‹ Charles et Caroline, ou, Les abus de l'ancien regimeChapitre 14 sur 38 · LES PRÉCÉDENS, CAROLINE · texte numérisé non relu

LES PRÉCÉDENS, CAROLINE

Verneuil, bas â Charles»

D ISSIMULONS , mon ami.

G H A ft If E £ j

U: T C A R O L T N JË. " 25

Dissimuler! Je n’ai plus rien à ménager. L’affreuse véritéi îui parviendroit tôt ou tard.

Caroline.

Çu’ai-je entendu?

Charles.

Je voulois t’épargner ce coup : les rnénagemens deviennent inutiles. Notre perte est jurée , rien ne peut nous sauver. Nous n’avohs plus que mon frère qui s’intéresse k nous; mais «a tendresse est impuissante , et ses efforts seroient vains. Caroline.

L’extrême danger me rend toute ma fermeté. Je ne suis plus cette femme timide qui te caclioit ses p eurs. Je sou-* tiendrai ton courage, ou je le partagerai. Je me sens asseîî de fierté pour braver l’orage , et assez, de noblesse pour pardonner à nos oppresseurs. Mais rien n’est désespéré encore. Monsieur, vous êtes le frère dé Charles, et vous lui devez des secours. Si le comte de Verneuil a de la sensibilité, vous saurez l’émouvoir. Si je l’ai offensé, ramené par vos prières , il me pardonnera une faute dont je ne connoissois pas l’étendue. Je suis pauvre , Monsieur; mais ce n’est pas un crime. Je n’ai point de titres; mais je suis honnête. Telle que j’étois , Charles ne m’a pas dédaignée, et, après plusieurs années , il s’applaudit de son choix. Pourquoi son père proscriroit-il sa compagne ? Charles , en m’élevant jusqu’à lui, est encore ce qu’il fut autrefois. J’ai un enfant. Monsieur, et Charles est son père. C’est pour cet enfant malheureux que j’ose élever la voix. L’habitude du malheur me rendroit peut-être ma situation supportable ; mais mon enfant.... ma Cécile

Charles.

Tu l’entends, Verneuil. Voilà ma femme, voilà ta sœur; Si vraiment je te suis cher encore, peux-tu lui refuser ta protection et ton amitié ?

Verneu il.

La compagne que tu as choisie doit être digne de toi , et je ne balance pas a me déclarer son frère et son ami.

Caroline.

Oui , je suis digne de lui, si l’amour tient lieu de tout,’ Si mon dévouement pour des parens qui me persécutent sans me connoître encore , si la foiblesse de l’innocenc© sont des titres qui puissent balancer des opinions, oui , Monsieur , j’ose le croire, j’ai quelques droits à votre estime et à votre amitié. ()ùe dis-je? Vous daignez me les offrir , et pourriez-vous me les refuser? Vous êtes le frère d© Charles , le même sang circule dans vos veines , les mêmes principes doivent vous animer.

Vernehil.

Les sentimens que vous inspii^ez , Madam©/ ne pirinet^

26 CHARLES

tient pas. a r^ime qui les éprouve, d’en calculer la légitiruifé. Je suis vaincu, peut-être, par l’ascendant de la beauté, par les gracea de la jeunesse , par ce langage intéressant auquel on ne peut résister ; mais j’aime à céder au charme qui m’entraîne. Puissai-je le Idire partager à un père qui a déjà prononcé contre vous. Je connois sori inliexibilité ; mais j’espère qu’il ne sera pas sourd à la voix de la raison. Si elle ne suffit pas pour le persuader , j’appellerai la nature à mon aide, j’emprunterai ses expressions, j’en aurai le noble et touchant enthousiasmé. J’ai à plaider ia cause de la vertu. Mon père la connoîl ; il est sensible , et il ne me repoussera pas. ( Charles se ]etfe clans ses bras, )

Le ciel enfin nous envoie un ami Qii’ii vous conserve et vous protège. Je ne sais, mais j’aitne à croire que je vous devrai mon bonheur et rarn repos. Vous ête^ l’unique appui d’une famille entière. Au nom. de rJi u, ne i^abandonne'z; qias. C'est an frère, c’est une nièce, e’est une femme infortunée, qui rdes.ére qu’en vous, qui attend tout de vous, et dont vous ne' tromperez , pas l’espoir.

Verneuil.

Non, Madame Non, ma sœur, votre espoir ne sera

pas déçu. Je la mériterai cette confiance dont vous m’honorez et dont je nie sens digne. Je vais trouver mon père, et faire passer dans son ame ce tendre intérêt , cette douce émotion dont vous m’avez pénétré , et qui vous feront toujours de*5 amis de tous ceux qui pourront vous voir et vous entendre.

Page 1