‹ Charles Démia et les origines de le̕nseignement primaireChapitre 15 sur 54 · NÉCESSITÉ DES ÉCOLES NORMALES · texte numérisé non relu

NÉCESSITÉ DES ÉCOLES NORMALES

où devaient être formés des instituteurs pour les écoles rurales. Ici encore Démia a devancé La Salle, en établissant le petit séminaire de Saint-Charles, « pour y entretenir et élever des maîtres d’école et des pauvres ecclésiastiques destinés ausdits emplois » ; et en instituant, quelques années plus tard, pour les institutrices, un établissement analogue, la communauté de Saint-Charles.

L’état des choses ne justifiait que trop les efforts tentés par Démia pour améliorer le recrutement des maîtres et maîtresses d’école. On ne saurait imaginer, si des témoignages authentiques n’étaient là pour vous l’apprendre, à quelles mains indignes était alors confiée l’instruction de l’enfance. Comme savoir, et souvent comme mœurs, les instituteurs de ce temps-là étaient au-dessous de tout : pauvres hères, qui, sans préparation, sans la moindre éducation professionnelle, se chargeaient, pour gagner leur vie, d’enseigner les éléments de l’instruction qu’ils ne possédaient pas toujours eux-mêmes.

« La plupart des maîtres, écrit Démia, ignorent non seulement la méthode de bien lire et écrire, mais encore les principes de la religion : parmi ceux-ci, il y en a d’héretiques, d’impies, et qui ont fait des professions infâmes, sous la conduite desquels la jeunesse est dans un danger évident de se perdre... »

Dans les procès-verbaux des réunions du Bureau des écoles, on relève maint détail qui confirme cette appréciation générale : « Il y a des maîtres, y dit-on, qui n’écrivent pas des mieux » ; et le Bureau les invite à prendre des leçons des autres maîtres de la ville. Ailleurs, un instituteur est signalé comme s’étant présenté ivre à l’assemblée

mensuelle. La moralité laissait souvent à désirer', « On murmure d’impuretés ».

Le premier venu qui s’offrait était accepté. Ainsi, en septembre 1676, on confiait une école à un malheureux, précédemment avocat à Chalon-sur- Saône, « qui était dans le besoin ». Un membre du Bureau lui donne un chapeau ; un autre, un manteau ; d’autres, un peu d’argent, pour qu’il achève de s’habiller. Celui-là du moins avait quelque instruction et n’était que pauvre.

Dans les procès-verbaux des visites scolaires de 1685, on constate que presque tous les maîtres d’écoles étaient réduits pour vivre à exercer en même temps une autre profession, « ce qui fait qu’ils ne peuvent vaquer à l’éducation, ni à l’instruction des enfants ».

A Saint-Étienne, la situation était encore pire, comme le prouvent les rapports des visiteurs d’écoles, rédigés de 1684 à 1687 (1). Le plus souvent, faute de candidats locaux, c’est à des étrangers de toute provenance qu’on est réduit à avoir recours. On cite un Parisien, un Languedocien, un Lillois. Il y avait des maîtres de seize ans. Au rebours, c’étaient parfois des hommes âgés qui, ayant échoué dans d’autres carrières, s’improvisaient maîtres d’école. L’ignorance de ces instituteurs recrutés au hasard était inouïe. D’une institutrice, les inspecteurs rapportent qu’ « elle ne sait pas bien lire »,mais qu’elle a pourtant des « dispositions à cela » ; ils ajoutent que son mari, instituteur dans la même école, a

(i) Ces rapports d’inspection ont été analysés récemment dans une brochure intéressante, l’ Enseignement primaire à Sainl-Étie^ni avant la Révolution , par M. Galley, ancien député de la Loire-

Page 1