‹ Charles DemaillyChapitre 5 sur 13 · XL VI · texte numérisé non relu

XL VI

Ce jour et les jours qui suivirent, couronnèrent bonheur de Charles. Son orgueil était entré dans le partage des joies de sa vie et des satisfactions de son cœur. L’amour de Marthe s’enorgueillissait de la confidence de son intelligence, et puisait dans l’étonnement et le respect de son talent révélé, des grâces, des enchantements, des douceurs, des excuses et des applaudissements qui chatouillaient le cœur de Charles comme la gaie musique d’une adoration pieusement mutine. Charles nageait tout à l’aise dans cette auréole et cette fortune rare d’être un grand homme aux yeux de celle qu’il aimait.

C’est alors que, jugeant l’esprit de sa femme, Charles trouvait mille charmes à cet esprit de Marthe, et le voyait jeune comme son visage. Charles aimait ses naïvetés, ses mots d’enfant spirituel ; non que Marthe eût de l’esprit, mais elle avait ces bonnes fortunes d’expression, ces vivacités, ces saillies d’enfant gâté qui viennent de l’assurance naturelle à la femme, de l’entour favorable et encourageant où elle se trouve, de la cour toujours prête à l’applaudir où sa parole règne. Sa causerie était ce babil courant et sautillant, joli bruit auquel se plaisent les hommes qui parlent peu et qui fait dans leurs pensées le bruit d’une main légère qui erre sur le piano. Mais, avant tout, Marthe possédait aux yeux de Charles l’aimable ignorance de la femme qui sort de pension, vertu délicieuse du commencement de la vie qui devient un adorable charme quand la femme avoue cette ignorance avec ces mines, ces sourires, ces demi-hontes, et ce petit air gauche, le partage et la séduction des toutes

jeunes filles. Marthe avait sur les lèvres le pourquoi de l’enfance, non point en une interrogation entêtée et étourdissante, mais en une demande voilée, timide, presque confuse, habile à faire d’un baiser son excuse, son pardon et son remercîment. Charles lui trouvait d’ailleurs cette intuition sociale, cette perception des choses qui est le génie de la Parisienne, la compréhension à demi-mot, sans qu’on eût besoin de lui rien souligner, de tout le courant de la vie ; et pour le reste, pour tout ce dont il n’était pas sûr qu’elle eût la notion ou le sentiment, Marthe avait un si charmant éclair des yeux, une telle intelligence de physionomie, ou bien un si joli petit air indéchiffrable, que cela ôtait à Charles toute idée de vérification et d’épreuve. En un mot, les premières investigations de Charles, ou plutôt les premières indulgences de son amour rencontraient en Marthe tout ce qu’il pouvait exiger d’elle dans le domaine des facultés morales de la femme; au delà de cela, dans l’ordre des idées supérieures à la nature du sexe de Marthe, dont l’homme entretient la femme un peu de la même façon qu’il parle à un oiseau, et sans réclamer bien officiellement le concours de son intelligence, Charles jugeait Marthe capable de remplir parfaitement ce rôle que l’ironie d’un penseur de ses amis assignait à la femme, le rôle de Jean de la Vigne, ce petit bonhomme de bois auquel l’escamoteur adresse la parole, si bien qu’au bout de quelques instants il semble au public, à l’escamoteur lui-même, et presque au uetit bonhomme de bois, que le dialogue existe.

CHAULES DEMAILLY.

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