‹ Charles de Saint-Étienne de La TourChapitre 6 sur 70 · SAINCT-ETIENNE · texte numérisé non relu

SAINCT-ETIENNE

P. S. — L’empereur est mort à six heures du matin ce XXème mars.

L’Allemagne est embrasée comme vous pouvez penser. Brême, en Autriche, ce XXième mars (2).”

Au mois de juillet 1592, Edme de Saint-Etienne avait épousé Marguerite du Moustier, fille de feu messire Pierre du Moustier, chevalier, seigneur de Saragosse et d’Aillefol, gentilhomme de la chambre du roi, écuyer tranchant ordinaire du roi. Marguerite du Moustier était veuve de Charles de Piedefer, seigneur de Boudernault, département de l’Yonne. Elle s’était mariée en 1578.

(1) Histoire de la ville de Troyes et de la Champagne méridionale, IV, p. 302.

(2) Bibliothèque Nationale, Ms français, no. 15,929, folio 125.

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Tombeau de Marguerite du Moustier, femme de Messire Edme de Saint-Etienne, seigneur de Turgy, en l’église de Gérandot, département de l’Aube, France.

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ET SON TEMPS

La famille de Piedefer qui fut intimement unie aux Saint- Etienne, très répandue en Champagne, en Touraine, dans le Beauvaisis d'où elle était originaire, remonte à Robert de Piedefer, seigneur de Saint-Just, qui fut reçu président à Mortier, au Parlement de Paris, le 27 février 1435. Robert de Piedefer, son fds, seigneur de Guyencourt, épousa Perrette de Braque, dont la famille fut alliée aux Gibertès et aux Stuart ; il se maria à Madeleine du Mesnil-Simon, issue de l’une des familles les plus considérables du royaume (1).

Le 20 février 1601, Edme de Saint-Etienne, seigneur de Turgy, de la Motte, de Corbeille et d’Aillefol, fournit aveu et dénombrement pour cette dernière seigneurie. Dans un acte, il est dit ‘£ Commandant pour le Roy à Joigny, maréchal-général de la Cavalerie légère, au service de Sa Majesté. . . Il avoue et a avoué tenir à une seule foy et hommage-lige du Roy, nostre Sire, à cause de son Cliastel et Chastellenie de Troyes les héritages et possessions cy-après déclarés, à sçavoir : une maison, ensemble le jardin tenant à icelle, sise en la ville d’Aillefol, tenant d’une part au presbytère, de l’autre à la veuve André Le Mire (2).

Marguerite du Moustier, femme d’Edme de Saint-Etienne, mourut le 17 janvier 1604, et fut inhumée dans l’égbse de Géraudot. Un tombeau de marbre y existe encore de nos jours et il porte l’épitaphe suivante :

TOY QUI VOIS CE TOMBEAU NE DESDAIGNE PAS LA GRACE MAIS PRIE DIEU DÉVOTEMENT POUR i/ÂME DE LAQUELLE LE CORPS CY DESSOUS GIST ET REPOSE ; C’EST LA TRÈS NOBLE MARGUERITE DU MOUSTIER DITE SARAGOSSE, DAME D’AILLEFOL FEMME DE MESSIRE EDME DE SAINCT-ESTIENNE, SEIGNEUR DE TURGY, MARÉCHAL GÉNÉRAL DE LA CAVALERIE LÉGÈRE EN FRANCE LAQUELLE DÉCÉDA LE DIX- SEPTIESME JANVIER MIL SIX CENT QUATRE.

REQUtESCAT IN PACE

Spoliavit me gloria mea et abstuUt coronam de capite

meo. Job. 19.

(1) Pierre de Piedefer, chevalier, seigneur d’Aurolle, marié à Claude de Villiers de Plsle d’Adam, eut une tille, Jacqueline, qui, le 20 mars 1528 épousa Louis de Saint-Phal, seigneur de la Hautemaison, de Saint-Loup et des Mo. Jacqueline de Piedefer était la nièce de Antoinette de Courtenay. Loup de Saint-Phal, leur fils, épousa en 1555, Edmée de Railly, fille de Jean de Raillj, allié aux Saint-Etienne.

