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LES ÉCOLES PAYANTES, « ECOLES DES RICHES » ET L’ASSEMBLÉE DES MAITRES

Il y a, nous l’avons déjà dit, deux parties à distinguer dans le rôle scolaire de Démia. D’une part, il a créé des écoles gratuites pour les enfants indigents, et c’est là son œuvre principale. Mais, d’autre part, en sa qualité de directeur général de toutes les écoles du diocèse de Lyon, il a étendu son autorité et son action sur ce que nous appellerions aujourd’hui les « écoles libres », et qu’il appelait les « écoles des riches ». Ces écoles, il les a réglementées ; il y a introduit, autant qu’il a pu, les méthodes qu’il imposait aux écoles des pauvres ; il en a soumis les maîtres à la condition d’une autorisation préalable ; il les a subordonnées, d’ailleurs, au pouvoir ecclésiastique, ayant le ferme propos de n’accorder la « maîtrise d’enseigner » qu’à des ecclésiastiques ou tout au moins à de bons catholiques. Aujourd’hui nous laïcisons les écoles ; Démia voulait les cléricaliser. Et, si aujourd’hui les congréganistes dépossédés réclament et protestent, le xvne siècle entendait des plaintes inverses ; les laïques se plaignaient que Démia, à leur détriment, eût confié des écoles à nombre d’ecclésiastiques.

Il travaillait à la mainmise de l’Église, sur ce qu’il pouvait y avoir alors d’enseignement libre et

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en un sens laïque. 11 usait, d’ailleurs, de son pouvoir contre les congréganistes. Des religieux venus de leurs monastères voulaient-ils enseigner sans permission ? Il les faisait admonester et leur défen- ( dait de tenir école.

Dès 1669, Démia appelait l’attention de l’archevêque sur l’insuffisance et l’incapacité de la plupart des maîtres et maîtresses qui tenaient école à Lyon. Pour les connaître et apprécier leur valeur, il les avait plusieurs fois réunis en « assemblées générales », et il s’était convaincu de leur ignorance. L’enseignement était alors, à Lyon, comme ailleurs, une sorte de commerce libre, peu lucratif 'du reste, une petite industrie qu’exerçaient des gens de toute espèce, sans qu’ils eussent à fournir aucune garantie de capacité ou de moralité. Démia s’employa de son mieux à remédier à cet état de choses. D’abord, par l’entremise de l’archevêque dont il avait animé le zèle, il obtint un arrêt du Conseil d’État, en date du 7 mai 1674, « portant défense de tenir école sans permission et approbation expresse et donnée par écrit par l’archevêque » .

Toujours hostile à la coéducation, l’archevêque ajoutait qu’il était interdit « à tous maîtres d’école de recevoir dans leurs écoles aucune fille, et à toutes maîtresses d’école aucun garçon, à moins d’en avoir licence expresse par écrit... »

Mais, par une ordonnance du 1er février 1675, Camille de Neuville se dessaisit de son autorité en cette matière et la transmit à Démia.

« Tous ceux et celles qui s’ingèrent à tenir des Petites-Écoles se présenteront en personne, dans six mois, par devant Messire Charles Démia, pour être par lui examinés dans

DÉMIA DIRECTEUR GÉNÉRAL.

leur capacité et religion, et recevoir de lui des lettres d’approbation par écrit. Et, passé les six mois, nous faisons défense à toutes personnes qui n’auront pas été approuvées de tenir école à peine de châtiment. »

Démia était donc investi d’un pouvoir souverain. C’est lui qui dorénavant avait charge d’apprécier le mérite des maîtres et maîtresses, et de leur donner ou de leur refuser l’autorisation d’enseigner. Il exerça immédiatement son autorité nouvelle. Dès le 28 avril 1675, il réunissait dans sa maison d’Ainay environ deux cents instituteurs et institutrices libres, « la plupart pauvres et misérables ». Il leur dit qu’ils n’avaient été jusque-là que « des brebis errantes », et il leur signifiait son ferme propos d’éliminer du troupeau les brebis galeuses : « Je veux arracher du champ l’ivraie mêlée au bon grain... » Tous les assistants promirent d’observer les règlements qui leur seraient imposés, et ils signèrent leur déclaration.

Quels étaient ces règlements relatifs aux écoles libres ? Démia les rédigea sous une forme définitive, en vingt-quatre articles, le 28 juillet 1676. Il s’y inquiétait surtout des mœurs et de la religion de tous ceux auxquels, après les avoir jugés « capables », il accordait la licence d’enseigner. Pour l’obtenir, maîtres et maîtresses devaient produire leur extrait de baptême, et un certificat « de vie et mœurs », délivré par le curé et par les magistrats de leur dernier lieu de résidence. Interdiction de tenir école était prononcée contre les adhérents « de la religion prétendue réformée ». Les enfants protestants étaient pourtant admis à l’école, mais par permission spéciale, et « à la

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charge de n’y apporter aucun mauvais livre, ni suspect d’hérésie ».

Quant à la tenue de l’école elle-même, les instructions de Démia visaient aussi avant tout les exercices religieux : la prière dite à l’entrée et à la sortie, le catéchisme enseigné au moins deux fois par semaine, etc. Presque rien n’est prévu, ni prescrit, pour l’enseignement proprement dit. Sur ce point, il renvoie les instituteurs aux, règlements qu’il avait précédemment dressés pour les écoles des pauvres, et à Y École paroissiale , le manuel scolaire de ce temps-là (1) . Il insiste sur l’obligation de ne se servir que de « bons livres », et, parmi les lectures qu’il interdit aux écoliers, il est intéressant de noter, comme trait des mœurs du temps, la mention qu’il fait des Contrats de procédure en matière criminelle. Aux maîtres eux-mêmes, les lectures qu’il recommande sont exclusivement religieuses : Y Imitation , Y Introduction à la vie dévote , et aussi Y Instruction de la jeunesse de l’abbé Gobinet, livre fort répandu à cette époque (2).

Démia ne négligea rien pour que ses instructions

(1) L 'École paroissiale avait paru en i655. Elle était l’œuvre d’un prêtre du diocèse de Paris. Elle fut souvent réimprimée, et jusqu’au milieu du xvnie siècle. Nous avons sous les yeux l’édition de i685. Le titre exact est Instruction r méthodique pour l'école paroissiale , dressée en faveur des Petites-Ecoles, dédiée à Monsieur le Chantre de l’Eglise de Paris, par M. I. D. B., prêtre, à Paris, chez Pierre Trichard. L’ouvrage est divisé en quatre parties • les plus intéressantes sont la troisième, où il est traité de la méthode pour apprendre à lire et à écrire et des principes de la langue latine, et la quatrième, qui contient des instructions familières sur l’orthographe française, sur l’arithmétique, sur les pratiques de la civilité qu’on peut enseigner dans les écoles.

(2) L’ouvrage de Charles Gobinet, prêtre, principal du collège du Plessis-Sorbonne, était intitulé : Instruction de la jeunesse en

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