INSTRUCTION OBLIGATOIRE
officiellement investis de leurs fonctions, contre les concurrences irrégulières. C’est ainsi qu’à sa requête le procureur du roi ordonnait, le 30 janvier 1685, que seuls les maîtres d’école qui avaient reçu l'approbation ecclésiastique pourraient enseigner la lecture et le catéchisme. Il y avait alors, par suite d’une division du travail qui nous paraît aujourd’hui étrange, des « maîtres-écrivains », des professeurs d’écriture, auxquels on interdisait d’enseigner autre chose que certaines spécialités. Plus tard, le 22 avril 1687, l’archevêque de Lyon faisait encore défense aux maîtres d’écriture d’enseigner autre chose que l’écriture et l’arithmétique (1).
De même que pendant seize ans, de 1673 à 1689, Démia a présidé, le premier dimanche de chaque mois, les séances du Bureau des écoles, de même, pendant quatorze ans, de 1675 à 1689, avec une égale exactitude, il a dirigé, chaque dernier dimanche du mois, l’assemblée des maîtres et maîtresses de la ville de Lyon (2). La première réunion eut lieu le dernier dimanche du mois d’avril 1675, « à l’hôtel de M. le Directeur », c’està-dire chez Démia, dans sa maison d’Ainav. Près de soixante maîtres ou maîtresses signèrent au procès-verbal, et il semble que dans la suite leur assiduité ait été toujours assez grande.
(1) C’est l’époque où, prenant leur revanche (1680), les maîtresécrivains de Paris prétendaient empêcher les maîtres des Peliles- Écoles de donner des leçons d’écriture, du moins de « baillera leurs écoliers aucuns exemples que de monosyllabes ». Il fallut un arrêt du Parlement pour assurer la liberté de l’enseignement de l’écriture.
(2) Le registre de ces délibérations est conservé aux archives du Rhône.
ASSEMBLÉES DES MAÎTRES
Les procès-verbaux de ces assemblées, s’ils font honneur à Démia qui tenait la main à ce qu’elles fussent régulièrement suivies, ne sont pas, en revanche, de nature à nous donner une bien haute idée de l’activité d’esprit des instituteurs lyonnais de ce temps-là. Les conférences se succédaient de mois en mois avec une monotonie désespérante. Les comptes-rendus des séances sont parfois d’un vide absolu. Démia lui-même n’intervient le plus souvent que pour recommander les pratiques pieuses. Il est sans cesse question de communions à faire, de messes à entendre. Le directeur exhorte les maîtres à suivre les offices. A chaque fois, on lisait quelques pages de V École paroissiale, du Guide du pécheur, ou de 1 Instruction de la jeunesse, de Gobinet: mais il semble que ces lectures, qui se continuent machinalement, n’inspirent aux auditeurs aucun commentaire, aucune discussion.
Dans cette pauvreté d’idées n’apparaît guère que le souci des intérêts personnels. Les maîtres réclament certains privilèges; par exemple d’être dispensés du guet, de la garde de la ville, de ne pas être astreints à recevoir dans leur maison d’école des troupes de passage. Ces malheureux maîtres d’école avaient de la peine à vivre, avec leurs quelques élèves qui les payaient peu, et qui ne les payaient pas toujours. Ils ne cessent de se plaindre de la concurrence qui leur est faite. Vu le petit nombre des écoliers, il y avait une réelle surabondance d’écoles et de maîtres. « La multitude des maîtres d’école empêchait les uns aux autres qu’ils ne pouvaient gagner leur vie. » Tantôt les instituteurs de Lyon dénoncent, parmi leurs