‹ Charles Démia et les origines de le̕nseignement primaireChapitre 12 sur 54 · NOMINATION DES MAITRES · texte numérisé non relu

NOMINATION DES MAITRES

conduite et capacité » du postulant, lui délivrait sa lettre d' institution , le jour de la Saint-Louis, et la lui délivrait gratuitement.

Un point intéressant et curieux dans la législation scolaire de Démia, c’est que l’instituteur n’était pas nommé à vie. Gela se voit encore aux États-Unis, où les maîtres et maîtresses ne reçoivent parfois qu’une investiture provisoire. Démia ne conférait la licence d’enseigner que « pour une ou trois années ». Ce n’était donc qu’une autorisation temporaire, qui ne pouvait être renouvelée que pour une seconde période de trois ans; et cette seconde investiture n’était prononcée « qu’après avoir été résolue en plein Bureau ». Le Bureau, qui n’intervenait pas dans la première nomination, était donc, appelé à donner son avis sur le maintien des maîtres dont on prolongeait l’emploi, et cette faveur ne leur était accordée par le directeur, sur la proposition du Bureau, que s’ « ils s’étaient bien comportés ».

Il n 'était donc pas si facile que cela de devenir instituteur, surtout de le rester, dans les écoles de Démia. On s’explique mal, d’ailleurs, le sens de ces mesures, qui mettaient les maîtres à la retraite* pour ainsi dire, après trois ans ou tout au plus six ans d’enseignement. On les comprend d’autant moins que les bons maîtres étaient rares à cette époque. Craignait-on que la routine ne ralentît le zèle des instituteurs après quelques années d’exercice? En tout cas, c’était oublier que l’expérience fondée sur l’habitude est la meilleure garantie du succès dans l’enseignemenL et que la vocation d’instituteur, pour être sérieuse, doit être définitive.

LE BUREAU DES ÉCOLES

Pour bien se rendre compte de l’action du Bureau des écoles, il faudrait étudier de près les procèsverbaux des assemblées qu’il tint régulièrement à partir de 1673, d’abord tous les trois mois, ensuite tous les mois (1).

La première réunion eut lieu le premier dimanche de mars 1673. On y décida qu’on rédigerait des règlements, qu’on visiterait les écoles, et « M. le Directeur », c’est-à-dire Démia, se chargea de faire la première visite. Le Bureau tenait ses séances mensuelles chez Démia, dans sa maison d’Ainay. Au début de chaque réunion, et en attendant que l’assemblée fût au complet, « l’un des premiers venus lisait à voix haute quelque livre qu’avait choisi M. le Directeur ». Ces braves gens n’aimaient pas perdre leur temps !... En général, les membres présents étaient nombreux : Démia avait réussi à communiquer à ses collaborateurs une partie de son zèle. Il signait presque toujours les procès-verbaux des séances qu’il présidait avec uneponctualité parfaite. Son absence n’est signalée qu’en 1685, lors de son voyage à Paris, pour l’Assemblée du clergé, et une autre fois, alors qu’il était allé à Bourg inspecter les écoles. Le procèsverbal de la séance qui suivit son retour relate qu’il en était revenu à peu près satisfait, ayant constaté chez les maîtres tout au moins «beaucoup de bonne volonté ». C’est à peu près dans les mêmes termes que Félix Pécaut, en 1880, rendait compte de sa première inspection dans les écoles qu’il

(i) Ces procès-verbaux ont été conservés dans les archives du Pdiône. Ils sont consignés dans un énorme registre qui va de 1673 à 17^0.

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