‹ Charles Démia et les origines de le̕nseignement primaireChapitre 23 sur 54 · CONFÉRENCES PÉDAGOGIQUES · texte numérisé non relu

CONFÉRENCES PÉDAGOGIQUES

collègues, les « prétendus maîtres-écrivains », qui enseignent « à lire tant aux filles qu'aux garçons». Tantôt, ils s’en prennent à un maître qui fait profession d’enseigner spécialement l’arithmétique, ou à « ceux de la religion prétendue réformée » qui ouvrent clandestinement des écoles buissonnières ; et ils obtiennent que l’ordre soit donné de surveiller de près ces écoles, afin de les interdire, s’il y a lieu. Tantôt, ils protestent contre les propres écoles de Démia, les écoles des pauvres, qui leur prennent des élèves assez riches pour étudier chez eux en payant. Démia, pour les satisfaire, donne des instructions rigoureuses pour que l’école ne reçoive que des enfants réellement indigents.

Mais ce qui les inquiète surtout, c’est que, malgré les efforts répétés de Démia, nombreux encore sont les maîtres qui maintiennent leurs écoles, ou bien en ouvrent de nouvelles, sans avoir obtenu la lettre de maîtrise. L’autorité du directeur, quelque soin qu’il prît à l’établir, avait quelque peine à se faire respecter; et ce n’est pas de nos jours seulement que les lois et les règlements sur les écoles libres ont soulevé des résistances et rencontré des difficultés d’application.

Et cependant, de temps en temps, on sévissait contre les réfractaires. En 1681, un maître était menacé d’emprisonnement pour avoir enseigné sans permission : Démia, « à la prière de personnes de qualité », se contenta de l’interdire. Les infractions à la règle posée restaient toujours fréquentes. Certains maîtres s’imaginaient qu’il leur suffisait d’assister régulièrement aux assemblées de chaque

ASSEMBLÉES DES MAÎTRES

fin de mois pour' être dispensés de solliciter une autorisation en forme.

Les moyens humains ne réussissant pas, la foi naïve du temps s’adressait au secours divin. A la séance de juillet 1686, il est dit :

« On exhorte les maîtres et maîtresses de faire quelques prières pour obtenir de Dieu la grâce de bien régler les maîtres en chaque quartier, afin que par ce moyen on puisse étouffer la jalousie et zizanie, qui est si grande entre les maîtres qu’on ne peut la faire cesser qu’en retranchant une grande partie qui enseigne sans permission, et que même des nouveaux s’établissent tous les jours, au préjudice des anciens qui suivent le mieux qu’ils peuvent les règles à eux prescrites par Monseigneur. »

Il y a cependant quelques détails intéressants à retenir dans les annales de ces réunions de maîtres, qui étaient comme un premier essai de conférences pédagogiques. Il arrivait que Démia y prît la parole, pour adresser à ses auditeurs des conseils utiles. Dès la première assemblée, après avoir donné lecture des règlements, dont il poursuivait lentement l’élaboration, il exposait son plan de gouvernement scolaire. Il voulait, disait-il, « donner de la joie aux bons, et aux méchants (s’il y en avait, ce qu’on ne croyait pas) des résolutions de devenir meilleurs ». Le 26 mai 1675, « il faisait un petit entretien sur l’excellence de la profession de maître d’école, sur le peu d’estime qu’on en avait fait dans le passé, et sur quelques résolutions qu’il fallait prendre pour l'avenir ». D’autres fois, c’étaient de vrais sermons que le pieux abbé prononçait : sur la foi, l’espérance etlacharité, sur les moyens de bien finir l’année et de bien la com-

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