ENSEIGNEMENT DE LA LECTURE
classe « de ceux qui écrivent ». Lorsque l’école était populeuse, chaque classe était elle-même subdivisée en bandes : quatre bandes dans la première classe, chacune de ces bandes n’étudiant qu’une seule catégorie de lettres, lettres simples, lettres doubles, etc. De même, trois bandes dans la deuxième classe, suivant que l’enfant épelle chaque lettre ou prononce la syllabe d’emblée, ou épelle les syllabes les plus difficiles, composées du plus grand nombre de lettres (1). On voit à quelle pensée obéissait Démia : il voulait parer aux inconvénients qui résultent d’un enseignement collectif, et aussi sérier, graduer les difficultés de l’apprentissage de la lecture. Il voulait obvier à ce qui est trop souvent le défaut des classes nombreuses à l’inégalité de force des élèves qui les composent et qui sont soumis pourtant au même exercice. Démia considérait avec raison que des groupements homogènes sont la première condition du progrès. Il retenait les enfants longuement dans chaque étape, ne les laissant passer à un autre exercice que quand ils étaienl pleinement exercés dans le précédent.
C’était le maître ou le sous-maître qui dirigeait la leçon de lecture, mais l’enseignement mutuel était pratiqué : chaque bande était conduite par un écolier de la bande supérieure, « un écolier des mieux stylés », qui guidait ses camarades.
Les premiers livres mis aux mains des enfants, à partir de la quatrième classe, pour le latin, et
(1) L 'École paroissiale recommandait aussi la division des élèves par bandes, mais elle s’en tenait à l’emploi des alphabets et des syllabaires.
PÉDAGOGIE DE DÉMIA
de la sixième pour le français, étaient les Psaumes publiés chez Olyer, à Lyon, et une Civilité imprimée en caractères manuscrits.
Assurément, renseignement de la lecture a fait plus d’un progrès depuis Démia, et l’on a trouvé des méthodes meilleures et surtout un peu plus expéditives que la sienne. Mais il faut cependant reconnaître que ce premier essai ne manquait pas d’une certaine valeur pédagogique. Démia a su faire preuve parfois d’un esprit inventif, lorsqu’il recommandait, par exemple, pour les plus petits des apprentis lecteurs, l’emploi de carrés de bois, en forme de dés, sur lesquels étaient gravées les lettres et les syllabes, et avec lesquels les enfants jouaient tout en étudiant (1).
Dans les écoles de Démia, il y avait chaque jour, matin et soir, un exercice de lecture. De même pour récriture, à laquelle les pédagogues de ce temps-là attachaient une extrême importance. Et la preuve, c’est la réputation que s’était acquise la corporation des spécialistes de l’écriture, des maîtres-écrivains de Paris, à laquelle appartenaient Dalez et Senaut, dont Démia recommande de copier les modèles, si l’on veut arriver à la perfection de cet art. Démia ne se dégageaitpas absolument du vieux préjugé qui n’admettait pas que l’enfant apprît à écrire avant de savoir lire : les deux enseignements devaient rester distincts (2).
(1) Notons encore quelques recommandations intéressantes : « Le maître fera dire les lectures bien haut ; il montrera comment il faut ouvrir la bouche. On interrompra quelquefois 1 ordre pour surprendre ceux qui seraient abstraits (distraits). »
(2) Il s’était pourtant rencontré déjà des pédagogues pour recommander de faire apprendre à écrire en même temps qu’à lire. Un écrivain du xvie siècle, Tabourot, seigneur des Accords,