‹ Charles Démia et les origines de le̕nseignement primaireChapitre 46 sur 54 · CONSEILS AUX MAITRESSES D’ÉCOLES · texte numérisé non relu

CONSEILS AUX MAITRESSES D’ÉCOLES

chent pas leur profession en vue d’un intérêt personnel, comme un gagne-pain, encore moins comme une carrière oisive, sans peine et sans souci, —

« ce en quoi, dit-il, elles se tromperaient grandement » ; qu’elles se fassent au contraire une haute, idée de leur mission, et qu’elles aient « une grande estime des moindres fonctions de l’état qu’elles embrassent ». — « Heureuses les vierges chrétiennes, s’écrie-t-il, que Dieu appelle à cette sainte profession ! »

Assurément la distance est grande entre un Démia et un Pécaut. Et cependant chez le dévot abbé du xvne siècle et chez le libre penseur religieux du xixe siècle, nous retrouvons, sous des formes différentes, le même souci des dispositions intérieures de l’âme, et aussi la même foi dans la puissance de l’éducation. « Ces enfants, disait Démia, étant incapables de se conduire par ellesmêmes et étant susceptibles encore de toutes les impressions qu’on voudra leur donner, seront telles, dans la suite, que leurs maîtresses les rendront. » Deux siècles après, Pécaut dira : « Puissiez-vous être des femmes, capables d’en susciter d’autres ! Tout dépend de vous... » Et de même quand Démia recommande à celles qu’il appelle d’un beau nom,

« des conductrices d’âmes », d’élever leur pensée au-dessus des intérêts mesquins, « de faire leurs écoles, non pour plaire aux supérieurs et s’attirer leurs bonnes grâces, mais pour l’amour de Dieu », ne suffit-il pas de modifier un motet d’écrire «amour du devoir » , « amour des enfants » , au lieu d’ « amour de Dieu », pour que la pensée du pédagogue de 1665 rejoigne celle de l’éducateur de 1880 ?

ÉDUCATION DES FILLES

Même dans les prescriptions qu’inspire à Démia sa dévotion catholique, tout n’est pas à répudier. On peut sourire, lorsque, dans sa définition de la modestie, il exige que l’institutrice soit « composée dans sa démarche », qu’elle évite :< toute curiosité dans ses regards ». Mais comment ne pas l’approuver quand il lui demande d’être simple, simple dans ses habits, simple dans son mobilier, et encore quand il ajoute : « Cette modestie extérieure ne serait qu’une pure hypocrisie, si elle ne procédait du recueillement de l’esprit et de la paix intérieure de l’âme » ?

Pécaut suppliait ses anciennes élèves, devenues directrices ou maîtresses d’école normale, de réserver quelque heure, chaque jour, pour la méditation et le recueillement. N’est-ce pas une simple transposition laïque de ce précepte de Démia : « Qu’une heure régulièrement soit consacrée à l’oraison mentale » ?

Pécaut, quelque laïque qu’il fut, désirait que le sentiment du divin accompagnât et, pour ainsi dire, soulignât tous les actes de la vie. N’est-ce pas ce que Démia, dans safoi ingénue, demandait expressément, quand il invitait les filles de sa communauté « à rester toujours en présence de Dieu »? Il fallait, d’après lui, que les actions journalières les plus vulgaires fussent « sanctifiées » et, pour ainsi dire, doublées par une pensée morale ou religieuse. Et avec naïveté, mais non sans une certaine poésie, il suggérait des réflexions telles que celles-ci : « Si vous filez, ou faites quelque ouvrage semblable, dites-vous : Hélas! ma vie n’est qu’un fi : vous le romprez, Seigneur, quand

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