‹ Charles Démia et les origines de le̕nseignement primaireChapitre 11 sur 54 · ATTRIBUTIONS DU BUREAU · texte numérisé non relu

ATTRIBUTIONS DU BUREAU

de fonctions particulières, outre qui’ilk prenaient part aux délibérations du Bureau, avaient charge de visiter les écoles et de les visiter fréquemment.

« Outre les susdits neuf officiers, on proposera de trois en trois années un des recteurs en chacune des dites écoles, pour en prendre un soin particulier, y faire des visites fréquentes et en rendre compte au Bureau, sauf à en préposer deux dans la suite, un ecclésiastique et un laïque, s’il est jugé à propos. »

Nous sommes loin aujourd’hui, alors qu’on se piâint pourtant de l’abus des fonctions publiques et de la multiplicité des fonctionnaires, d’avoir un tel luxe d’agents administratifs. Il est vrai que les officiers du Bureau n’étaient pas payés.

Ce que Démia demandait à tous ses coadjuteurs, laïques ou ecclésiastiques, c’était d’être dévoués aux écoles et de les administrer dans une pensée chrétienne : « L’intention générale de tous ceux qui composent le Bureau sera de chercher la plus grande gloire de Dieu dans la bonne éducation et instruction des pauvres... » — « L’on ne pourra choisir pour recteurs, disait-il encore, que des personnes exemplaires, d’une piété, prudence et charité singulières pour le salut et instruction des pauvres. » Les pratiques de piété, les dévotions étaient imposées aux laïques aussi bien qu’aux ecclésiastiques. Ils devaient, les uns et les autres, avant d’entrer en fonctions, faire une retraite spirituelle, assister chaque année à une messe solennelle dite àFourviè’re par le directeur, aller le jeudi saint dans chaque école laver les pieds à douze pauvres ; enfin prononcer à haute voix et à genoux la formule de bon propos dont voici le texte :

G. Compayré. — Démia . 3

38 LE BUREA.U DES ÉCOLES

« Je N. N. prostterné aux pieds du saint Enfant Jésus, en présence de sa très sainte Mère, et de toute la cour céleste, propose, moyennant le secours du ciel, de m’appliquer autant que je pourrai au soutien, avancement, et perfection des écoles des pauvres, sous la conduite du directeur d'icelles, et suivant que la compagnie du Bureau le jugera nécessaire... »

Une des fonctions principales des membres du Bureau des écoles était d’inspecter les écoles. Jamais établissements d’éducation ne furent plus surveillés, visités, que les écoles de Démia. Le directeur les inspectait lui-même de temps en temps. Celui des seize recteurs qui était préposé à chacune d’elles ne devait pas manquer de s’y rendre chaque semaine une fois. En outre, le Bureau députait parfois un autre recteur pour être adjoint au précèdent et faire avec lui la visite générale de l’école. Cette inspection portait sur l’application des règlements, sur les registres d’absence et d’assiduité, sur toutes les parties du fonctionnement de l’école. Les visiteurs interrogeaient quelques-uns des élèves, pris au hasard, et « sans attendre qu’ils fussent présentés par le maître ». Us les faisaient lire, pour se rendre compte de leur prononciation. Us distribuaient des récompenses, ils infligeaient des punitions. Us s’informaient des méthodes suivies. Ils examinaient les livres en usage. S’ils avaient quelque reproche à faire au maître, quelque manquement à relever, ils se gardaient sans doute de l’admonester et de le critiquer en présence de ses élèves, mais ils en prenaient note pour faire leur rapport au Bureau.

Une pratique excellente que Démia avait mise

INSPECTION DES ÉCOLES. Ss)

en honneur, — et il est fâcheux qu’ellé n’ait pas été retenue, — c’étaient les visites que les membres du Bureau, accompagnés des maîtres d’école, faisaient une fois l’an, en mai ou en septembre, aux familles elles-mêmes, aux parents des écoliers, pour « connaître le profit que les enfants tiraient des instructions qu’on leur donnait. » L’inspection s’étendait donc au delà de l’école et suivait l’élève 1 jusque dans sa maison. Sans doute il y avait là une inquisition qui risquait d’être parfois gênante, puisqu’elle portait sur les mœurs, sur les pratiques religieuses des parents, sur leurs habitudes familiales; et Démia, comprenant bien ce qu’il pouvait y avoir de vexatoire dans de pareilles enquêtes, recommandait qu’on les fît « avec prudence ». L’intention n’en était pas moins excellente. On voulait s’assurer que l’action de la famille ne contrariait pas l’action de l’école, qu’elle y concourait. On voulait aussi agir sur la conduite morale et religieuse des familles, les associer à l’influence bienfaisante des écoles, et par fintermédiaire des enfants instruire leurs parents qui n’avaient pas bénéficié de l’éducation nouvelle.

Quelque important que fût le rôle attribué au Bureau des écoles, le directeur n’en était pas moins le chef de l’administration, notamment en ce qui concernait la nomination des maîtres.

Dans le choix de ses maîtres, auquel il apportait une extrême circonspection, Démia avait naturellement une préférence pour les ecclésiastiques, mais il n’excluait pas les laïques. Quand i! e itcréé, pour former les instituteurs, le séminaire de Saint- Charles, il y admettait les laïques, nous l’avons dit,

LE BUREAU DES ÉCOLES

à condition qu’ils fussent « vertueux », à condition aussi qu’ils fussent célibataires ou veufs sans enfants. Quand les normaliens de Saint-Charles faisaient défaut, mais seulement alors, il- s’adressait à des étrangers, ecclésiastiques ou laïques, non sans leur imposer l’obligation de passer quelque temps au séminaire pour y être « éprouvés et instruits ».

Voici quelles qualités il réclamait de ses maîtres; bien entendu les vertus de piété passaient avant toutes les autres :

« Les maîtres doivent être pieux, gens d’oraison, fréquenter souvent les sacrements, être modestes dans leur extérieur, •sobres dans leur nourriture, prudents dans leur conduite, laborieux et ennemis de l’oisiveté, du jeu et de tous autres divertissements mondains, fuyant surtout la fréquentation «et familiarité des femmes et fdles et de toutes les personnes •qui ne passent pas pour vertueuses... »

Jusque-là, c’est un dévot qui parle et qui prescrit aux instituteurs des règles sévères de rigueur ascétique. Mais voici où se montre un pédagogue avisé, un éducateur humain :

« Les maîtres doivent avoir une charité égale pour tous leurs écoliers, souffrir avec douceur, et sans impatience, leurs imperfections, éviter toute aversion et inclination particulière, ne leur disant jamais aucune injure et ne leur parlant avec colère, chagrin, ni mépris... »

Le Bureau des écoles n’intervenait pas dans la première nomination des maîtres, pas plus que ne peuvent le faire aujourd’hui les conseils départementaux de l’enseignement primaire. Le choix appartenait au directeur seul. C’est lui qui, après s’être rendu compte « de la vie, des mœurs,

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