‹ Charles Démia et les origines de le̕nseignement primaireChapitre 41 sur 54 · LIRE, ÉCRIRE, COMPTER · texte numérisé non relu

LIRE, ÉCRIRE, COMPTER

ment ». Le maître leur faisait lire « un bon livre »r leur disait une histoire... N’est-ce pas déjà, comme l'embryon de nos conférences du dimanche* avec cette différence, à l’avantage du xvne siècle* qu’on y conviait, non, comme nous le faisons, les anciens élèves seulement, mais les élèves mêmes de l'école?

Durant tout le cours de l’année, avant de très courtes vacances de trois ou quatre semaines, les études suivaient leur train. Rien n’en rompait la monotonie, sauf les grandes fêtes religieuses, et deux fêtes scolaires, placées sous le patronage de saint Nicolas pour les garçons et de sainte Catherine pour les filles. Fêtes bien modestes d’ailleurs: après le potage du déjeuner, ces jours-là, on servait aux enfants des châtaignes... On célébrait aussi les fêtes du carnaval, mais à l’envers, pour ainsi dire, et seulement par un redoublement d’exercices pieux ou studieux. Pour empêcher « que les enfants ne courussent après les masques, et pour opposer à la dissolution du siècle de saintes occupations », c’était le moment qu'on choisissait pour organiser des joutes, « des disputes », sur le catéchisme, la lecture, la civilité, l'orthographe, entre les écoliers des diverses écoles, d’école à école. Ces concours scolaires, dit Démia, « avaient produit de grands fruits dansla jeunesse ».

Lire, écrire, compter, à cela se bornait l’instruction primaire au temps de Démia, et il a fallu plus d’un siècle pour que l’on songeât à aller au delà. Du moins, notre pédagogue s’applique-t-il, avec un soin minutieux et parfois ingénieux, à régler

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l’étude « des trois R » comme disent les Américains (1).

« La première tentative que nous connaissons en France d’une organisation méthodique de l’enseignement de la lecture, a écrit M. Guillaume, se trouve dans les règlements de Démia (2) ». Voyons rapidement quel était le détail de cette organisation un peu compliquée, avec ses subdivisions à n’en plus finir. Notons, en premier lieu, que, selon la coutume du temps, Démia fait d’abord apprendre à lire en latin: il a laissé à La Salle le mérite de substituer, dans les écoles élémentaires et pour les commençants, la lecture du français à celle du latin ; et, en cela, le fondateur de l’institut des Frères suivait l’exemple donné par Port-Royal.

Démia est mieux inspiré quand il demande qu’oni montre les lettres aux enfants sur un grand tableau, bien qu’il autorise aussi l’emploi d’un « petit alphabet ». La Salle n’usera que des ■ tableaux.

Dans son souci d’établir une méthode « facile » et adaptée, dans les successions de ses procédés, à la « capacité » des enfants, Démia divise et subdivise ses élèves. Il devait y avoir dans chaque école jusqu’à sept cours ou classes de lecture, où se rangeaient successivement les élèves: lecture des lettres, puis des syllabes, des mots, des phrases en latin, des phrases en français ; ensuite, la classe « des plus capables dans la lecture », la classe « des lecteurs de manuscrits », et enfin la

(1) « Re ad, Write, arithmetic. »

(2) Voyez dans le Dictionnaire de pédagogie de M. Buisson deuxième partie, l’article Lecture , de M. J. Guillaume

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