profit de personnes capables et faisant profession de la Religion Catholique, Apostolique et Romaine.” Admettons qu’il n’avait pas le droit de le céder à des protestants ; soit, mais remarquons qu’il fait insérer, dans le contrat, une clause, par laquelle “il se réserve l’espace de cinq années pour acquitter ses dettes ”, afin de rentrer, de plein droit, dans la libre jouissance de ses biens. Comme tous les malheureux qui cherchent à sauver du naufrage les débris d’une fortune compromise, il espère avoir le temps de s’acquitter envers Gibbons. Il joue le tout pour le tout. Il n’a pas, assurément, le choix de ses auxiliaires. Tandis que d’Aulnay, en France, hypothèque toutes ses propriétés tant françaises qu’acadiennes en faveur de Le Borgne, de La Tour, abandonné à luimême, doit chercher les fonds où ils se trouvent. “ A cette époque éminemment procédurière nul ne s’étonne d’une certaine
(1) John Winthrop : The History of New-England, II, pp. 178, 179.
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âpreté dans la poursuite des intérêts respectifs, dit le P. Candide en parlant d’Aulnay (1).” Nous n’avons aucune gêne à avouer que de La Tour, aussi bien que ce dernier et tous leurs contemporains, travaillaient plus à l’avancement de leurs fortunes qu’à celui de la patrie. “ On est bien obligé de reconnaître que ces terres, aujourd’hui si riches et si peuplées, n’offraient pas un intérêt de premier ordre, même pour ceux qui les convoitaient, et que les idées de patrie et de patriotisme que nous leur attachons aujourd’hui n’étaient peut-être pas celles qui inspiraient avant tout les actes des chercheurs d’aventures ou de fortune de cette époque. Au début du XVIIe siècle, les choses parurent beaucoup moins dramatiques et le furent effectivement beaucoup moins (2).” Cela est vrai et pour de La Tour et pour son rival. Quelques écrivains français se sont scandalisés de voir que, sur la copie de ce contrat, de La Tour est qualifié “ lieutenant-général pour le roi en France ” et “ baronnet d’Ecosse ”. Ils oublient que ce document n’est pas original et qu’il fut enregistré à Boston par Endicott à la demande de Edouard Gibbons. De La Tour doit-il être tenu responsable de ces qualificatifs ? Rien ne le prouve. Le titre de “ baronnet d’Ecosse ”, qui se rencontre sur cette copie, enregistrée en 1652, est apparu à des écrivains anglais très diserts, comme une interpolation due à la plume du greffier qui, à la demande de Gibbons, l’aurait ajouté à celui de lieutenant-général pour le roi de France, porté par de La Tour. M. W.-F. Ganong, qui a bien voulu examiner ce document pour nous, donne l’explication suivante : “ Il est clair, dit-il, ainsi que je l’ai toujours compris, que ces documents ne sont pas des originaux, mais des copies. Les signatures ne sont pas originales ni même les sceaux qu’on y mentionne sans les reproduire. Ce serait une fortune appréciable si nous pouvions retracer les originaux. A mon sens, le titre de “ baronnet d’Ecosse ” est une interpolation faite par Endicott, à la demande du Major Gibbons et de Joshua Scottow, lorsqu’ils voulurent enregistrer ces pièces, afin de leur donner plus de force sous un gouvernement anglais. M. J. Withman Bailey, avocat, de Boston, paléographe expert, les a étudiés. Ils
(1) P. Candide: Pages glorieuses, p. 223.
(2) Lettre de M. Martineau, de l’Institut de France, a
bre 1927.
