‹ Charles DemaillyChapitre 10 sur 13 · LXXXVI · texte numérisé non relu

LXXXVI

Voici une des pages qu’il avait écrites ;

« ... Je me trouvai dans un lavoir inc iiense. Ce qui l’éclairait était semblable à une pierre ce jaspe transparente comme du cristal. De l’eau du cuvier s’élevait cette odeur si suave, que Marie-Madeleine laissa derrière elle en rendant l’esprit. Tout autour, des' anges, pâles et blancs, doucement rayonnants, semblables à un soleil d’hiver, vêtus de robes bleu tendre, ou de robes blanches, ou de robes roses, des anges aux ailes d’or, agenouillés comme des laveuses à la rivière, lavaient des âmes. Et le battoir dans leurs mains divines sonnait avec la douceur de la voix des harpes, et chantait comme un refrain de travail : Amen! Alléluia! D’autres anges demi-courbés déballaient les mannes pleines d’âmes plus ou moins souillées, celles-ci innocentes et presque blanches, celles-là toutes salies et noircies par la vie, comme l’Inconnu noirci par le brandon enflammé de saint Grégoire. Et d’autres à la porte, un lis, une croix, ou une branche de verdure à la main, le sourire d’une infinie charité dans les yeux, recevaient les paquets d’âmes, tenant, pour livre de blanchisseur, un livre d’azur, le livre de vie de saint Jean. Des échelles blanches allaient jusqu’à ia voûte où les plus jeunes anges, couronnés de marguerites, s’élançaient d’un pied volant et se croisaient, montant sécher au ciel la lessive des âmes, pendues comme des paires de bas... »

Ici, il avait abandonné son idée, et avait écrit jusqu’au jbas de la page en grosses lettres : Charles Demailly,

Charles Demailly, Charles Demailly, — comme s’il avait craint que son nom n’échappât à sa mémoire !

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