ENSEIGNEMENT DE L’ORTHOGRAPHE
Il accorde pourtant qu’il peut y avoir des exceptions à cette règle: « Gela dépend, dit-il, des dispositions des écoliers », et aussi de leur âge: « tel élève pourra être mis à l’écriture, encore qu’il ncr sache pas bien lire ».
h' École paroissiale distinguait diverses sortes d’écritures: financière, bâtarde, italienne, commune, minute, etc. Démia n’entre pas dans ces distinctions, mais il multiplie les prescriptions en ce qui concerne la position du corps, de la main*, et la façon de tenir la plume.
A l’enseignement de l’écriture se rattache celui de l’orthographe, et ici se placent quelques observations qui ne sont pas sans intérêt. Démia demandait qu’on tînt un juste milieu « entre l’ancienne orthographe et celle de quelques modernes qui défigurent la langue ». Lui-même était, sur certains points, un novateur, et il proposait des réformes qui sont encore aujourd’hui à l’ordre du jour* Il demande, par exemple, qu’on supprime les lettres qui ne se prononcent pas, comme le p dans baptême. De même, il fait disparaître les lettresdoubles et inutiles: il écrit afaire , aporter. Il substitue presque partout à l’y Yi simple: moieny emploier. Bien entendu, en règle générale, il remplace Ys par un accent circonflexe, comme; dans apôtre , jeûne , etc.; «excepté, dit-il, dans certains mots qui sont si nus quand on en a ôté
l'auteur du livre des Bigarrures, prônait, dès i584, non seulement t Renseignement simultané de la lecture et de l’écriture », mais encore « l’enseignement de la lecture par l’écriture », comme étant, contrairement à l’opinion courante, la « recepte » la plus propre à faire disparaître des leçons données au premier âge la contrainte, l’ennui et la fatigue. (Voir les Bigarrures du Seigneur des Accords, Paris, 1072.)
G. Compayré. — Dcmia G
PÉDAGOGIE DE DÉMIA.
quelque lettre qu’on ne les reconnaît plus ». Il insiste sur la ponctuation et les accents; et particulièrement sur les lettres majuscules. Il a, en effet, la superstition des capitales, et il en impose l’emploi au commencement « des mots considérables », c’est-à-dire d’un sens important(l).
A en juger par les quelques lignes très brèves qu’il consacre à l’arithmétique, il n’apparaît pas que Démia ait été, en cette matière, un maître très expert, ni très original. Dans cet enseignement, qu’il limite d’ailleurs à la numération, à l’addition et à la soustraction, il suit à la trace les prescriptions de Y École paroissiale. U recopie les modèles qu’elle avait donnés pour ce qu’on appelait le Jeta la main , un exercice qui consistait à disposer des jetons de diverses manières, leurs positions différentes déterminant leur valeur en deniers, sols et livres. Et ce qui montre bien l’insuffisance de Démia dans l’enseignement de l’arithmétique, c’est qu’ayant commencé une phrase, pour dire quelles règles il faut suivre et « quels auteurs », il ne l’achève pas, comme si son érudition était en défaut : il écrit, « les meilleurs auteurs qui ont traité cette matière, comme... », et les noms de ces auteurs restent en blanc.
Les exercices intellectuels se réduisent donc à peu de chose dans la pédagogie de Démia (2). Mais ce dont on ne saurait trop le louer, c’est
(1) Voyez Règlements, etc., p. 48.
(2) On peut s’étonner, par exemple, qu’il ne dise pas un mot de la grammaire. Dans les règlements qui furent dressés en 1738, pour les écoles de Lyon, la grammaire a repris sa place. Voyez : Règlements pour les maîtres et maîtresses des Petites-écoles de lecture, écriture, arithmétique et grammaire. Lyon, 1738.