LE RECRUTEMENT DES INSTITUTEURS
été chargé « de la perfectionner à la lecture ». D’un instituteur aussi on dit qu’il ne sait pas lire,, et qu’on lui a ordonné de se faire instruire par un de ses collègues. « Une telle lit bien »; et c’est un éloge qu’on fait, non d’une élève, mais d’une maîtresse : éloge rare.
Les mœurs de ces instituteurs d’aventure, appelés à enseigner sans avoir fait preuve d’aptitude, sans avoir subi un examen préalable, ne valent pas mieux que leur instruction. L’ivrognerie est leur péché mignon. Les inspecteurs, dans leur pudeur naïve, n’osent le dire qu’en latin. Un tel est ebrius aliquando ; un autre fréquentât cauponas. Les familles ne s’en plaignent pas d’ailleurs : les instituteurs vont au cabaret en compagnie des pères de leurs élèves. A l’école même, leur tenue est déplorable. On y entend des paroles malséantes, quand ils ont trop bu : et cela leur arrive fréquemment. Ils ne se gênent pas pour faire la classe en manches de chemise et en bonnet de nuit. Ils sont durs et violents avec les enfants; ils les châtient brutalement, sans même leur expliquer quelle est la faute qu’ils ont commise ; ils les frappent sanspitié avec un bâton. Ils sont dévots d’ailleurs, mais ce n’est qu’en apparence. Les chansons obscènes et bachiques alternent sur leurs lèvres avec les cantiques sacrés, et aux pratiques pieuses ils associent la grossièreté de la vie et des manières. « Pas trace d’école chrétienne », disent encore les inspecteurs, qui semblent parfois déconcertés et scandalisés par ce qu’ils découvrent d’insuffisance morale chez les maîtres, et de désordre, d’indiscipline chep les élèves, particulièrement chez les
filles, auxquelles ils reprochent, entre autres choses, d’être trop « découvertes ».
Les écoliers, en effet, ne sont pas meilleurs que les maîtres. Il s’en faut que les visiteurs des écoles de Lyon en rendent toujours un bon témoignage. On trouvera dans les procès-verbaux de ces inspections, qui vont de 1678 à 1600, l’énumération des reproches que Ton fait à certains élèves : ils sont « jureurs », libertins, paresseux; ils se moquent de leurs maîtres ; ils vagabondent par les rues ; il y en a de menteurs, de rebelles à leurs parents, d’indévots, d’immodestes à l’Église, etc.
Les filles donnent lieu à des plaintes analogues: elles manquent l’école, elles sont « garçonnières», méchantes, menteuses ; « elles ne sont pas bien couvertes aux bras », etc. Quelques-unes vont « à l’Opéra ». A d'autres, on reproche leur langage grossier: une petite fille en colère répond : « Les cinq cents diables vous étouffent ! » D’autres défauts encore sont signalés : des gourmands vont acheter des friandises avec les aumônes qu’on leur a faites. Enfin, faute grave en ce temps-là, il y en a qui... se baignent !
A des instituteurs aussi dépourvus de qualités intellectuelles et morales que l’étaient les maîtres de cette époque, Démia s’efforça de substituer, dans la mesure du possible, des instituteurs instruits et pénétrés de leurs devoirs. Il s’y employa de deux façons ; d’abord, pour ce qui concernait les écoles libres, en ne concédant pas légèrement la licence d’enseigner, en soumettant les postulants à une sorte d’examen préalable ; ensuite et surtout en organisant, à partir de 1671, pour les Petites-