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COMMUNAUTÉ DE FEMMES

des écoles qu’ils dirigeaient. Dans ces réflexions d’un Lyonnais inconnu du commencement du xvme siècle perce déjà un mouvement d’esprit, je ne dirai pas laïque, — on n’en était pas encore là, — mais je dirai volontiers pédagogique, puisqu’il semblait entrevoir l’incompatibilité des études théologiques avec la préparation professionnelle de l’instituteur, et le divorce nécessaire entre le , service de l’Église et le service de l’enseignement.

Le séminaire de Saint-Charles semble donc avoir périclité d’assez bonne heure, après que son fondateur eut disparu. Plus heureuse fut la création de la communauté de femmes, d’où devait sortir la puissante congrégation des sœurs de Saint- Charles.

C’est en 1687 que Démia eut l’idée d’organiser pour les femmes l’équivalent de ce qu’était pour les hommes le séminaire de Saint-Charles. Dans les procès-verbaux du Bureau des écoles nous lisons que, le 10 octobre 1687, « le directeur fît savoir qu’il avait essayé de convaincre la compagnie des dames de la nécessité d’établir une communauté pour les maîtresses d’école... ». Laproposition fut accueillie avec faveur et obtint tout de suite l’aide financière du Bureau. On décida immédiatement d’employer à ce nouvel établissement, pour louer une maison, une somme de 250 livres, qui provenait d’un don fait par un bourgeois de Lyon pour les écoles de filles. En 1689, le 7 mars, le Bureau votait une subvention de 50 livres pour contribuer aux frais d’entretien delà communauté. Les maîtresses qui en faisaient partie vivaient de la vie commune, mais elles se rendaient deux fois

par jour dans les écoles où elles enseignaient. Démia ne prévoyait sans doute pas quel avenir était réservé à cette fondation. C’est d’elle qu’est sortie la très florissante congrégation des sœurs de Saint- Charles ; de sorte que la plus durable de ses œuvres a été précisément cette communauté de femmes, qu’il ne s’était risqué à établir que timidement, et pour essayer, disait-il, « si des maîtresses pouvaient vivre ensemble ».

La communauté de femmes dépendait d’ailleurs du Bureau des écoles. Ce sont des hommes qui dirigeaient cette corporation féminine. Démia était sans doute du même avis que son patron, l’évêque Charles Borromée, qui avait écrit :

« Puisque le commandement a été donné à l’homme comme au chef des autres créatures, il est juste et raisonnable que des hommes aient l’intendance sur toutes les écnles chrétiennes, même sur celles qui sont confiées à des femmes. »

Les maîtresses de la communauté de Saint- Charles ne faisaient point de vœu. On aurait pu dire d’elles à peu près ce que Vincent de Paul disait des Filles de la Charité :

« Les Filles de la Charité auront pour cloître les rues de la ville ou les salles des hôpitaux, pour clôture l’obéissance, pour grille la crainte de Dieu, pour voile la sainte modestie... »

Moitié laïques, moitié ecclésiastiques, les sœurs de Saint-Charles, à l’origine tout au moins, ne contractaient, pour ainsi dire, qu’un engagement scolaire : elles promettaient de s’appliquer autant

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