SÉPARATION DES SEXES
ou bien qu’il craignait que l’enfant ne fût pas assez sage; il se faisait prier, afin que la difficulté excitât le désir, « les pauvres ne faisant point estime de ce qui ne leur coûte point de peine !... »
La règle inflexible des écoles de Démia, de celles qu’il avait fondées comme des autres, était la séparation des sexes. La coéducation était interdite. Mais il ne semble pas que Démia ait été toujours obéi sur ce point. La coéducation existait en fait, malgré des prohibitions formelles sans cesse renouvelées. Quelque préjugé que l’Église ait toujours nourri contre le mélange des sexes, — et ce préjugé persiste encore dans notre siècle de laïcité, — la coéducation était fréquente. Ainsi, sur les 76 écoles lyonnaises relevées dans la statistique de 1685, à côté de 26 écoles de garçons, de 33 écoles de filles, on comptait 17 écoles mixtes. A Saint-Étienne, comme à Lyon, il y avait aussi un certain nombre d’écoles communes aux filles et aux garçons. On y prenait, il est vrai, certaines précautions : on faisait entrer les garçons par une autre porte que les filles, et on ne les laissait pas sortir à la même heure. La preuve que les maîtres d’école ne consentaient pas aisément à se conformer aux ordres de Démia, c’est que le Bureau était constamment obligé d’intervenir, et « de veiller plus fort », pour empêcher la coéducation. En mai 1683, on alla jusqu’à mettre en prison, à l’archevêché, un maître coupable d’avoir admis quelques petites filles dans son école.
Mais on avait beau faire, les maîtres et les maîtresses résistaient à toutes les défenses. A chaque inspection, les visiteurs constataientdes infractions à la règle. En 1685, on voit un instituteur de Lyon
PÉDAGOGIE DE DÉMIA.
qui réunit dans son école 40 garçons et 17 filles. Un autre reçoit des enfants des deux sexes, mais à des heures différentes: les filles à midi, et les garçons à 2 heures. Il arrive que certains maîtres rusent avec les inspecteurs et leur dissimulent la réalité ; ils ne leur montrent que les garçons assemblés dans la classe, tandis que les filles se cachent dans une arrière-salle.
Pénétrons un moment dans une école de Démia. pour nous rendre compte en détail de son organisation. Cela n’a guère plus aujourd’hui qu’un intérêt de curiosité historique; mais on y verra avec quel soin et quelle prévoyance le pédagogue lyonnais avait réglementé, dans un ordre rigoureux et précis, les divers exercices de l’école.
Jetons d’abord un coup d’œil sur le mobilier, sur les <c meubles » scolaires, dont Démia avait minutieusement établi la liste. Cet ameublement est d’ailleurs des plus simples : des bancs, pour les élèves; deux chaises pour les maîtres; des tables pour les « écrivains »; ensuite deux tableaux noirs, des carrés de bois en forme de dés, sur lesquels sont marqués les chiffres et les lettres ; des baguettes, des petits drapeaux ; des peignes, ce qui prouve qu’on avait quelque soin de la toilette des enfants; et c’est à peu près tout. N’oublions pas pourtant un seau, avec quelques tasses, pour donner à boire aux enfants, en été.
On ne songeait guère alors à orner les classes. L’école possède pourtant, outre le crucifix, et « un Enfant-Jésus en image ou en bosse », toute une collection d’images de piété, images dans le goût du temps, notamment celles « des différents états