‹ Charles Démia et les origines de le̕nseignement primaireChapitre 17 sur 54 · MAUVAIS MAÎTRES ET MAUVAIS ÉCOLIERS. M · texte numérisé non relu

MAUVAIS MAÎTRES ET MAUVAIS ÉCOLIERS. M

Écoles des pauvres, une communauté de maîtres. Démia, à raison de son propre prénom, avait pris pour patron l’évêque de Milan, Charles Borromée, et c’est sous l’invocation de ce grand nom ecclésiastique qu’il plaça son séminaire d’instituteurs. « C’était, disait-il, l’un des saints qui ont témoigné le plus de zèle et d’estime pour les écoles. » Les lettres patentes de 1681 confirmèrent l’établissement de ce petit séminaire, qui était déjà constitué depuis plusieurs années, mais dans des conditions si modestes qu’on l’appelait « l’Auberge cléricale ». La communauté fut établie d’abord dans l'école Sait-Nizier, « laquelle, étant vide hors du temps des classes, se trouvait assez commode pour ce dessein ». On loua plus tard une maison près des Cordeliers. Dans le même immeuble voisinaient avec le séminaire des ateliers et des manufactures. Faute d’argent, la maison ne put être achetée par le Bureau qu’en 1697, et alors on y installa1, outre le séminaire, une nouvelle Petite-École des pauvres et une « école de travail ». Le premier directeur du séminaire, nommé par Démia,, fut l’abbé Gabriel Nicolas, qui devait plus tard lui succéder comme directeur général des écoles.

Comment étaient réglées les études dans cet embryon d’école normale ? Il est probable qu’on y étudiait surtout les règlements dressés par Démia, et que, sous sa direction, on s’y exerçait à l’enseignement des éléments de l’instruction. Mais les exercices religieux, les retraites spirituelles prenaient la plus grande part du temps.

Le séminaire de Saint-Charles n’était pourtant pas un séminaire, au sens ecclésiastique du mot.

Démia l’avait fondé « pour le soutien des écoles ». Dans sa pensée, ce devait être un lieu de retraite et d'étude, où se prépareraient à leurs fonctions les futurs maîtres des Petites-Écoles. C’était l’école des maîtres; et la preuve, c’est que Démia y admettait des laïques, à la seule condition qu’ils vécussent dans le célibat. La communauté de Saint-Charles, disait expressément Démia dans ses règlements, * fait profession particulière de ne s’appliquer à la prédication, mais seulement à l’instruction du pauvre peuple ». C’était une corporation enseignante, et enseignante pour les pauvres.

De même qu’aujourd’hui nous souhaiterions que nul ne fût instituteur qu’après avoir été normalien, de même Démia désirait que tous les maîtres de ses écoles eussent appris leur métier en passant une ou deux années auséminairede Saint-Charles. Tout au moins, et dans le cas où le nombre des séminaristes réguliers était insuffisant pour satisfaire aux besoins du recrutement, il exigeait que les instituteurs une fois désignés vinssent fréquenter quelques mois le séminaire, pour y être initiés aux bonnes méthodes, « pour y être éprouvés et instruits de leurs devoirs avant d’en remplir les fonctions ».

Le séminaire de Saint-Charles, à l’origine, et tant qu’on n’y viola pas les règles primitives de sa fondation, ne fut donc qu’un séminaire d’instituteurs, en étroite dépendance avec les Petites- Écoles, n’ayant été établi que pour elles et dans leur intérêt exclusif. Il était dirigé, non par ua supérieur, mais par un « préfet » à la nomination du directeur général, et ce préfet faisait partie de

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