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TRAVAUX MANUELS

qu’aux éléments de l’instruction il cherchait à joindre des exercices de « travail manuel », — le mot était déjà trouvé. — Dans les écoles de garçons aussi bien que dans les écoles de filles, « si après que tous les enfants ont dit leurs leçons, il y avait du temps de reste, on pourra l’employer à faire faire des boutons, dentelles, bas, ou autre travail manuel qu’il est bon de leur faire apprendre ». Et les résultats n’étaient pas à dédaigner, puisque le registre des délibérations du Bureau des écoles nous informe que des ouvriers « remerciaient Démia des bons apprentis qu’il leur fournissait ».

Il est vrai que, pour employer ces moments de loisir, Démia suggère d’autres occupations : par exemple, de chanter un cantique spirituel, ou bien de s’exercer à la civilité, d’apprendre à saluer honnêtement, à bien faire un message, à bien écrire une lettre, ou encore à faire un paquet, et, sur le même plan,... « à servir la sainte messe »....

Dans les écoles de filles, plus encore que dans les écoles de garçons, Démia faisait une place aux travaux manuels: dentelles, bas et autres ouvrages semblables. Il voulait que les fillettes apprissent de bonne heure à travailler, « afin d’être propres pour le ménage », et qu’elles fussent aussi « capables de s’occuper dans l’état où Dieu les voudra ». S’engageant plus à fond dans la même voie, il établit, vers 1680, une sorte d’école professionnelle, une école ou « chambre de travail » (1). Dans

(i) Mme de Miramion en avait fondé une à Paris, en 1678. Et avant elle, dès 1648, Olier avait engagé des dames à fonder des écoles de filles dans la paroisse Saint-Gervais. Il y avait institué ui-même une maison d'instruction, un grand ouvroir.

PÉDAGOGIE DE DÉMIA.

cette école dirigée par des dames laïques, « séculières », comme on disait alors, et où des exercices de lecture et d’écriture s’ajoutaient d’ailleurs à l’apprentissage manuel, les petites filles étaient reçues gratuitement, et les ouvrages qu’elles confectionnaient étaient leur propriété (1). En 1683, le Bureau des écoles interdisait à la compagnie des dames de prélever le moindre profit sur la vente de ces objets. Pour trouver des ressources, Démia fit publier et répandre une feuille intitulée Dessein de la charité chrétienne. Afin de retenir les élèves, on faisait signer aux parents un contrat d’apprentissage ; et comme il arrivait parfois que les familles retiraient les enfants avant le terme convenu, Démia obtenait du Consulat, en 1688, une ordonnance qui enjoignait aux parents d’observer exactement les contrats qu’ils avaient signés.

(i) D’autres écoles de travail furent fondées dans la suite, fën 1790, au moment de la dispersion, on en comptait quatre.

ÉDUCATION DES FILLES

Un des principaux mérites de Démia, — et pa^ là, nous l'avons dit, il est très supérieur à La Salle,

- — c’est d’avoir eu souci de l’éducation des filles, autant, sinon plus, que de celle des garçons. S’il les parquait dans des écoles distinctes, il ne les séparait pas dans son affection et dans sa sollicitude. L’instruction féminine, dans les limites où pouvait la concevoir un ecclésiastique au siècle de Louis XIV, était, à ses yeux, une œuvre essentielle; et il s’y employa avec une prédilection marquée. C’est, du reste, de ce côté que ses efforts ont été le plus couronnés de succès. La congrégation des Sœurs de Saint-Charles, issue de la communauté de maîtresses d’école qu’il avait fondée, a subsisté, prospéré et grandi pendant deux siècles (1); elle a couvert d’écoles la région lyonnaise. Elle fut una première fois dispersée en 1790: des officiers

(1) On a conservé dans lesarchives des Sœurs de Saint-Charles, j un règlement manuscrit en date de 1760, où nous relevons un cer- 1 tain nombre de détails intéressants. La communauté est dirigée par un supérieur. Les Sœurs sont au nombre de 27. Les écoles de filles à Lyon atteignent le chiffre de 9, y compris l’école de travail, plus une école à la Croix-Rousse, et une autre à Vaise. Les honoraires des maîtresses sont de 44 livres par an ; ceux des maîtres étaient un peu plus élevés, 5o iivres. Le noviciat durait dix ans. Deux dames, deux rectrices surveillaient chaque école. Les maîtresses prennent leur retraite de bonne heure : « Ne sa trouveront-elles pas épuisées à l’âge de cinquante ans au plus? »

ÉDUCATION DES FILLES

municipaux se présentèrent dans les maisons de la congrégation pour intimer aux Sœurs l’ordre d’en sortir, et instituer à leur place, dans la direction ' des écoles, des maîtresses séculières. Mais la communauté se reconstitua onze ans après, en 1802 (1) ; et, depuis cette époque, elle n’a pas cessé de se développer. Installée d’abord, de 1802 à 1805, dans les bâtiments du Petit- Collège, qui a été à Lyon au xixe siècle l’abri de tant d’institutions diverses, puis dans la rue Tramassac, la maison-mère s’établit définitivement, en 1805, dans le vieux couvent des Bleues-Célestes, montée des Carmélites. De là, elle a essaimé au dehors, par delà même les limites du diocèse de Lyon, par la fondation de plusieurs succursales ; et avec un millier de Sœurs, dans des centaines d’écoles, elle s’est attachée, pendant cent ans, à remplir fidèlement, dévotement, 1© programme que lui avait tracé son fondateur.

Ce n’est pas la préoccupation religieuse qui seule inspira Démia dans son effort pour organiser des écoles de filles. Certes, ne lui demandons rien qui ressemble à ce que nous entendons aujourd’hui par éducation intellectuelle. Dans l’horizon borné d’un catholique de ce temps-là, l’éducation intellectuelle se confondait avec l’enseignement de la foi chrétienne. L’éducation était avant tout une œuvre de piété. Mais, du moins Démia était-il préoccupé de la destinée morale des femmes, et aussi, avec son esprit pratique, des conditions matérielles de leur existence. D’une part, il vou-

(i) Seize sœurs entrèrent au Petit-Collège en 1802.

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