‹ Charles de Saint-Étienne de La TourChapitre 43 sur 70 · DE MORILLON DU BOURG · texte numérisé non relu

DE MORILLON DU BOURG

Monsieur le Chevalier Temple se plaint fort de l’affaire du port Rossignol et dict que vous avez insulté et pillé ses Gens contre tout ordre ; que s’il arrive que vous empêchiez présentement les Anglais de faire leur négoce l’on m’en faict responsable. Vous ferez qu’ils Vous déclareront la guerre et peut-être m’arrêteraientils aussi si vous ne vous retirez pas jusqu’à ce que les ordres soient arrivés. Je ne puis partir sans votre réponse que je vous prie de me faire positive et promptement car j’ai ordre d’aller ailleurs dès à présent et l’hiver avance.

Monsieur le Borgne de Belle ïsle, gouverneur pour Messieurs de la Compagnie d’Occident, sous l’autorité du Roy, d’une partie de l’Acadie, au Port-Royal (1).

Le 9 septembre 1668, M. Morillon du Bourg écrit, de Boston, aux Associés de la Compagnie des Indes Occidentales et rend compte de sa mission. Le 9 octobre 1668, sous seing privé, il se démet de “ son autorité en faveur d’Alexandre Le Borgne de Bellisle, qui prend possession du gouvernement de l’Acadie (2).” Le lendemain, il abandonne encore ses intérêts dans ses différentes concessions en faveur du même Alexandre Le Borgne de Bellisle.

De son côté, Temple, le 29 novembre 1668, écrit à M. Morillon du Bourg et lui dit qu’il a reçu un ordre, en date du 1er août 1668, de Sa Majesté, le roi d’Angleterre, qui lui enjoint de “ne point rendre le pays de l’Acadie ” jusqu’à ce que le plaisir de Sa Majesté lui soit plus particulièrement connu (3) .

(1) Archives de l’Etat du Massachusetts : Colonial Papers, XVIII, no 102.

(2) Mémoires des Commissaires, III, p. 467.

(3) Le même, p. 205.

Le 8 mars 1669, le roi d’Angleterre ordonne à Temple de restituer à la France le pays de l’Acadie, lequel “ ci-devant appartenait au roi de France, comme nommément les forts et habitations de Pentagouët, Saint-Jean, Port-Royal, la Hève et le Cap de Sable (1).”

Le 6 août 1669, le roi d’Angleterre, Charles II, donnait à Temple l’ordre définitif de restituer tout le pays. De son côté, le chevalier Temple, le 7 juillet 1670, ordonna au Capitaine Walker de remettre le pays aux mains du chevalier de Grandfontaine (2) .

Enfin, le 5 août 1670, le capitaine Richard Walker, commandant en Acadie, remit le fort de Pentagouët au chevalier de Grandfontaine, et, le 27 août 1670, Pierre de Joybert, seigneur de Soulanges et de Marson, lieutenant de M. de Grandfontaine, prit possession du fort de Jemsek, situé à vingt lieues en haut de la rivière Saint- Jean, et, le 2 septembre de la même année, M. de Joybert entrait à Port-Royal (3).

Quant au fort de La Tour, situé à l’entrée de la rivière Saint- Jean, qu’il ne faut pas confondre avec celui de Jemsek, où commandait le Sieur de Rinedon, il fut rendu quelques jours plus tard.

L’acte de la prise de possession du fort de Port-Royal se lit comme suit : “ Richard Walker, député et ci-devant Gouverneur du dit pays en la personne du sieur Thomas Temple, Chevalier Raronnet, et conjointement avec lui, Isaac Gardner, lesquels n’auraient pas requis vouloir faire assembler les habitants du lieu, ce qui avait été fait à l’instant, où en leur présence, ils se démettent, en vertu de leur ordre, du dit lieu, en laissant la possession libre et vacante au dit sieur de Marson, de laquelle démission, comme aussi de celle du fort de La Tour, en l’état qu’il se trouvera, où le sieur Walker a envoyé l’ordre du sieur chevalier Temple au sieur de Rinedon , Commandant du dit fort, pour qu’il le remette à l’ordre que dessus, de quoi les dits sieurs m’auraient requis le

(1) Mémoires des Commissaires, III, p. 208.

(2) Le même.

(3) Le même, pp. 216, 219.

présent certificat pour valoir et servir au dit Sieur Thomas Temple, à ses héritiers ou assignés. . Signé: de marson de soulanges. . (1) ”

Encore une fois l’Acadie redevenait française. La mère patrie en conserva la possession jusqu’en 1690, alors que le général Pliipps devait la reprendre. Charles de Saint-Etienne de La Tour était mort depuis quatre ans. On voit que, s’il eût attendu le règlement final des affaires de France pour assurer sa propre subsistance et celle de sa famille, il aurait passé le reste de ses jours dans la misère (2).

(1) Mémoires des Commissaires, III, pp. 216, 219.

(2) Emmanuel le Borgne, pendant ces débats, demeurait à la Rochelle. Dans les années 1662, 1663 et 1667, il était l’un des juges-consuls de cette ville. Il mourut le 5 août 1675. Archives Nationales, Acadie, C II, D. vol. I.

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