FONDATION DES ÉCOLES
« elle avait chargé quelqu’un d’écrire, sur la nécessité et utilité des écoles, un mémoire qui serait imprimé et adressé à ceux qui ont l’administration publique, pour les inviter à travailler à une si bonne œuvre ». Il semble que les circom stances firent que Démiafut ce « quelqu’un » ; et le mémoire demandé, c’est lui qui l’écrivit dans les Remontrances .
Il ne faudrait pas croire que Démia a été exclusivement absorbé par le service des écoles. C’est avec le même zèle qu’il s’attacha à remplir ses fonctions de promoteur, en ce qui concernait la surveillance et l’inspection des ecclésiatiques du diocèse de Lyon. Il voulait, selon ses propres expressions, « veiller à la perfection du clergé ». La tâche n’était pas facile, si l’on en croit un témoignage peu suspect, celui de Massillon. Dans son oraison funèbre de l’archevêque de Lyon, Camille de Neuville de Villeroy, prononcée en 1093, l’auteur du Petit Carême rappelle le triste état où se trouvait le diocèse de Lyon, quand le prélat dont il célèbre la mémoire fut appelé à le diriger. « Les prêtres, dit-il, admis sans précaution aux fonctions du sacerdoce s’en acquittaient avec indignité ». Et il laisse entendre dans son langage emphatique, que les mœurs ecclésiastiques étaient singuliè rement relâchées. « Des yeux chrétiens s’accoutument à voir sans horreur un feu profane s’élever du même autel où repose le feu sacré, et le même cœur qui vient de soupirer en secret pour l’idole présenter publiquement à Dieu les supplications des fidèles... » Il fallait donc réformer un clergé frivole et léger, dont Massillon dénonce les « dérè-
* RÉFORME DU CLERG$.
glements »; et si l’orateur sacré loue Camille de Neuville de ce qu’il avait restauré, dans son diocèse, l’ordre et la discipline, une part de ces louanges revient sans doute à Démia qui fut dans cette œuvre son collaborateur vigilant et dévoué. Le biographe Belin rapporte en effet que, prenant sa charge très au sérieux, Démia avait dressé, à grand’peine, dans un registre de quatre volumes in-folio, le tableau complet du personnel du diocèse, avec l’indication précise des qualités et des défauts de chaque ecclésiastique.
Mais, bien qu’il ait mené de front, jusqu’au bout, les doubles obligations de sa fonction, il semble que Démia se soit consacré avec une prédilection marquée à ses devoirs de directeur des écoles; et c’est en cela qu’il nous intéresse. N’est-ce pas à lui que Massillon encore fait allusion, lorsqu’il écrit, en célébrant l’administration de Camille de Neuville : « Ici, on jette les fondements d’un édifice sacré, où les pauvres sont évangélisés, où les petits trouvent le pain qui nourrit l’âme , et qu’ils avaient demandé jusque-là aussi inutilement que celui qui nourrit le corps (1). »
Démia avait de rares qualités d’administrateur, et il le prouva notamment en organisant le Bureau des écoles , c’est-à-dire un conseil de direction et de surveillance, d’ « intendance », comme il disait, qui, sous ses ordres, devait administrer les écoles
(x) C’est aussi à son zèle d’inspecteur, de visiteur des églises, que peuts’appliquer lepassage où Massillon constate que l’habitude s’élait perdue des tournées pastorales, ajoutant, avec quelque mauvais,goût, que l’apparition des pontifes était devenue un phénomène presque aussi rare que celle des comètes, et où il félicil» Camille de Neuville d’avoir rompu avec ces traditions.
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des pauvres, et dont la juridiction s’étendait aussi sur toutes les autres écoles. C’était quelque chose comme les Boards of éducation qui, depuis un siècle, existent dans presque toutes les villes des États-Unis.
Une ordonnance de l'archevêque de Lyon en date du 2 décembre 1672, en même temps qu’elle chargeait Démia de la direction des écoles, l’autorisait à s’associer un certain nombre de collaborateurs pour l’assister et le seconder.