(2) Archives de l’Yonne, Série E. 174.

Avant la Révolution, ce tombeau portait les armoiries des familles de Saint-Etienne et de Saragosse, mais les vandales les ont fait disparaître.

Marguerite du Moustier, de son union avec Charles de Piedefer, laissait une fille, Françoise de Piedefer, qui hérita du domaine d’Aillefol. Elle épousa Jules-Jean d’ Abonde (Abondi), fils de Frédéric Abondi, gouverneur de la ville de Ponsat, dans le Montserrat, et de Marguerite Sivilli (1). Jules-Jean d’Abonde, né à Mantoue, fut élevé page du Roi, et naturalisé par lettres de Louis XIII du mois d’août 1620. Son mariage avec Françoise de Piedefer fut célébré le 5 août 1596. A sa mort, il laissait quatre enfants: Marguerite, qui se lit Ursuline à Troyes ; Louis, qualifié lieutenant dans la compagnie de son frère et qui, le 15 mars 1645, hérita d’une partie de la seigneurie de Vulaines, en vertu du testament de sa sœur ; François qui fut seigneur de Vulaines, capitaine d’infanterie dans le régiment de Longueval. Le 16 février 1641, il épousa Marie de Catelan, fille de Georges de Catelan, seigneur de Mauni, de Maupas, et en partie de Baigneux, chevalier des Ordres de Notre-Dame du Mont-Carmel et de Saint-Lazare, de Saint-Jean de Jérusalem, Maréchal des Logis d’une compagnie de deux cents hommes d’armes d’Ordonnance, sous le titre de la Reine, et de Françoise le Pelletier. Il laissa une belle descendance. Eléonore d’Abonde épousa Pierre Piétrequin (2).

Au mois de décembre 1606, Edme de Saint-Etienne convola en secondes noces avec demoiselle Jacqueline de Chaumont, fille de messire Antoine de Chaumont, seigneur de Saint-Chéron, l’un des cent gentilshommes de la maison du roi en 1575, chevalier de son ordre, et surintendant de la maison et des affaires de la reine d’Ecosse, gouverneur de Joinville pour la maison du duc

(1) La famille d’Abonde, originaire de Mantoue, eut pour auteur Jean d’Abonde, noble citoyen de cette ville, qui avait épousé en 1511 noble Paule Aldegati, fille de Louis Aldegati. La famille d’Abonde portait : “D’azur à trois étoiles d’or, posées deux et une ; parti d’un échiqueté d’or et d’azur, et’ un chef d’argent, chargé d’un aigle de sable, les ailes étendues.” La Chesnaye Desbois, I, p. 16.

(2) Il était chevalier de l’Ordre de Saint-Marc de Venise et fut maintenu dans sa noblesse par sentence du 3 juin 1634. Il fut seigneur de Vulaines.

ET SON TEMPS

de Guise (1). Antoine de Chaumont mourut en 1585. Il avait épousé Jacqueline de Piedefer, fdle de messire Antoine de Piedefer, seigneur de Champlost, en Champagne, et d’Hilaire Raguier, dont la famille posséda le fief de la Tour situé près de Romilly-sur- Seine. Ce fief, ainsi que celui de Mercy, relevait de Champlost, et passa successivement des mains des Lespinasse en celles des Saint-Etienne et des Raguier. Il fut vendu en 1610 par Guy du Monceau et Gaucher Raguier à Charlotte de Lantages, veuve de Ferry de Nicey (2). On se souvient que Marie de Fontaines, veuve d’Artus de Saint-Etienne, épousa en secondes noces, Jean de Lantages qui était de la même famille. Les Raguier, les Piedefer, les de Lantages, les du Monceau, étaient les alliés des Saint-Etienne ainsi que les Chaumont (3).

Pour avoir une idée plus exacte de la position sociale de ces familles nous ajoutons quelques notes sur les enfants d’Antoine de Piedefer et d’Hilaire Raguier (4). Outre Jacqueline devenue la femme d’Antoine de Chaumont, il avait eu une autre fille, Marguerite, et trois fils : Michel, Christophe et Jean.