l’auteur, le
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sont d’une pauvre calligraphie. Il a remarqué, qu’après le nom de La Tour, se trouve un point, preuve que les mots “ baronnet d’Ecosse ”, qui suivent, ont été interpolés. Au surplus, dit-il, Gibbons savait que Claude de La Tour était mort à cette date et que ce titre, qu’il avait obtenu, devait revenir à son fils, en ligne directe. Il pouvait ainsi en être qualifié bien qu’il l’eût refusé en 1630. . . Cette addition, qui paraît sur le contrat, semble donc avoir été faite par Gibbons afin de conserver tous ses droits même sous un gouvernement anglais (1).” Il y a plus, toutes les interpolations qui se rencontrent dans la copie de ces actes portent qu’elles “ n’ont pas été reconnues par un magistrat (2) ”, ce qui prouve, qu’à Boston même, on ne les regardait pas comme authentiques. Seule, ainsi que l’écrit M. W.-F. Ganong, la découverte du contrat original permettrait d’éclaircir ce point d’histoire si peu important en soi. Les écrivains français qui se sont appuyés sur cette copie pour noircir de La Tour n’auront, assurément, pas de peine à reconnaître que leur thèse repose sur une supposition que rien ne vient appuyer. Quoiqu’il en soit, en étudiant cette épisode tragique de l’histoire acadienne, on ne saurait trop regretter que des circonstances pareilles aient obligé de La Tour à se rendre chez ses voisins chercher des secours pour lutter contre son implacable et injuste adversaire. Cette démarche attira, plus tard, sur l’Acadie, de nouveaux malheurs, en particulier, la prise du fort Saint-Jean par Sedgewiek. Qui donc porte la lourde responsabilité de cette affaire, sinon d’Aulnay, qui luttait pour supplanter son rival ? De La Tour eût-il été plus grand dans l’Histoire s’il eût abandonné, entre les mains de son ennemi, son avenir, ses vastes possessions, ses prétentions si légitimes ? Des droits acquis par le labeur, le courage, l’application au devoir, des droits reconnus et sanctionnés par le roi, des droits conquis par plus de trente années de persévérance, ne devaient pas être sacrifiés au profit d’un homme qui n’avait rien fait pour les mériter, et qui, jusque-là, n’avait contribué en rien dans l’avancement de cette partie du pays. Non ! de La Tour n’était pas tenu de faire cet acte héroïque ! Au surplus, d’Aulnay qui,
(1) Lettre de M. W.-F. Ganong à l’auteur, en date du 22 avril 1925.
(2) “ Recorded as it is here sett not being acknowledge bv a magistrate 1652, Edward Rawson.” Recorder : Suffolk Deeds, Liber, I, pp. 1Ô et 11.'
Fort d’Aulnay, l)âti sur le côté ouest du havre de Saint-Jean, N. -B., d’après un dessin de M. Louis A. Holman, Boston.
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aux yeux de ses admirateurs, insuffisamment renseignés, incarne le pur patriotisme, n’envoie-il pas le P. Marie chez les Anglais, de Boston, solliciter des secours contre son ennemi ? Cette démarche est-elle moins antipatriotique que celle que l’on reproche à de La Tour ? Allons donc ! S’il ne put obtenir ce qu’il désirait: la coopération des ennemis de la France dans sa lutte contre son ennemi personnel, il réussit néanmoins à refroidir leur enthousiasme envers ce dernier. Quant à de La Tour, s’il est vrai de dire qu’il s’allia un instant à des soldats Anglais pour se défendre contre les attaques d’un injuste agresseur, il luttait ni contre la France ni contre son roi, mais il combattait un rival. Il est, du reste, des exemples de ces alliances dans l’histoire : “ Les grands Condé et Turenne ne se sont-ils pas associés aux Espagnols sinon contre leur patrie, du moins contre le roi de France (1)” ? Pour conserver ses droits et ses biens, de La Tour, il est vrai, employa des moyens énergiques. A trois siècles de distance, ils ont pu paraître illégitimes à des écrivains imbus de préjugés, mais leur point de vue est assurément discutable. Quel aurait été leur jugement s’il fût sorti vainqueur de cette lutte inégale et injuste ? Ils l’auraient peut-être porté au Capitole ? Pour son malheur, il est vrai, le sort des armes se tourna contre lui. N’empêche que, plus tard, le roi de France, mieux éclairé, et tout aussi Français assurément, et non moins patriote que nos modernes écrivains, le justifia et lui remit, de sa propre autorité, les honneurs et les biens dont d’Aulnay l’avait dépouillé injustement. Ce fut la revanche de la justice royale en attendant celle de Y Histoire.
