‹ Charles Démia et les origines de le̕nseignement primaireChapitre 9 sur 54 · NÉCESSITÉ DE L’INSTRUCTION · texte numérisé non relu

NÉCESSITÉ DE L’INSTRUCTION

Assurément, dans le zèle de Démia pour la propagation de l’instruction, il faut faire une grande part aux préoccupations du prosélytisme religieux. Mais, en tout temps, combien sont rares ceux qui apprécient, ceux qui aiment l’instruction pour ellemême, en dehors de toute arrière-pensée de secte ou de parti? Ne serait-il pas exact de dire que, même de nos jours, l’ardeur déployée pour le développement de l’instruction laïque puise souvent sa force dans le désir exclusif de faire des républicains et des libres penseurs? Démia, comme il était naturel en son siècle, voulait faire des catholiques : mais de ce que l’instruction n’était pour lui qu’un moyen pour atteindre une fin déterminée et un but religieux, fine faudrait pas en conclure que son effort ait été de peu de prix. Il était visiblement en avance sur la plupart de ses contemporains. L’auteur de l'École paroissiale, de ce livre qui fut pendant près de deux siècles le manuel des écoles, se contentait de dire de l’instruction, dont il traçait les règles, qu’elle n’était pas « entièrement inutile ». Combien est différent le langage de Démia qui ne cesse de répéter que l’instruction est « nécessaire » ; qu’elle seule peut garantir « le véritable et solide bonheur des citoyens » ? IL n’eût pas souscrit non plus à cet autre préjugé de l'École paroissiale : « La profession de maître d’école, si elle est sans éclat, est aussi sans plaisir et sans goût » (1).

(1) Un évêque du xixe siècle, Dupanloup, était encore du même avis : « On trouve dans ce ministère (celui de l’enseignement) de grandes peines; quelquefois, si on s’y consume, on peut y rencontrer des consolations; mais du plaisir, jamais. » (De l'èdu.calion, t. II, p. 497-)

FONDATION DES ÉCOLES DES PAUVRES : ORGA- NISATION DU BUREAU DES ÉCOLES.

Démia, dans l’élan de sa foi spontanée et personnelle, n’attendit pas pour entreprendre l’œuvre qu’il avait conçue, que les autorités civiles ou religieuses eussent répondu à son vigoureux appel. Il marcha bravement de l’avant, sans s’inquiéter de l’avenir, agissant par son initiative propre, sans mission officielle encore, sans autre appui que celui de sa forte volonté. Il commença par établir une seule école, « par manière d’essai », celle du quartier Saint-Georges, qui fut ouverte le 9 janvier 1667 : puis une autre, en 1670, celle « de la Maison de Ville, proche Saint-Marcel ». D’année en année, à mesure que les pouvoirs publics et les particuliers lui venaient en aide, d’autres écoles urent fondées « si bien qu’à la fin, il y eut une école par quartier ». En 1679, on en comptait dix, de filles ou de garçons; et seize, en 1689, l’année ou Démia mourut. Après lui, ses successeurs à la direction des écoles maintinrent son effort, et les Petites-Écoles durèrent jusqu’à la Révolution. Mais le progrès fut insensible, et le nombre de vingt écoles ne fut jamais dépassé.

Conduite avec autant de persévérance que de prudence et d’habileté, l’entreprise de Démia avait

INITIATIVE DE DÉMIA.

donc pleinement réussi, et, dans une Épitre adressée au cardinal de Neuville, en 1088, tout en rapportant au <( Tout-Puissant » la gloire du succès, Démia ne dissimulait pas sa joie d’avoir utilement travaillé pendant vingt ans à une œuvre aussi considérable. 11 allait jusqu’à insinuer que le succès des écoles lyonnaises avait bien pu suggérer au roi lui-mème l’idée de recommander que des essais semblables fussent tentés dans toute l’étendue du royaume. Ce n’est pas la seule fois que Lyon ait prétendu avoir donné des leçons à Paris et pris le pas sur la capitale.

« ...C’est sans doute, Monseigneur, ce qui n’a pas peu contribué à inspirer à notre monarque très chrétien la pensée de semblables établissements dans tout son royaume, puisque sa Majesté, étant informée des fruits que produisent dans votre diocèse ceux qui y sont, Elle écrivit, en 1686, à plusieurs prélats, pour leur recommander le soin des écoles, et déclara par son édit du mois de février 1688 qu’elle désirait appliquer une partie des biens du consistoire et des huguenots fugitifs à l’établissement de ces sortes d’écoles. »

Quelque grande que soit la part qui revient à l’initiative propre de Démia dans la création des écoles des pauvres, il faut cependant reconnaître qu’il trouva tout de suite à Lyon avec qui s’entendre, et qu'il put s’associer à des personnes animées des mêmes sentiments que lui et disposées à agir dans le même sens.

La compagnie du Saint-Sacrement avait mis a l’ordre du jour de ses délibérations, dès 1659, la question de la fondation des Petites-Écoles. Par diverses résolutions, dont le texte a été conservée

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