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ENTREVUE AVEC LE iMINISTRE CARNOT 181
tentions me paraissent d'autant plus légitimes que dans les quinze ou vingt chaires de chimie on professe identiquement la même chose : le programme de la Sorbonne, de l'École polytechnique, du Jardin des Plantes, etc., etc., est identiquement le même. C'est toujours la même routine depuis trente ou quarante ans.
« Je ne puis pas aujourd'hui demander directement telle ou telle place, car il n'y a pas encore de vacance, mais je viens exprimer le désir que dorénavant les savants puissent faire sérieusement valoir leurs titres et n'aient pas besoin de passer par les mêmes protections, par les mêmes hommes qui, sous la monarchie, ne faisaient arriver que leurs créatures, dont ils n'avaient rien à redouter et qui aujourd'hui encore feraient de même.
« Enfin, je crois qu'en mettant un frein au cumul exagéré des places, le ministère trouverait très prochainement à faire justice à ma demande. »
Le ministre m'a écouté avec la plus grande bienveillance; il ma assuré que sous la République de pareilles injustices n'arriveraient plus; que je pouvais être certain que justice me serait faite, mais qu'il regrettait beaucoup que tous les hommes distingués voulussent déserter la province ; qu'il comprenait d'ailleurs parfaitement la position insupportable [qu'on m'avait faite et qu'il me priait de patienter un peu. Il m'a dit ensuite qu'il avait nommé suppléant la personne que je lui avais désignée, c'est-à-dire mon ami Chancel. Je l'ai quitté en lui faisant hommage de mon grand ouvrage et de mon dernier volume.
Voilà donc tout en bon train.
Je sais que les chimistes d'ici, les protecteurs, me voient tous de très mauvais œil; mais malgré leurs efforts, ils n'ont pas réussi à me faire refuser mon congé. C'est là déjà une grande victoire.
Tu peux annoncer à Bérard mon congé, mais en lui disant en même temps que mon suppléant est nommé et que je ne voulais pas de Figuier, attendu que la direction de ses études n'est pas celle de la science, et que d'ailleurs la Faculté n'en voudrait pas non plus.
Paris, 21 avril 1848. Gerhtrdt reste
en congô
...Je viens à l'instant même d'arrêter notre logement : il est situé à côté des grilles du Luxembourg, 4, rue Vavin*, chez M: Vennat.
Les élections vont parfaitement ici. Il paraît entre autres que Lamartine aura une majorité immense. Tout se passe fort tranqui lement ^