Le contrat du 13 mai 1645 fut bien inutile. De La Tour était encore à préparer son expédition à Boston quand on lui apprit que son fort avait été enlevé d’assaut, que ses soldats avaient été exécutés, et que son héroïque épouse était morte trois semaines plus tard. Quelle dut être sa douleur ! Il était ruiné et son malheur causait celui des marchands anglais qui l’avaient aidé dans sa lutte. II trouva pourtant, chez ces derniers, de la pitié et de la sympathie. II passa l’hiver chez M. Samuel Maverick, à Nottles Island, à Boston. Ce dernier, le 14 janvier 1645, lui loua un petit navire de trente-cinq tonneaux, armé en guerre, et
(1) Lettre de M. Martineau à l’auteur.
d’Aulnay s’en empara à l’embouchure de la rivière Saint-Jean. Au printemps, d’autres marchands équipèrent un navire évalué à cinq cents louis pour lui permettre de faire la traite.
Au commencement de 1646, Charles de La Tour se réfugia à Québec. Il y arriva le 8 août, sur le soir, note le Journal des Jésuites. “ Parurent le navire du capitaine Poullet et le phlibot de M. de La Tour, qui venait se réfugier ici, écrit l’annaliste, ils arrivèrent le lendemain. On tira (du canon) à l’arrivée du dit sieur de La Tour, et à sa descente, il fut logé au fort. Le gouverneur, le 1er jour, lui donna le devant ; il l’accepta pour le 1er jour, et le refusa ensuite, comme il le devait (1).”
M. Moreau et ceux qui marchent sur ses brisés s’étonnent que de tels honneurs lui aient été rendus. Il est accueilli avec les plus grandes marques de sympathie ; on lui rend les honneurs dus aux gouverneurs, et ils se demandent la raison de cette haute considération ? Pour les autorités de Québec et pour les habitants de la colonie, qui connaissaient les dessous du drame qui s’était passé en Acadie, il n’existait pas de mystère. De La Tour ne méritait pas la condamnation portée contre lui. M. de Montmagny, gouverneur de Québec, convaincu que l’ancien lieutenantgénéral avait été la victime des circonstances ne vit pas en lui le traître ni le rebelle qu’on avait représenté au roi. Il le logea au château Saint-Louis durant quatre ans, et cette sympathie ne se démentit jamais, au témoignage de tous les historiens. “Il y a quelque chose d’énigmatique dans cette faveur jamais démentie dont Latour jouit à Québec, écrit le P. Candide. Québec qui fait alors une politique nettement catholique et royale, flatte obstinément un croyant très suspect et un frondeur avéré. Car si l’apostasie de Latour peut être contestée, ses accointances huguenotes et puritaines ne sont pas douteuses (2).” L’histoire de la prétendue apostasie de La Tour n’a jamais été prouvée. Le P. Candide admet qu’elle est contestable ; quant aux “ accointances huguenotes et puritaines ” on sait en quelle année elles ont commencé : en 1643, lorsque d’Aulnay, en dépit des ordres du Vice-Amiral de France, bloqua l’entrée de la rivière Saint-Jean, et tenta de s’emparer du vaisseau, le Saint-Clément, envoyé au secours de son
(1) Le Journal des Jésuites, p. 61.
(2) Pages glorieuses, pp. 221, 276.
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ennemi. A Québec, de La Tour est de toutes les fêtes. On lui fait l’honneur d’être parrain en plusieurs occasions. Le 15 février 1647, il va, avec le P. de Quen, chez M. François de Chavigny pour assister au baptême de l’un de ses enfants. M. de Chavigny est un gentilhomme originaire de Créancé, en Champagne (1), par conséquent de la même province que de La Tour. Il est marié à Eléonore de Grandmaison qui l’a rendu père de trois enfants. Une de ses filles, Geneviève, deviendra la femme de Jean-Baptiste Couillard de Lespinay, Lieutenant général de l’Amirauté et Lieutenant particulier de la Prévôté de Québec. Ce mariage fut béni le 23 octobre 1680 (2). L’enfant, baptisée par le P. de Quen, fut appelée Charlotte et la cérémonie eut lieu le 17 du mois de février 1647. Le 30 juin de la même année, Charles de La Tour conduit le P. Bailloquet à Montréal, dans sa chaloupe. Le 7 mars 1648, il est à Québec, parrain d’un enfant issu du mariage d’ Abraham Martin (3) et de Marguerite Langlois. Il lui donne les noms de Charles-Amador. La marraine fut Marie Couillard, fille de Guillaume Couillard et de Marie- Guillemette Hébert (4).
Le 16 avril 1648, il se rend chez les Hurons pour faire la guerre avec Amiot, mais le 11 juin il est de retour à Québec, c’est le jour de la Fête-Dieu. Il porte le dais en compagnie de M. de Chavigny, de M. Bourdon et de Jean-Baptiste le Sauvage (5).
