‹ Charles Gerhardt; sa vieChapitre 120 sur 274 · DEMANDE DE CONGÉ · texte numérisé non relu

DEMANDE DE CONGÉ

de Laurent qui est nommé à la Monnaie. Il y est déjà installé ; son logement est charmant. Mais Laurent aimerait mieux avoir une chaire, de sorte que nous nous arrangerions pour que je le remplace à la Monnaie (5.000 francs et le logement).

J'ai vu ces jours-ci Frémy et Cahours,qui m'ont dit qu'ils m'avaient écrit. Cahoufs, qui est ici mon seul compétiteur sérieux, convient luimême que la place du Collège de France me serait due, puisque c'est la chaire où précisément les choses nouvelles peuvent s'enseigner.

Nous nous sommes convenus de nous entendre pour mieux réussir l'un et l'autre. Malaguti, en qualité d'étranger, sera nécessairement casé le dernier : les nationaux d'abord, c'est naturel.

Frémy est déjà professeur à l'École polytechnique, et devra se contenter de ce qu'il a...

Paris est toujours parfaitement tranquille. Sans les alarmistes, tout irait pour le mieux : il est certain que Paris n'a jamais été aussi bien gardé, qu'il n'y a jamais eu plus d'ordre et de sécurité — et il n'y a pas de troupes ! la garde nationale seule fait le service...

Paris, 8 avril 1848.

... La lettre de Laurent à M. Reynaud a fait son effet; je sors à l'instant même du ministère, où j'ai vu M. Reynaud, qui m'a dit avoir parlé au ministre dans le sens de cette lettre, et que mon congé ne souffrirait aucune difficulté... Le gouvernement vient de décréter une retenue sur les traitements de tous les fonctionnaires; ainsi, ma pauvre femme, c'est encore cela de moins. Mais puisque tout le monde doit contribuer à soutenir le nouveau gouvernement, il est juste que nous aussi nous contribuions pour notre part. J'approuve entièrement cette mesure, bien qu'elle nous enlève 400 francs sur les 4.000; or, si à ces 400 francs j ajoute les 200 francs de retenue annuelle, plus les impositions avec les 4o centimes additionnels, cela fait qu'en somme ma place me rapportera 3.300 francs !...

Je sais bien que partout les affaires de commerce vont très mal, mais la faute n'en est pas au gouvernement, elle est aux alarmistes.

Il n'y a rien de grave dans les affaires de Lyon, comme on l'avait dit d'abord. Au reste, la confiance renaîtra quand V Assemblée constituante sera une fois réunie. Les élections pour la garde nationale sont très satisfaisantes, cela est de bon augure pour les grandes élections...

Ma bonne petite femme, ne sois donc pas si peureuse. Tu verras que tout s'arrangera pour le mieux...

Laurent a un charmant laboratoire où je vais travailler avec lui dès lundi prochain.

CHARLES GERIIARDT 12

Article sur Pa"s, 12 avril 1848.

le cumul. . « 1

Enfin î ma bonne petite femme, le congé est signé. Je sors à l'instant même du ministère, où le chef du buretiu des Facultés me l'a dit lui-même. Je recevrai la moitié de mon traitement; quant c\ mou suppléant, le ministi'e n apas encore fixé son choix. Voilà une bonne chose de faite, c'est un commencement rassurant. Et remarque bien, cette fois, il ne m'a fallu ni de Dumas, ni de Thenard, etc., cela s>st fait tout seul ; et le ministre sait pourquoi je demande ce congé, il est prévenu que je ne veux plus retourner h Montpellier.

Demande donc à Gordon de te procurer le Aa/io?ia/ d'aujourd'hui: il y a un petit article sur le cumul : c'est moi qui l'avais porté à insérer il y a quinze jours.

Je vois qu'il faut de la patience dans tout; j'avais déjà désespéré, ayant attendu depuis si longtemps. Le National, qui, comme tu le sais, est aujourd'hui une feuille officielle, a sans doute voulu prendre d'abord l'avis de ses patrons; et puisqu'il publie aujourd'hui cet' article, c'.est que le vent souffle de ce côté, et que l'abolition du cumul va avoir lieu.

Voici cet article* :

« Avant la Révolution, le cumul était devenu un des scandales les plus saillants. On se faisait un litre d'une place pour en obtenir une nouvelle. On en était arrivé à ne plus mesurer le mérite d'un savant sur la valeiu* de ses travaux, mais sur le nombre de ses places. Qu'est-il résulté d'un abus semblable? que les vrais savants ont été déshérités; que les places, souvent, ont été occupées par des hommes incapables de les remplir, et le patrimoine de la science est devenu le patrimoine de quelques familles. N'a-t-on pas vu, chose incroyable! des chaires données en dot?

<( Ne serait-il pas urgent, puisqu'on s'occupe avec tant d'ardeur de l'organisation du travail, de songer un peu à la science, la mère et le guide de l'industrie? Ne serait-il pas urgent de mettre un terme à ce scandale de cumul, qui, non seulement est une iniquité, mais encore tue la science? Qui ne se rappelle en efl*et que lorsque Cuvier était pauvre, il relevait l'édifice de la zoologie, élargissait les bases de la paléontologie, et que, lorsqu'il fut devenu riche par le cumul, il ne pensa plus, pour plaire à un clergé tout puissant et à une cour dévole et liberticide, qu'à mettre d'accord la science et le Pentateuque?

« Les délégués de la Société pour Tavancemen* des sciences

Page 1