‹ Charles Démia et les origines de le̕nseignement primaireChapitre 36 sur 54 · NOMBRE DES ÉLÈVES · texte numérisé non relu

NOMBRE DES ÉLÈVES

statistique de l’intendant d’Herbigny recensait à Lyon 76 écoles primaires (en dehors des écoles des pauvres), alors que la population scolaire ne , dépassait pas le nombre de 1000 garçons et de 600 filles. Cela ne représentait pour chaque école qu’un recrutement infime : les plus favorisées ne comptaient que 50 élèves ; quelques-unes n’en avaient pas plus de 2; la moyenne était de 20 écoliers par école.

Dans les Petites-Écoles de Démia, l’affluence était plus grande, comme il était naturel dans des écoles absolument gratuites. Mais pour déterminer les parents, pour attirer les enfants et pour les retenir, Démia ne se contentait pas de leur offrir le bénéfice de la gratuité. Aux plus nécessiteux d’entre eux, tout au moins, il fournissait les livres, le papier, l’encre. Il leur faisait distribuer du pain pour le petit déjeuner du matin, et aussi pour le goûter. Comme il se rencontrait de petits vagabonds, qui, pour déserter les classes, prétextaient que, s'ils allaient à l’école, il ne leur serait plus possible de gagner leur vie, on était obligé de les nourrir en partie, de leur faire l’aumône. Démia sollicitait les familles riches de la bourgeoisie, pour qu’elles donnassent à dîner une ou deux fois « la semaine ou chaque mois» à quelques pauvres écoliers. Il quêtait, pour les vêtir, «les vieux habits, hardes, linges, etc. ». L’assemblée des « Dames de piété »? se réunissait à certains jours pour confectionner des vêtements neufs ou raccommoder les vieux. On n’abandonnait pas les élèves à leur sortie de l’école : on s’efforçait de leur procurer les moyens d’apprendre un métier. On s’occupait de leur placement

PÉDAGOGIE DE DÉMIA.

comme ouvriers ou comme domestiques. Aux meilleurs d’entre eux on avançait quelque argent, »<pour leur faire une petite balle de colporteur ou mercerie ». Même pendant le cours de leurs études, Démia leur procurait, quand il le pouvait, un travail lucratif, soit à l’école, en les occupant à coudre des boutons, à faire des tricots, soit au dehors, en les faisant engager pour les travaux de la moisson ou des vendanges.

Ce n’étaient pas seulement les maîtres d’école ou les membres du Bureau qui avaient mission de faire de la propagande pour recruter des élèves • il y avait dans chaque quartier des « enrôleurs », des enfants qui étaient chargés d’endoctriner leurs compagnons d’âge et de leur apprendre le chemin de l’école.

La sollicitude de Démia suivait les enfants dans la vie. Même quand on leur avait trouvé un emploi, il était recommandé à leur ancien maître d’aller les voir de temps en temps dans les familles où ils avaient été placés, pour les encourager à bien faire.

Les charités faites aux écoliers s’étendaient aussi à leurs parents. Démia leur cherchait en effet du travail ; il leur promettait de les secourir, si leurs enfants se conduisaient bien ; et, dans le cas contraire, si ceux-ci étaient vicieux ou fainéants, il les menaçait « de parler à Messieurs de la Charité pour ne leur bailler plus le pain de l’aumône». Un dernier trait, où se montre la finesse d’esprit de Démia : il voulait que l’admission à l’école fût considérée presque comme une faveur ; il la faisail attendre ; il répondait au’il n’v avait plus de place,

Page 1