Il est assez facile de suivre les allées et venues de Charles de La Tour, grâce au Journal des Jésuites. Nous le retrouvons plus loin avec Nicolas Denys. Tous deux travaillent alors à refaire un avenir que le même ennemi, Charles d’Aulnay, a si injustement compromis. De 1646 à 1653, de La Tour fait de fréquentes apparitions à Québec, à Montréal, aux Trois-Rivières. Il accompagne
(1) Jacques de Saudelesse, écuyer, seigneur de Champgeron, pour la dite seigneurie avec les fiefs de Berthereau, de Chavigny, la Mothe-Marcaire, et la Mothe-Briffault, valant 30 sols, mouvant en fief de la seigneurie de Champgeron, de la baronnie d’Ervy ; le dit Berthereau et Marcaire de la seigneurie de Sautour ; le dit Briffaut, du Chaste! de Coursan. Extraict du rolle du ban et arrière-ban du bailliage de Troyes : Bibliothèque Nationale, Fr 21, 540, Gaignières, fol. 44.
(2) Il était le fils de Louis Couillard de Lespinay, seigneur de la Rivièredu-Sud, et de Geneviève des Prés : Histoire des seigneurs de la Rivière-du-Sud et de leurs alliés canadiens et acadiens.
(3) Abraham Martin, l’un des premiers habitants de Québec, a donne son
nom aux Plaines d’Abraham. .
(4) Charles-Amador Martin devint le second et non le premier pretre canadien, tel qu’indiqué dans En marge de la tragédie d’un peuple, p. 89. Le premier prêtre canadien fut Germain Morin.
(5) Le Journal des Jésuites, p. 110.
les Jésuites, Denys, les premiers colons, et il jouit de l’estime de tout le monde. Les historiens qui prétendent mettre ces faveurs sur le compte de la naïveté du gouverneur, des Jésuites et des autres habitants du pajrs devraient au moins se donner la peine de prouver ce qu’ils avancent.
Où était Nicolas Denys durant la guerre civile qui désolait la terre acadienne ? Nous l’avons vu à la Rochelle dans les années 1640 et 1641. Il y était encore l’année suivante. C’est dans la paroisse de Sainte-Marguerite de cette ville que, le 1er octobre 1642, il épouse Marguerite de Lafitte. L’acte de mariage que nous avons découvert, lors de notre passage à la Rochelle, se lit comme suit :
“Eglise Ste-Marguerite :
Le 1er jour d’octobre 1642, ont été espouzez Nicolas Denys, écuier, fils de Nicolas Denys, écuyer, Conseiller, secrétaire du Roy et lieutenant en l’élection de Tours, et de Demoiselle Marie Cosmier, et dame Marguerite de Lafitte, fille de feu honorable homme Pierre de Lafitte et de Demoiselle Réatrice Cabesse, en présence d’honorable homme Gaspard Cabesse, oncle maternel de la dite dame Lafitte, Gabriel et Jean Cabesse, ses cousins, Pierre Rlays, marchand, Elisabeth et Françoise Cabesse, ses cousines.
JOUSSEAUME, ptre (1).”
Pour le dédommager des pertes que lui a fait subir d’Aulnay à la flève, la Compagnie de la Nouvelle-France lui accorda, vers l’époque de son mariage, une vaste concession de terre, située à l’entrée de la Raie des Chaleurs. En 1645, il s’établit sur la grande île Miscou, appelée aujourd’hui Shippigan. Il s’y bâtit une habitation “ vaste et commode ” et s’y livra à la culture de la terre. Il commença à tracer des jardins et il planta des arbres fruitiers et des vignes. Ces premiers essais furent si encourageants qu’il caressait l’espoir de passer de longues années dans le calme et l’aisance sinon dans le luxe et l’abondance. Mais il avait compté sans son ancien voisin qui voyait des rivaux partout, et qui devait renouveler ses violences contre lui. Il était marqué que d’Aulnay l’atteindrait jusque sur les confins des terres acadiennes et laurentiennes et qu’il lui enlèverait ses nouvelles possessions avec autant de brutalité qu’il en avait mis à ruiner de La Tour.
(1) Archives de la paroisse de Saint-Barthélemy, la Rochelle.