‹ Charles Gerhardt; sa vieChapitre 121 sur 274 · CONGÉ A PARIS · texte numérisé non relu

CONGÉ A PARIS

physiques et naturelles, MM. Deshayes, Ch. Martin, Bravard, Rozet et Hébert, ont raison d'adresser au gouvernement provisoire une pétition dans laquelle ils demandent labolition du cumul. Ils ont raison : une chaire n'est pas plus inébranlable qu'un trône, et les dynasties scientifiques ne sont pas plus respectables que les dynasties royales.

« L'abus est criant ; qu'il soit corrigé, et que les marchands soient chassés du temple de la science; que ce temple soit restitué aux travailleurs et ne soit plus abandonné aux loups- cerviers du professorat.

« La pétition se signe, rue Taranne, 12'. »

Reprenons la lettre du 12 avril :

J'ai enfin reçu les six exemplaires de mon livre... Lundi, je compte lire moi-même un long mémoire à l'Institut et présenter mon livre : déjà lundi passé j'ai présenté une note ^ qui va être insérée dans les Comptes rendus. De plus, je vais me mettre à piocher avec Laurent pour avoir souvent des communications à faire.

Tu me dis, ma chère amie, que tu ne voudrais pas quitter Montpellier avant que je sois définitivement casé. C'est très sage, mais voudrais-tu donc rester séparée de moi sept mois? puis, ces sept mois écoulés, je demanderais une prolongation pour un an, et tu resterais toujours à Montpellier?

Si l'on n'avait pas la ferme intention de me caser ici, on ne m'aurait pas accordé ma demande, cela est certain, car j'ai donné les raisons pour lesquelles je l'ai faite...

Si Laurent n'avait pas persisté, serait-il aujourd'hui casé? Il y a six mois, on lui ofl'rait — à lui qui avait fait la mauvaise tête sous Salvandyî — de lui donner le décanat à Caen, 5.000 francs et logé; il voulait accepter, mais sa femme s'y est opposée en disant : Quoi! cest pour cela que nous sommes restés deux ans à Pari^ sans le sou? C'est donc pour retourner encore une fois en province! Et elle a décidé son mari à refuser. Toi, tu fais tout le contraire, ma bonne femme : tu n'as pas pour deux sous de courage. Tu ne penses qu'au présent, moi je pense aussi à notre avenir, à toi et à mes enfants...

Fais prévenir le recteur et M. Dunal que mon congé est signé.

1. Deux jours après paraissait dans le même journal une lettre du président de la Société pour Tabolition du cumul, M. Deshayes, indiquant que cette société se composait alors de 200 personnes connues, pour la plupart, par des travaux recommaadables et appartenant soit au corps médical, soit à diverses branches des sciences physiques et naturelles.

2. Sur les nitrates du mercure — Comptes rendus des séances de V Académie — iO avril 1848.

Oerhardt chez Paris, 19 avril 1848.

le ministre

Carnet.

Tout va pour le mieux. Dimanche j'ai reçu la notification officielle de mon congé. Mardi*, j'ai eu une audience du ministre, audience dont je suis extrêmement content. Voici ce que je lui ai dit, après lui avoir remis la lettre de Renouvier :

« Je viens appeler votre attention sur la position de certains travailleurs dont je fais partie. Lorsque les jeunes savants se mettent à travailler à Paris dans une direction qui n'est pas celle des hommes du jour, des hommes influents dans la partie, ceux-ci cherchent à s'en débarrasser, et Ton envoie ces travailleurs en province. Là, qu'ils travaillent ou non, leur sort est le même; leur avenir est fermé. S'ils continuent de travailler, ils n'ont personne pour les appuyer; ils n'ont pas de ressources, point d'aides si nécessaires à un chimiste. Peu à peu le découragement les saisit, bientôt ils cessent de travailler, et ainsi les Facultés tombent.

« Je puis vous citer à cet égard un exemple bien frappant. Laurent, le chimiste le plus distingué de l'époque, est resté neuf ans à Bordeaux; il a eu contre lui tous les hommes influents; il s'est vu préférer beaucoup de jeunes gens qui faisaient la cour à ceux-ci et ont obtenu de belles positions à Paris; las des injustices, Laurent n'a plus voulu retourner à Bordeaux : il a lutté pendant deux ans contre In misère à Paris, et il a fallu la Révolution pour le sauver, pour lui faire donner une place. Moi-même, depuis huit ans j'ai à lutter contre le mauvais vouloir des hommes du jour. C'est que je travaille aussi dans une autre direction, mes travaux ne me font pas des partisans en France, et cela se conçoit, puisque j'ai dû attaquer beaucoup de chimistes, et que j'ai trouvé des erreurs dans leurs travaux.

« D'ailleurs, Laurent et moi nous marchons ensemble ; nous sommes les seuls qui ayons imprimé une face nouvelle à la chimie.

« Je ne puis pas vanter moi-même mes travaux, cependant ce qui me semble indiquer qu'ils ont quelque valeur, c'est : i* la guerre acharnée que font à mes idées Berzélius, Liebig et d'autres chimistes éniinents de Tancienne école ; et 2° l'adoption de mes idées par d'autres hommes non moins éminents, entre autres Gmelin, et surtout par les hommes jeunes et amis du progrès.

« En vous demandant le congé que vous venez de m'accorder, mon but est de chercher à me caser à Paris, pour avoir un théâtre qui me permette de propager mes idées, de les faire connaître. Mes pré-

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