‹ Charles Démia et les origines de le̕nseignement primaireChapitre 7 sur 54 · ÉDUCATION PROFESSIONNELLE · texte numérisé non relu

ÉDUCATION PROFESSIONNELLE

et battre le pavé, qu’on les voit attroupés par les carrefours, où ils ne s’entretiennent le plus souvent que de discours dissolus, qu'ils deviennent indociles, libertins, joueurs, blasphémateurs, querelleux ; s’adonnent à l’ivrognerie, à l’impureté, au larcin et brigandage; qu’ils deviennent enfin les plus dépravés et factieux de l’État, duquel étant les membres corrompus ils gâteraient le reste du corps, si le fouet des bourreaux, les galères des princes, les gibets de la justice, n’enlevaient de terre ces serpents venimeux, qui infecteraient le monde par leurs venins et leurs dissolutions. »

Il faut donc des écoles, et qu’elles soient gratuites ; et le bienfait en profitera, d’abord aux individus, ensuite à la cité tout entière. Qu’apprendrat-on dans ces écoles? D’abord les principes de la religion chrétienne ; et « même à lire et à écrire », diront naïvement les consuls de Lyon, dans leur délibération du 30 décembre 1670, par laquelle ils accordèrent une subvention pour l’établissement d’une Petite-École. Mais Démia avait des visées plus larges et plus pratiques aussi. Quoiqu’il mette au-dessus de tout « le salut des âmes », avec son bon sens positif il songe aux avantages que le pauvre peuple peut tirer de l’instruction « pour les nécessités de sa vie ». Lyon était déjà une ville industrielle et commerçante, où les patrons avaient besoin de bons ouvriers. Une des préoccupations de Démia est de leur en fournir : son rêve serait d’établir dans les écoles un commencement d’éducation professionnelle.

Par cela seul que les enfants auront appris à lire, à écrire et à chiffrer, « ces connaissances les mettront déjà en état de travailler en la plupart des arts et des professions : n’y en ayant aucune où ces premières connaissances ne servent d’un grand

L’ŒUVRE DE DÉMIA.

secours, et d’acheminement pour s avancer dans les emplois les plus considérables ». Mais l’école leur enseignera aussi l’amour du travail ; elle leur insinuera « une grande horreur de la fainéantise », et aussi « l’aversion des procès et de la chicane » ; — ce qui permet de supposer que Phumeur processive était fort développée chez les Lyonnais de ce temps-là.

En outre, et surtout, Démia demande que les élèves des Petites-Écoles soient exercés aux travaux manuels; que les filles, surtout, « à certaines heures, travaillent aux boutons, tricotages, dentelles, etc. » Et, grâce à des écoles ainsi dirigées, il espère que « les fabriques et les manufactures se rempliront peu à peu de bons apprentis », qui pourraient ensuite devenir eux-mêmes d’excellents maîtres, « puisque dans ces écoles on leur enseignerait l’obligation qu’ils ont de travailler fidèlement et fortement, et aussi les moyens dont il faudrait qu’ils se servissent pour faire fructifier leur travail ».

Les écueils de l’instruction, le péril des déclassés, que de fois ne nous en a-t-on pas rebattu les oreilles, au cours de ces dernières années, depuis que des efforts sérieux ont été tentés en faveur de l’éducation populaire? L’objection date du xvne siècle, et Démia y répondait déjà. Il répliquait à ses critiques que l’instruction, « en rendant les enfants plus judicieux », les éloignait des vices, qu'il ne s’agissait pas, d’ailleurs, « de les pousser dans la perfection de l’écriture », encore moins « au latin », qu’on voulait seulement en faire des hommes laborieux, pourvus des connaissances

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