‹ Charles Gerhardt; sa vieChapitre 109 sur 274 · LUTTE ENTRE LAURENT ET DUMAS · texte numérisé non relu

LUTTE ENTRE LAURENT ET DUMAS

Il lui donne ensuite des conseils sur la manière de faire le cours, sur les méthodes oratoires et les moyens d'exciter Tintérêt...

L'avertissement n'était certes pas de nature à influencer renseignement du maître; on lui laissa achever son trimestre. Mais un tel scandale ne pouvait se perpétuer : la coterie orthodoxe usa de ses moyens ordinaires de pruderie efl'arouchée, de lamentations à double fin, et obtint du ministre de chasser Fimportun apôtre de Terreur!

Voici la lettre originale où Laurent apprend le nouvel épisode de la lutte :

Laurent à Gerhardt.

Paris, 6 octobre 1847.

Mon cher ami,

On me f... à la porte de Paris; telle est la nouvelle agréable que j'apprends en arrivant de mon voyage de Luxembourg.

Le ministre m'ordonne de retourner à Bordeaux.

M. Thenard m'annonce avec satisfaction que la place de Caen est vacante, et que je puis lobtenir si je suis bien sage.

M. Dumas me fait espérer que dans une dizaine d années je pourrai sans doute obtenir quelque chose à Paris. 11 m'a dit aussi que Ton a le projet de créer quelque chose i\ Alger et que je devrais y aller.

Voilà ce que c'est que d'avoir des grands prolecteurs, voilà où nous conduit la manie d'écrire SO*K lorsque tout le monde jure que c'est SO', KO. Je réponds au ministre que je ne retournerai pas à Bordeaux. J'emballe aujoiu'd'hui mes objets du laboratoire que M. Bidard m'avait prêté. Je regrette qu'il ne soit pas ici, car c'est la seule personne qui m'ait témoigné de l'intérêt.

Que vais-je faire? je l'ignore. Je vais cependant parcourir le quartier et essayer de trouver un laboratoire pour y donner des leçons. Quant il la science pure, je lui fais mes adieux; et pourvu que je gagne i[uelques sous, je m'estimerai heureux d'être sorti de l'encourageante irniversité.

Quant à vous profitez de mon exemple écrivez S0% KO. Sur ce je

vous salue cordialement.

AuG. Laurent.

J'ai fait votre commission pour Rousseau.

Quant à votre livre, il n'est pas universitaire, personne n'en veut. Si vous voulez faire un livre qui se vende, prenez des ciseaux el faites un extrait de Thenard.

Laurent se rendit chez Thenard, Orfila, Pouillet, leur exposa en termes très dignes mais très énergiques qu'il ne retournerait jamais en province, et que, plutôt que d'être traité aussi indignement, il donnerait sa démission. Il obtint d'eux de faire des démarches auprès du ministre pour obtenir la prolongation de son congé*. Pouillet même s'engagea à chercher pour lui une mission provisoire, comme l'analyse des sels pour la loi sur le sel...

Pendant cette nouvelle période d'attente, il continuait ses travaux dans un petit laboratoire de Chancel à l'École des mines*; mais aussi il ne tardait pas à s'apercevoir que Dumas, dépité de n'avoir pas réussi à l'éloigner de Paris, recommençait ses attaques.

Nouvelle lutte J'amve de chez Dumas, écrit-il le 10 décembre 1847 à son ami, la

entre I^urent ' '

cl Dumas. guerre est de nouveau déclarée ; voici :

Vous savez qu'il a donné il y a deux ou trois ans la série des corps p^s RO* à TAcadémie. Il s'est tout attribué. Cependant dans les Annales (an. 8, p. 71), il a ajouté deux phrases :

1*» Ainsi que M. Laurent lavait vu, les acides dérivent d'un carbure CH ;

2*» Ces formules viennent à lappui des équivalents de M. Gerhard t.

Dernièrement, il est revenu à cette série, à cette classification, en s'attribuant tout.

J'ai fait une réclamation que je lui ai portée. Je lui ai fait voir que dans mes anciens tableaux (quatorze ans), j'avais mis l'acide formique, acétique, valérique, etc.,sléarique,margarique, dans la même série CH, que j'y étais revenu dans mon mémoire sur les acides adipique, etc., que les trois propositions s'accordent avec la formule qu'il donne, que la classification en vertu du rapport Cil m'appartient donc. Quant à la régularité des formules, elle appartient : 1** aux équivalents de M. Gerhardt; 2° à tous les chimistes qui ont analysé de nouveau les corps gras. Enfin, que tout chimiste qui aurait eu mes tableaux entre les mains, qui avait adopté vos équivalents, aurait immédiatement fait les corrections dans mes tableaux.

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