PAROLES DE MYSTICISME
j’y penseraile moins ». — «Si vous cueillez des herbes et des fleurs, dites-vous : toutes choses du monde sont comme ces fleurs, qui se fanent en peu de temps?. . . » — « Si vous regardez les oiseaux voler* dites- vous : qui me donnera des ailes, comme celles de la colombe, pour m’élever au-dessus des choses de la terre?... » Il est vrai qu’à cette inspiration, en quelque sorte philosophique, Démia mêlait, — et comment s’en étonner? — les imaginations de la crédulité catholique : « Si vous regardez le ciel étoilé, dites : Sainte-Vierge, vous êtes belle comme la lune! » — « Si vous allumez le feu, dites : voilà l’image du feu qui brûle les damnés... »
C’est ce même mélange de mysticisme dévot et de clair bon sens humain que nous retrouvons dans les avis que donne Démia pour la tenue de l’école et la direction des études. De ses sages instructions, quelques-unes pourraient passer sans retouche dans un code scolaire définitif; et les autres, il suffit de les démarquer, je veux dire, de les dépouiller du cachet dont l’esprit ecclésiastique les a empreintes, pour y reconnaître des vérités durables, dont la pédagogie de tous les temps peut faire son profit. Nous répétons sans cesse que l’école a un autre but que celui de transmettre quelques connaissances techniques, et qu’elle doit se proposer de développer chez l’enfant les qualités morales du caractère. C’est précisément la pensée qui animait Démia, quand il rappelle à ses institutrices que « leur fonction n’est pas seulement d’apprendre à lire, mais de former aux vertus chrétiennes ». On croirait entendre Fénelon, qui n’écrira le traité de Y Éducation des filles que G. Compayré. — Démia. 7
ÉDUCATION DES FILLES
quelques années plus tard, en 1687, quand le fondateur de la communauté de Saint-Charles écrit :
« Il faut gouverner les enfants plutôt par la douceur que par la crainte : c’est pourquoi on doit rendre les récompenses un peu fréquentes, et les châtiments si rares que, s’il se pouvait, on les leur fît recevoir de bon cœur, les convainquant qu’ils sont justement mérités. »
Et ailleurs :
« Sans doute il ne faut pas faire habitude de rire avec ses écolières, ni leur donner des marques d’une trop grande familiarité, mais on doit éviter encore plus de les tenir en contrainte par une gravité excessive et une austérité indis« crête. »
On n’a pas attendu notre temps pour comprendre que le sérieux d’une leçon quelconque a besoin d’être adouci, tempéré par des diversions agréables, et que, pour retenir l’attention, il est bon, il est nécessaire d’exciter Fintérêt :
« La maîtresse, disait Démia, usera de toute sorte de petites industrie* pour exciter l’attention des enfants. Elle leur promettra, par exemple, de leur dire quelque chose de bien intéressant, si elles sont sages ; elle leur fera espérer quelque belle histoire, et autres choses semblables, capables de piquer leur curiosité: elle dira de temps en temps quelque mot divertissant, de crainte qu’on ne s’ennuie... (1) »
(î) Démia n’échappe à aucune des tendances dévoies que lu imposaient son temps et sa foi : mortifications, abstinences, peliles pratiques pieuses, tout cela est maintenu et même amplifié. Par exemple, il recommande aux maîtresses d’école d’emporter, quand elles voyageront, « une éponge imbibée d’eau bénite >.