Voir le National du dimanche ^3 avril
« Sur le rapport du ministre de Tinstruction publique et des cultes,
« Le gOMvernement provisoire arrête :
« Une commission sera chargée de présenter un rapport sur les questions relatives au cumul des fonctions salariées.
<« Cette commission sera composée de sous-secrétaires d'État ou secrétaires généraux et de directeurs ou chefs de divisions choisis par chaque ministre dans les différents services.
« Elle sera présidée par le citoyen Flocon, membre du gouvernement provisoire.
« La commission se réunira au ministère des finances. »
JOURNEES DE Ji:i\
aux intérêts ébranlés par los événements de Février, ni donner satisfaction aux ouvriers, qui, conduits et exaltés par lîlanqui, Raspail, Iluber et Barbes, se montraient de plus en plus exigeants. L'insurrection avortée du 15 mai 1848 accentua dans beaucoup d'esprits la volonté de résister à ces derniers, et, la pénurie des fonds aidant, on chercha à revenir sur des mesures que, dans la lièvre de la victoire contre la monarchie, et pour calmer les impatiences et les appétits, l'on n'avait pas craint de prendre, en surchargeant le Trésor au delà de toute raison.
Les terribles journées de Juin furent dues à la suppression des ateliers nationaux brutalement prononcée par l'Assemblée sur un rapport de M. Falloux, en réponse aux bravades des agitateurs socialistes, dont l'influence était toute-puissante sur les ouvriers.
Ces événements firent une profonde impression sur Gerhardt. Son ami Laurent, qui connaissait intimement Flocon, l'un des membres du gouvernement provisoire précédent, l'avait introduit dans le milieu socialiste où la générosité des aspirations ] débordait en paroles enflammées contre les abus de toute nature, contre les accaparements, ccmtre les jouissances et les jouis- * seurs ; où la préoccupation des misères réelles d'un grand nombre oblitérait entièrement le sens des moyens pratiques pour les soulager. On voulait obtenir la satisfaction complète des désirs légitimes, ce qui est une utopie, au lieu de chercher à assurer l'amélioration progressive du sort de chacun, ce qui est .la seule loi vraie de l'humanité. Avec sa généreuse ardeur, cette • logique, si entraînante, du spectacle des soufl'rances des oppri- ' mes, mise en opposition avec la dureté des oppresseurs, avait ' pénétré son âme, et, certes, les luttes qu'il avait subies lui- ' môme n'étaient pas pour contredire l'existence d'autres injus- [( tices, plus cruelles encore, envers d'autres hommes. Cette ■ logique l'avait dominé, il était de cœur avec le parti socialiste, J/ et, partageant toutes les illusions de son programme, il ne pouvait que souhaiter son succès.
Dans ce parti seul, il voyait l'avènement des réformes longtemps promises et jamais réalisées, la transformation des rela-
Insurrection
dejuin 1848.
Gerhardt
socialiste.
lions d'homme à homme, d'où Texploitation ^»hontée des uns par les autres serait supprimée, en un mot la marche véritable du progrès. Voici, d'ailleurs, une lettre de Gerhardt, qui, bien qu'écrite dix-huit mois plus tard, convient à ce moment. Elle expose nettement sa profession de foi et éclaire ce côté du parti où les enthousiastes de bonne foi, séduits par la générosité du but, s'égarèrent jusqu'à la révolte, sans s'apercevoir qu'ils faisaient le jeu de leurs pires adversaires et concouraient aux pires réactions*.
Gerhardt à Al""' Sanders^.
Paris, 24 février 1850.
Votre lettre m'a douloureusement surpris. Je' crois que vous n'avez pas d'idée exacte sur Tesprit et l'état des partis politiques en France ; mais ce qui me stupéfie, c'est que vous puissiez me croire assez vil pour m'associer à un parti de brigands et d'assassins, comme vous nommez les républicains français.
Car, il faut que vous sachiez que républicains et socialistes ne font qu'un.
Je suis persuadé que lami officieux qui vous a si bien informée est ou bien un parfait imbécile, qui ne voit pas plus loin que son nez, ou un vil calomniateur.
Il n'y a que deux partis en France, les hommes du passé et ceux de l'avenir. Les derniers ont été appelés, sous la Restauration, des libéraux; sous Louis-Philippe, des républicains, et, aujourd'hui, on les nonmie des socialistes, parce qu'ils ont la conviction que le progrès ne consiste pas dans de simples réformes politiques, mais dans des réformes sociales.
Les libéraux ont été guillotinés, les républicains fusillés, et, logiquement, les socialistes doivent suivre leur sort.
C'est l'histoire des premiers chrétiens, c'est l'histoire de la Réforme, c'est l'histoire de l'humanité.
C'est la lutte du faible contre le fort, de la justice contre la force brutale.
Laissez le Constitutionnel chez nous et le Times chez vous se cens
1. Gerhardt s'était] fait inscrire à la garde nationale, son uniforme était cornmandé ; ses amis et sa femme réussirent, après de nombreux efforts, à le dissuader de compromettre Favenir en prenant une part militante aux événements.
2. Sa belle-mère ; Toriginal est en anglais, langue que Gerhardt avait fini par posséder complètement.