‹ Charles Gerhardt; sa vieChapitre 125 sur 274 · OPINIONS POLITIQUES · texte numérisé non relu

OPINIONS POLITIQUES

tituer les machines de guerre qui lancent les plus monstrueuses calomnies contre leurs adversaires; cela ne me surprend pas et a toujours été ainsi.

Mais que vous, qui m avez confié votre enfant, vous ajoutiez foi à de telles calomnies, quand je ne vous ai jamais donné l'occasion de douter de moi comme homme d'honneur, c'est ce qui me frappe droU au cœur.

Les socialistes vous ont été dépeints comme la ruine de la société : je vous affirme qu'ils en sont les gardiens. Choisissez maintenant entre mes paroles et celles de nos détracteurs, et croyez-moi pour la vie votre fils dévoué.

Cn. Gerhardt.

Ces convictions ardentes n'entraînèrent cependant pas le savant h se mêler activement aux luttes politiques : il ne possédait ni le calme du tempérament, ni le sang-froid des calculs, ni les habiletés de langage accompagnées des compromissions ou des promiscuités qui sont le cortège obligé des politiciens de profession, ou plutôt leurs moyens habituels d'action. Il le savait bien.

Pas plus que Laurent, il n'abandonna la gloire certaine des succès scientifiques pour les satisfactions éphémères de la politique. Mais ses convictions lui furent nuisibles, parce qu'il fut aisé à ses ennemis d'en altérer le sens véritable, de s'en servir pour le calomnier au profit des concurrents sans scrupules, de le mettre au ban des gens d'ordre, faciles h apeurer par des fantômes, de l'écarter enfin de leurs voies par un moyen infaillible que jamais leurs propres mérites n'eussent procuré.

Les changements continuels que les événements imposèrent dans le personnel dirigeant, membres du gouvernement ou ministres, lui furent également fatals :

Je ne suis pas plus avancé qu'il y a trois mois, écrit-il le 4 août 4848 à Chancel ; il ne s'est d'ailleurs pas fait le plus léger changement dans les différentes places de chimistes, et, bien entendu, il n'est plus question de l'abolition du cumul. Il faut donc encore un peu de patience. Je regrette aussi la retraite de Carnot que j'avais mis au fait de ma position, et qui s'était montré si bienveillant pour moi. Je n'ai pas encore vu Vaulabelle*.

1. Le nouveau miolstre de l^lnstruction publique, successeur de Carnot.

Ia r(*aclion politiqiio est fatale

à Gorhardt.

La roaclion qui ne cossa de s'accentuer depuis les journées de Juin éloigna de plus en plus de lui la possibilité de réussir, d'autant plus qu'il ne voulut jamais avoir recours qu'à ses titres, h ses droits.

Ses amis connaissaient si Lien ses sentiments a l'égard des recommandations personnelles, qu'ils n'eussent jamais osé lui proposer des démarches qu'il considérait comme humiliantes, du moment qu'elles n'étaient pas fondées sur l'examen de ses travaux et dans l'intérêt de la science.

C'est ainsi qu'il eût été facile de lui donner accès auprès de Cavaignac, alors chef du pouvoir exécutif. Le général Cavaignac était en effet un des plus anciens et intimes amis de Richard Gordon*, qui, en 1826, lui avait rendu quelques services lorsqu'il était lieutenant à Montpellier, et leur liaison toujours continuée, autorisait l'ami Gordon à offrir ses bons offices à Gerhardt. Mais il se convainquit lui-même, après de discrètes ouvertures auprès de M"" Gerhardt, que la fierté du savant, dont la haute valeur scientifique était connue, serait blessée de la protection d'un étranger, surtout qu'il était, en opinions politiques, l'adversaire déclaré du général.

Et poiu'taiil, s'écriait Gordon ^, c'était bien Thonmie des circon- I stances. Ne dit-il pas : J\ii toujours iombre de Washington devant

moi^W Hélas î les Français sont-ils dignes d'un Washington

.quand ils ne rêvent que d'un Napoléon?... Qu'il est dommage qu'à son puissant génie et à ses nobles qualités Gerhardt n'ajoute pas un peu de connaissance des hommes! — J'ai tort..., peut-être qu'avec celle-ci, sa passion enthousiaste pour la chimie n'existerait pas, et qu'il serait détourné de ses investigations scientifiques, qui feront la

gloire de son nom î

Us événements La scicuce, cu effet, par ces temps profondément troublés, ne

point les travaux

de Gerhardt et 1. Lettre de Rictiard Gordon à M™» Sanders, du 11 septembre 1848. de Laurent. 2. LeUre de Richard Gordon à M»* Sanders, du 18 octobre 1848.

3. Le général Cavaignac avait réussi à se faire détester aussi bien par le parti républicain avancé que par les gens moJérés qui, sans désirer là révolution du 2i février, se comptaient parmi les libéraux du régime déchu. On peut lire, p. 131 du tome U, 3« série, de la Revue de QuesnevUIe {18i8^ un article qui a pour but de soutenir la candidature du prince Louis Bonaparte à la pré^'tidence, où ce sentiment d'hostilité est nettement marqué contre ces hommes qui^ un jour maitres (lu pouvoir qu'ils avaient tant envié^ ont commis en quelques mois plus de fautes^ plus de turpitudes, plus de lâchetés à Vétranger^ que le pouvoir tombé n'en avait amassé en dix-huit ans !

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