Dans la requête par laquelle il provoqua cette ordonnance, après avoir rappelé les résultats déjà obtenus : — cinq écoles étaient fondées, et « on en espère d’autres », — Démia expliquait nettement le but de l’établissement du Bureau. Il disait à l’archevêque :
« ...Cette œuvre si importante a besoin de personnes qui s’appliquent soigneusement à son soutien, avancement et perfection, et surtout de quelques-unes qui, de votre autorité, soient préposées sur les écoles, en observent les maîtres, leurs mœurs et conduites, reçoivent les charités que l’on pourra faire pour ce dessein, les distribuent selon les besoin^, et fassent généralement les autres choses qui seront pour la plus grande gloire de Dieu et perfection de cette œuvre. »
Une autre ordonnance épiscopale, en date du 1er février 1679, confirma l’institution du Bureau des écoles. L’archevêque rappelait qu’il avait précédemment nommé Démia directeur des écoles, en lui donnant pleins pouvoirs « pour subdéléguer d’autres personnes » ; qu’en vertu de ces pouvoirs Démia avait formé « une espèce de Bureau », pour travailler avec lui à l’organisation des écoles des
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pauvres, que l’expérience avait prouvé que cette entreprise était « beaucoup utile et profitable ». En conséquence, l’archevêque établissait et instituait définitivement « un Bureau pour les écoles de la ville de Lyon ».
Il ne manquait plus à la constitution du Bureau 'que la ratification de l’autorité royale : elle était nécessaire pour qu’il lui fût permis de recevoir légalement des dons et des legs. C’est en 1681 que des lettres patentes du roi vinrent consacrer définitivement l’établissement du Bureau des écoles. Dans ces lettres, le roi célébrait en termes très vifs l’utilité de l’instruction :
« ...La grandeur des États, déclarait-il, la paix des peuples, leur soumission, obéissance, bénédiction et prospérité temporelle dépendent principalement de la bonne éducation et instruction, qui est donnée dans le bas âge ; et elle est d’autant plus nécessaire au petit peuple que c’est à lui de faire fleurir les arts par l’assiduité et fidélité dans le travail, le commerce et les fonctions domestiques où il est employé... >»
Les lettres patentes de 1681 conféraient au Bureau ce que nous appelons aujourd’hui la personnalité civile. Elles l’autorisaient à recevoir toutes sortes de donations, legs, bienfaits, tant en immeubles qu’en meubles ; et elles le déchargeaient de toute obligation fiscale.
Tel que l’organisa Démia, le Bureau des écoles fut un modèle de précision administrative. Ce qui nous y plaît surtout, c’est la part que, dans sa largeur d’esprit, Démia y faisait à l’élément laïque. Le Bureau, en effet, se composait de seize personnes, de seize « recteurs », dont la moitié pouvait être des laïques, gentilshommes, gens de justice, bourgeois,
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négociants, domiciliés à Lyon. Le directeur devait être toujours un ecclésiastique, et Démia eut pour successeur l’abbé Gabriel Nicolas. Par contre le trésorier était un laïque : « Jamais un ecclésiastique n’en pourra faire les fonctions, sous quelque prétexte que ce soit ».
Un autre trait intéressant, c’est que le Bureau se perpétuait par cooptation. Lorsqu’un membre venait à disparaître, par décès ou autrement, on convoquait une assemblée extraordinaire, afin de pourvoir à son remplacement. Une liste de trois candidats était dressée et, à la séance suivante, on procédait à l’élection.
Le Bureau n’était pas une simple chambre consultative appelée à délibérer sur les affaires relatives aux Petites-Écoles. Le directeur n’accaparait pas tous les pouvoirs. Plusieurs d’entre ses collaborateurs avaient des attributions distinctes et nettement définies: — d’abord, xm trésorier, qui règle les recettes et les dépenses, qui paie librement les dépenses ordinaires et propose au Bureau les dépenses extraordinaires; le directeur ne pouvait disposer que de la somme de dix livres au maximum, et encore « pour cause légitime et urgente » ; — ensuite, Y assistant, ou vice-président, qui remplace le directeur en son absence ; — le promoteur, ou procureur des œuvres du Bureau, qui est l’agent d’exécution ; — un recteur secrétaire ; — un recteur garde-meuble , chargé de tout ce qui concerne le mobilier de l’école, et la distribution (les hardes, I res, papier, ecnre, plumes et autres fourniture* scolaires; — les autres membres du Bureau ceux nui n’avaient pas de titre spécial et