Marguerite s’allia tout d’abord à Didier des Rarres, écuyer, seigneur de Hautefeuille. Le 11 juin 1514, elle épousa Louis du Mesnil-Simon, seigneur de Maupas et de Morogues, Conseiller du roi et Maître de son Hôtel. Il était veuf de Marie du Vernet, dame de Beaulieu, et dame d’honneur de la reine Anne de Bretagne, épouse du roi Louis XII ; elle était fille de Bertrand du Vernet, chevalier, seigneur de Beaulieu et d’Isabeau de Tholon, et arrièrepetite-fille du comte de Dreux, prince du sang royal de France.

(1) Le P. Anselme : Histoire généalogique et chronologique de la Maison royale de France, (1726-1733) VIII, p. 893.

(2) Archives de l’Aube, 17 E. 30 M. Louis Le Clert : Fief de la Tour : Annuaire de l’Aube, 1898.

(3) A cette même famille de Chaumont appartenait Antoine de Chaumont, fils de Louis de Chaumont, seigneur d’Athieule, et de Madeleine de Tenesme, seigneur de Boisgarnier. Le 14 mars 1584, il fit hommage de la terre de Desnoncourt, mouvante du comté de Clermont, en Beauvaisis, à lui échue, à cause de Françoise de Boulart, sa femme. Un descendant, Jean de Chaumont, s’allia à Marie de Bailleuil ; leur fille Marguerite épousa Jean du Fay, seigneur de Maulevrier. Jacques du Fay, leur fils, vit cette seigneurie érigée en comté en juillet 1671. Il épousa Mathilde de Monthelon. Il eut Jean-Jacques du Fay, marié en 1709, à Claude Rochon.

(4) En 1585 elle est dite veuve de noble François de la Roere, vivant seigneur de Chamoy, Sommeval, Vaucemain, Chamblain, du fief du Plessis, Percy, Fontaine-Saint-Georges, Saint-Sépulcre, Mergey, Champigny et Feuges. Rôle du ban et arrière-ban. Mem. Soc. Acad, de l’Aube, 1890, p. 250.

Au contrat de mariage, Louis du Mesnil-Simon et Marguerite de Piedefer convinrent de marier Marguerite des Barres, fille de cette dernière, avec François du Mesnil-Simon, fils du premier, et ce, sous peine d’une amende de mille écus d’or (1).

Michel de Piedefer et Christophe, son frère, furent chevaliers de l’ordre Saint-Jean de Jérusalem, ainsi que Jean de Piedefer, qui devint seigneur de Boudernault.

Quant à Hilaire Raguier, étant devenue veuve d’Antoine de Piedefer, elle se remaria à Jean de la Boissière, écuyer, grand louvetier de France (2).

Le 17 mars 1624, Edme de Saint-Etienne et Jacqueline de Chaumont se firent le don mutuel de leurs biens. Dans cet acte, il est qualifié seigneur de Turgy, Véran, la Barotte et Sacey.

“ A tous ceux qui ces présentes lettres verront Jean de Pignev, écuyer, licencié ès lois, advocat au Parlement, bailly au duché de Pigney, garde de scel aux contrats du dit bailliage pour monseigneur le duc de Luxembourg et Piney, pair de France et prince de Tingry, salut : Sçavoir faisons que par devant François Grisard et Gehan Gonthier clercs notaires jurés à ce faire, establis au dit duché par monseigneur, furent présens en leurs personnes honorable seigneur Edme de Saint-Etienne, chevalier, gentilhomme de la chambre du roi, commandeur de milice, seigneur de Turgy, Véran, La Barotte et Sacey, y demeurant, et honorée Dame Jacqueline de Chaumont, son épouse... se font un don mutuel de tous leurs biens.... (3).”

Edme de Saint-Etienne mourut le 16 décembre 1631. Jacqueline de Chaumont, sa veuve, le 10 mars et le 22 août 1625, fut marraine dans l’église de Sacey. Elle vivait encore en 1634, puisque le 12 avril de cette année, étant marraine, elle est qualifiée Dame de Sacey et dite veuve de feu messire Edme de Saint-Etienne.

