‹ Charles de Valois (1270-1325)Chapitre 156 sur 432 · Geoffroi de Paris, H. F., XXII, p · texte numérisé non relu

Geoffroi de Paris, H. F., XXII, p

Ce fu cil qui fist cardonnaus, Et si le pape tint en ses las :

Que de petiz clercs fist prélas.

V. aussi Registres de Clément V, surtout en 1309 (n° 4537 et ss.), et en 1312 et 1313. — « Dominus Ingerrannus, qui seit omnia secreta regia... », dit Pierre Barrière, Neues Archiv, 1900, p. 564. — « Avec ce il avoit si grant grace devers le pape, qu'il faisoit ce qu'il vouloit et du pape et du roy », dit le chroniqueur anonyme de Ch. de V., H.F., XXI, p. 149.

telle puissance était pleine de périls : pour la maintenir, il fallait lutter, se faire des créatures, évincer les adversaires. opprimer les subalternes; et la moindre hésitation pouvait amener une chute attendue avec impatience.

Quels étaient les sentiments du jeune roi à l'égard d'Enguerrand? Une anecdote peu sûre prétend nous renseigner à cet égard : Louis avait fait faire à Vincennes un théâtre de poupées, et représenté l'entrée de la chambre du roi. Charles de Valois et les autres princes n'y pouvaient entrer; Enguerrand arrivait avec dix massiers; aussitôt la porte s’ouvrait, et le roi le faisait asseoir près de lui. Enguerrand, témoin de cette plaisanterie, déclara au roi qu'il souhaitait mourir avant Jui, sans quoi il le suivrait de près !. L’attitude de Louis en 1314, lors de la guerre de Flandre, nous donne une preuve plus sérieuse de son hostilité contre le favori de son père ?. Louis d'Évreux, luimême, dit-on, aurait été froissé par l’arrogance du favori ?; l'archevêque de Narbonne, Gui de Chatillon, beau-père de Charles, le vidame de Picquigny et les comtes de Foix et d’Armagnac sont aussi comptés au nombre de ses ennemis #.

Le plus terrible adversaire d'Enguerrand fut Charles de Valois : quels avaient été leurs rapports antérieurs? Ils avaient, dit-on, débuté par un conflit : les familles d’'Harcourt et de Tancarville étaient en lutte pour la possession d’un moulin. Enguerrand imposa la paix, mais l’un des d'Harcourt creva un œil à Guillaume de Tancarville. Charles de Valois se porta caution de Jean d'Harcourt, car plusieurs membres de cette famille étaient à son service. Enguerrand, irrité contre les d'Harcourt, se jeta dans le parti opposé ?. Un duel judiciaire eut lieu, où Jean

. Jean d’Outremeuse, VI, p. 196.

2, Funck-Brentano, Philippe le Bel en Flandre, p. 660. 3. Jean d'Outremeuse, VI, p. 194.

4. Geoffroi de Paris, H. F., XXII, p. 158. « D’autres barons de Normandie ou il avoit des terres », ajoute la Ch. de Saint-Denis, H. F., XX, p. 693. 5. De la Roque, Hist. de la maison d'Harcourt, 1, p. 332-349,

d'Harcourt porta sur son écu les armes de Valois !. Les adversaires luttèrent si vaillamment, que Louis le Hutin, juge du combat, fit cesser la lutte ?, et que Charles de Valois, dans son testament, mit à part de ses armes « l'espée de quoi li sires de Harcourt se combati ? ». La paix fut faite , mais suivie de près de la disgrâce, peut-être causée par Marigny, de Jean d'Harcourt, à l’occasion de son échec de 1295 en Angleterre’. En 1308, nous voyons toutefois Charles recevoir du clerc d'Enguerrand 500 1. t.5; mais Enguerrand resserra son alliance avec les Tancar ville 7. En 1310, Charles de Valois donna à Enguerrand le domaine de Gaillefontaine 8, reçu du roi pour l’assignation de 2,000 1. t. de rente ?, et reçut en échange Champrond pour lequel il se prétendit ensuite trompé. Charles avait ajouté 22.000 I. t. à Gaillefontaine 1°, alors qu'Enguerrand avait acheté Champrond pour le prix de 28.000 I. t. à Gaucher de Chatillon ff. Dans ce cas, il avait bien certainement été volé de 14.000 I. t. au moins, car Gaillefontaine valait, au minimum, 20.000 1. t.!?. Rappelons aussi le don de la rose d’or, les négociations de Tournai en 1311, la paix de 1314, et nous aurons cité toutes les raisons

connues de la haine de Charles contre Enguerrand.

1. De la Roque, o. c., I, p. 344. Il était maître de son hôtel, et mourut à son service en 1302, Geoffroi de Paris, 1. F., XXII, p. 90 ; J. de Saint- Victor, XXI, p. 639.

Page 1