‹ Charles Démia et les origines de le̕nseignement primaireChapitre 38 sur 54 · DESCRIPTION D’UNE ÉCOLE · texte numérisé non relu

DESCRIPTION D’UNE ÉCOLE

de l’âme représentés par des cœurs »... Beaucoup de cloches ou clochettes aussi : une, plus grande, pour sonner l’entrée en classe ou la sortie, une autre, plus petite, pour avertir les élèves en défaut, pour « tinter le silence », comme la sonnette d’un président d’assemblée. Ce qui est plus inquiétant que la cloche, une férule « et un fouet de parchemin » complètent l’appareil scolaire.

A sept heures du matin en été, à sept heures et demie en hiver, la grosse cloche sonne l’entrée. Les écoliers gagnent leur place. Prières, génuflexions, aspersion d’eau bénite, inclination profonde devant la croix, « inclination plus médiocre devant le maître », toutes sortes de pratiques dévotes ouvrent la journée scolaire, et elles se répéteront plusieurs fois dans le courant du jour. Pendant la première demi-heure un sous-maître fait réciter la leçon el le catéchisme aux chefs de bandes ou « décurions », qui, à leur tour, les font répéter aux autres élèves. Le maître ne fait son apparition qu’à sept heures et demie. Le maître, en effet, n’était pas seul à diriger le travail de l’école : l’enseignement mutuel était déjà inventé, et l’instituteur faisait appel à ses meilleurs élèves, qui, sous le nom pompeux d 'officiers (1), collaboraient avec lui à la surveillance et à l’instruction de leurs camarades. C’était tout un état-major de petits fonctionnaires qui avaient chacun leur tâche spéciale (2) : d’abord deux sous-maîtres, un pour l’écri-

(1) Ces officiers étaient nommés de six en six mois par le directeur, c’est-à-dire par Démin lui-même, sur la proposition du maître d’école et du recteur préposé à l’école.

(2) Dans ^organisation réglée par YÉcole paroissiale , il y avait aussi un grand nombre d’oHiciers des écoles, dénommés intendants

PÉDAGOGIE DE DÊMIA.

ture, un autre pour la lecture ; un intendant ou ■observateur, préposé, entre autres choses, à la surveillance des autres officiers : rôle assez ingrat, pour ne pas dire plus; autant de décurions que l’école comptera de bandes de dix élèves : c’étaient de véritables répétiteurs; deux aumôniers, ou récitateurs de prières’, des visiteurs, chargés d’aller chez les parents s’informer de la conduite des enfants hors de l’école ; un balayeur ; un portier, et encore, s’il est besoin, un préfet de modestie, pour servir d’exemple pendant Ja prière, un maître des novices, pour stvler les nouveaux, des chantres, des enrôleurs, pour « attirer à l’école les orphelins, libertins, et plus misérables, qui n’ont personne pour les présenter » ; des vingteniers et dizeniers, qui accompagnent jusque chez •eux leurs camarades rangés par quartier. Est-ce tout? Non. Démia ne se contentait pas de confier à quelques élèves choisis des fonctions effectives : il leur conférait aussi des fonctions honorifiques. Dans chaque école un certain nombre d'élèves prenaient le titre de chevaliers et constituaient un ordre, l'ordre du Saint Évangile , sous la direction d’un général . A cette dignité se rattachaient quelques avantages et quelques privilèges, si l’on peut oppeler ainsi le fait de participer à un plus grand nombre d’exercices religieux : — faire la prière du soir dans la famille, chanter quelques cantiques dans les rues ou à la maison, « surtout quand on ■entendra chanter des chansons déshonnêtes» ; — et encore le pouvoir de décharger leurs camarades de

observateurs , admonitears, répétiteurs , récitateurs des prières , Zecieurs, officiers d’écriture , receveurs pour l'encre et la poudre .

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