‹ Charles et Caroline, ou, Les abus de l'ancien regimeChapitre 12 sur 38 · C H A R LE S · texte numérisé non relu

C H A R LE S

Bazile , si tu m’aimes.,..

Oh de ca, tu sais ben que....

Charles.,

Veilles arec moi sur ma ^Caroline. Tü es facile, droit. Te voilà instruit: si la jeunesse, si l’inexpérience d® ^na pauvre fçmme tournoient contr’elle et contre moi*,,.. Bazile.

Queu que tout ça signifie 1 Quoi î parce que c’te femme est pauvre , a n’sera pas liopnete. J’sommes donc un f/iport parce que ]’n’avons que nos bras. C’te femme qu’a tout quitté pour aller par-tout où t’a voulu la mener , qu’a tout soulîerf sané se plaindre, qu’aime tu»t son enfant, qui ti’voit que toi , qui n’pense qu’à toi , o’te femme va ou^ blier tout ça parce qu’un laquais habillé Je rouge, vieOit de Vy parler. T\’es-tu pas honteux j dis , d’penser ça d’elle ? Queu-^ que tu dirf'is si cde avoit peur qu’tu retournisses du côté d’toi% vèrc, cUodcj 1j vEuiaigc iu çllu ciçtiÇécilel trcurercU-t»

Charles.

Si elle doutoil de mon cœur , si elle en soupçonnoit ua iTioment la pureté et la droiture....

Bh ben , pourquoi nVeux-tu pas qu’elle soit aussi forte qu’toi ? pourquoi ne feroit-elle pas son devoir comme tu faisl’tien. îs’vois-tu pas ben que la pauvreté avec toi, l’i est pus douce qu’la richesse avec un autre? Elle est jeune : raison de p us pour la plaindre et l’aimer. Elle n’a pas d’expértence ? \ eilies pour elle , vois par tes yeux , et ne t’en rapportes pas a un umi à qui tu n’te fierois peut-être pas. Ton travail t’oblige a sortir? Restes ici, et je travaillerons pour toi. Oui , j’aurons tnoins d’mal à travailler pour deux , qu’à voir que tu soupçonnes ta Caroline : c’est une honnete femme , et qui méiitoit ua taari plus confiant.

Charles.

Mon , Bazile , non , je ne la soupçonne pas.

B A Z î L E , à part.

" y s’aimont d’tout leux cœur, et y’s’cruignont l’un et l’autre, Charles.

Mais c'est que ce comte...

}1 en sortira avec un pied de nez.

Charles.

Je suis bien à pUiudre !

Bazile.

ta s’passeraj^ mon garçor ,

* Charles, . ’ ’

Tu l’espères?

J'en sommes surs,

C H -A R L E S, ciel t’entende ^ mon ami \

Bazile,

V’ià queuque zun qui monte.

C'est mon frère ^ sans doute.... Moment cruel ! \ as ,

Vas au devant de ma femme. Engau;e-la à ne pas rentrer encore. Celle conversation pourroit Taüiiger. Ménageons sa, délicatesse. ^

B A Z ILE, appercei'unt V erneiHi^

y a l’air bonne pe. sonne^

CHARLES, VERNE ü I L fils.

Je: H A R L E S.

E l’altendois avec impatience : i’inquiétude est cruelle. Je suis tourmenté par l’amitié que i’èus toujours pour toi , par la résistance que j’aurai peut-être k lui opposer. Quelque soit le motif qui t’amène ici , quelque soit ton opinion sur nui conduite , souviens-toi que j’ai pris mon parti , et que je suis inébranlable.

Mon f ère, je n’ai le droit ni de vous' condainner , ni de vous absoudre. Je nie garderai bien de prononcer entre mon père et vous. Je ne viens pas forcer vos- senlimens , je n’ai pas même l’interilion de le^ combattre ; niais je vous aime , piarce que vous êtes mon frère, je vms plains, parce que vous êtes malheureux:, et des conseils , dictés par l’amour fraternel , ne p)euvent vous, être désagréables.

Malheureux! Oui, je le sais, si le bonlieiir réside dans les jouissances d’un luxe insolent, et dans ses superlîuités. Mais si la vraie félicité tient k la paix de l’aihe , si les charmes d’un amour mutuel, si les vertus et la beauté d’une épouse, si les sensations délicieuses attachées k la paternité, si ces avantages sont quelque chose, comparés k de vains préjugés, quel homme fut jamais plus heureux que je le suis.

Mon ami, l’amour a ses illusions. Il vient un tems où le bandeau tombe ^ et où la vérité dissipe des. prestiges qui nous furent long-tems chers.

Des prestiges! Des illusions! Quoi, un bonheur que je sens, qui me pénètre, dont la douce iniiuence renaît sans cesse et me console de mes maux , tout cela ne seroit que (les chimères? Verneuil, peux-tu le penser? Te llattes-tu de m’en convaincre? Quand je sors pour occuper des bras déjà exercés au travail, quand je pli^i sous le faix, quand je sens la .sueur ruisseler de chaque partie de mon corps, et que je me dis, courage, Charles , encore un ellort, c’est pour ta femme et ton enfant, ils t’attendent au retour : alors mon travail s’ennoblit k mes yeux , mon ame s’exalte , mon courage se ranime, et je vois sans envie passer dans un char doré l’homme indolent, mort aux vraies jouissances et aux tendres émotions de la nature,. Le soir , je reviens gaiement,,

Ma Caroline accourt vers 'moi , ma petite Cécile se hâte suc ses jambci's faibles et peu sûres encore. Toutes deux me pressent dans leur bras,' m’embrassent tour -à -tour. Un repas frugal, mais où président l’appétit et la gaieté, termine la journée. C’est cpuel juesfois un pain' noir, un pain qui n’est accompagné d’aucun autre met ; mais ce pain que je' partage avec des êtres cliéris, qui ne doivent leur existence qu’àCna tendre sollicitude , ce pain me paroît délicieux. Restes avec nous, Verneiiii. 'Tu ne mangeras pas peut-être , mais lu verras le tableau du bonlieur.

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