(1) Un fils, appelé Christophe, est né du mariage de Louis du Mesnil-Simon et de Marguerite de Piedefer ; il épousa Françoise de Rossignac. Il eut Charles qui fut page des rois Charles IX et Henri III. Il fut présent avec François, son frère, en qualité de parent, à l’acte de curatelle des enfants mineurs de feu Edme Stuart, chevalier de l’ordre du roi, duc de Lennox, comte de Darnley, seigneur d’April et de Torbalton en Ecosse, passé le 1er août 1583, à la requête de Catherine de Balsac, sa veuve. Il épousa, le 26 novembre 1584, Suzanne Lamy.

(2) Elle fit un accord avec Christophe du Mesnil-Simon et entra en possession de tous les droits qui lui étaient échus dans la succession de Louise de Piedefer, veuve du seigneur de Tortespée.

(3) Archives de l’Aube, I, B. 903, fol. 3.

ET SON TEMPS

Leur fils, Edme de Saint-Etienne, fut parrain dans l’église de Sacey, le 30 septembre 1621. Cette église, de nos jours, totalement désaffectée, tombe en ruines. Le château de Sacey est disparu, mais celui de Dosches, longtemps habité par les Saint- Etienne, existe encore.

Jean de Saint-Etienne et Jeanne de Chappuis eurent encore deux filles qui se consacrèrent au Seigneur. Elles devinrent abbesses au Monastère d’Isles, de l’Ordre de Citeaux, au diocèse d'Auxerre. L’une, appelée Paula, devint abbesse en 1595 ; elle conserva cette dignité durant huit ans.

“ Paula II de Saint-Etienne sedere coepit circa annos 1595 et præfuit octo annis (1).”

La seconde, Johanna III de SainLEtienne, fille de Jean et de Dame Jeanne de Chappuis, émit ses vœux de religion entre les mains de Paula de Fontaines, abbesse (2), le 11 septembre 1579. Ayant été créée abbesse en 1604, elle conserva cette dignité durant dix-huit ans. Elle mourut en 1655 (3).

“ Johanna III de Saint-Etienne, tilia Johannis de Saint- Etienne, domini de Turgy, et Johannis de Chappuis, post très tirocinii annos, vota religiosa emisit in manibus Paulæ de Fontaine, abbatissæ, 11 septembris 1579. Abbatissa facta anno circiter 1604, præfuit annis 18, quibus elapsis, anno 1621 aut 1622, cessit in gratiam sequentis. Yixit tamen ad annum 1655.”

C’est de ces dignes religieuses que le Grand Vicaire d’Auxerre disait qu’elles “ étaient issues de noble et illustre sang ” ; il reconnaissait que le sang des familles princières coulait dans leurs veines.

Nous a\ons vu que Claude de Saint-Etienne et Jeanne de Lespinasse avaient eu trois autres fils : Pierre, Claude et Jean. Il nous reste à les faire connaître.

Sur Pierre de Saint-Etienne, nous n’avons qu’un seul document, c’est le reçu qu’il donne au trésorier de France pour ses gages, en qualité d’archer des gardes du roi ; en voici le texte :

(1) Gallia Christiana, XII, p. 482.

(2) Paula de Fontaines devait être la parente des demoiselles de Saint- Etienne.

(3) Gallia Christiana.

“ En la présence de Louis Hoquin, notaire et tabellion du roy, nostre sire, en la ville, comté et bailliage de Blois, Pierre de Sainct-Etienne, archer des gardes du roy, soubs la charge du sieur de Richelieu, Prévost de l’hostel, et grand Prévost de France, estant de présent à Blois, a confessé avoir reçu comptant de noble homme messire Louis Bignon, trésorier et payeur des Officiers de la dite prévosté de l’hostel, la somme de vingt-deux écus deux tiers d’escu soleil à luy ordonné tant pour ses gages, augmentation d’iceux, que droits de vacation durant le quartier de juillet, aouest et septembre mil cinq cens quatre-vingt huit dernier. . .

Faict et passé à Blois en l’étude du dit notaire, le 13ième jour de janvier 1689 avant midy. . . .

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