‹ Charles de Villers 1765-1815Chapitre 3 sur 29 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Le "Spectateur du Nord"

But du journal, ses premiers rédacteurs. — Baudus a dès Tabord manqué aux promesses faites dans le numéro programme du Spectateur. — \illers devient le principal rédacteur associé. — Ses articles sur la philosophie de- Kant. — Idées sur la destination des hommes de lettres sortis de France et qui séjournent en Allemagne; Villers, disciple de Joachim Dubellav. — Articles destinés à plaire au public. — Retour à Kant. — Klopstock, Delille et Villers. — Considérations sur l'état actuel de la littérature allemande par un Français. — Articles sur Goethe et sur le Cours de littérature de Laharpe. — Baudus se querelle avec Villers; Fontanes s"en mêle. — \'illers quitte la rédaction du Spectateur du Xord: le journal périclite et cesse bientôt de paraître.

Hambourg a été de tout temps, au point de vue du commerce et des relations avec l'étranger, l'une des villes les plus importantes du nord de l'Allemagne. Assez rapprochée de la frontière française pour que l'on y fût promptement renseigné sur la marche des événemenls politiques, elle ne Tétait cependant pas ail point de subir le contre-coup des victoires républicaines; aussi devint-elle l'un des centres les plus importants de Témigralion.

Lors de la révocation de l'édit de Nantes, les protestants français y avaient déjà trouvé une large hospitalité; les réfugiés de la Révolution ne furent pas moins bien accueillis, aussi vinrent-ils en si grand nombre qu'en 1799, on donnait à cette ville les surnoms de « Paris du Nord » ou de « capitale de la P"rance extérieure ».

Mais il ne suffisait pas de trouver à Hambourg un séjour hospitalier, encore fallail-il y vivre. Chassés de leur patrie, ruinés par la confiscation de leurs biens, les émigrés eussent difficilement trouvé ailleurs que dans les lettres des consolations au long supplice de l'exil -, en même temps que le moyen de gagner

leur vie el celle de leur famille, resiée en France le plus souvent. J'elles sont les circonstances qui présidèi'ent à la naissance du SjH'vtatcm du Nord, comme à celle d'autres journaux rrançais IHibliés en Allemagne à cette époque.

.lean-Louis-Amable de Baudus, avocat du roi au présidial de Cahors, gag'it^ comme tant d'autres aux idées révolutionnaires, avait été nommé, malgré sa jeunesse, procureur général et syndic du département du Lot. Mais, ayant refusé d'accepter les mesures décrétées contre les prêtres en 1791, il dut s'enfuir et s'engagea dans l'armée du ])rince de Condé. Après l'équipée de 1792. il s'était réfugié en Hollande, puis, au moment de l'invasion (le ce i)ays. il l'avait cpiitté pour se fixer à Hambourg.

En 1795 et 179G, il publia un Tableau de l'Enrope doiit res])rit réactionnaire lui acquit, parmi les émigrés, une certaine notoriété. Il fonda aussi la Gazette (CAltona. Puis, eslimant ([u'un journal à la fois politique et littéraire obtiendrait plus de succès, il voulut créer; après tant d'autres, un Speetateur. Il soumil son projet à l'éditeur et libraire Fauche, homme cntreprenanl et avisé ([ui accueillit favorablement l'idée et mit à la (lis])osilion de Baudus les capitaux nécesstiires. Ainsi naquit le Speetateur du Nord i, le journal français qui eut le plus de succès parmi ceux qui se publièrent alors en Allemagne.

Baudus le rédigea seul d'abord, puis, tlans le courant de la première année, il réussit à intéresser à son journal d'autres gens de lettres parmi lesquels MM. de Mesmon, de Pradt, Rivaroi, Chênedollé, Jaubert, Fontanes et même Delille; mais, s'ils envoyèrent des articles de temps à autre, c'est Charles Villers qui reste le vrai collaborateur de Baudus.

Le Speetateur du Nord, journal à la fois « politique, littéraire et moral », paraissait une fois par mois et avait pour but de rechercher tout ce qui peut contribuer au repos des peuples, à la stabilité des gouvernements, au bonheur des individus », et. en général, au ^ bien de l'humanité ». Nous ne prétendrons pas que cette partie du programme ait été exécutée sans défaillance; la haine de Baudus contre la Révolution, les sorties virulentes qu'il lançait contre Bonaparte dans ses Coups d'œil sur les événements » n'étaient guère propres à conduire à l'apaisement.

Baudus proclamait la nécessité d'v< une tolérance universelle soit pour les opinions politiques, soit pour les opinions religieuses, l'extinction des haines nationales la culture

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