‹ Charles Gerhardt; sa vieChapitre 13 sur 274 · Jacques Hatter, directeur de 1822 à · texte numérisé non relu

Jacques Hatter, directeur de 1822 à

bien que depuis 1826 les divisions dé classes et les programmes se fussent rapprochés de ceux en usage dans TUniversité, il n*en est pas moins vrai que les jeunes Alsaciens y apprenaient à fond l'allemand aussi bien que le français et conservaient pendant toute leur carrière une supériorité considérable dans toutes les transactions entre les deux pays, dont la limite historique et naturelle est le Rhin *.

Le petit Gerhardt fit honneur à ses classes : il sauta la sixième et termina sa rhétorique en même temps que sa quatorzième année, le 21 août 1831 *. Parmi ses condisciples plus jeunes que lui d'un an, nous trouvons Adolphe Wurtz et Emile Kopp, tous deux fils de pasteurs, qui devaient le renconirer à nouveau plus tard dans Tarène de la science, et lutter brillamment à ses côtés : ce môme. Adolphe Wurtz deviendra le continuateur de Tœuvre de son aîné et marquera son nom comme son successeur dans les fastes de la chimie moderne.

Fabrique Le jeufie Gerhardt était donc arrivé au terme de ses études

Hang'enbieten, bien avant Tépoquc moyenne des enfants de son âge, et un

conseiller attentif eût facilement prédit qu'avec de pareilles dispositions une brillante carrière pouvait s'ouvrir devant lui. Mais un événement grave venait de jeter alors celle famille, jusque-là largement aisée, dans des difficultés, et le père sentait le besoin de faire converger les énergies de tous vers le môme but : la reconstitution du patrimoine fortement compromis. En effet, alors que la situation de Samuel Gerhardt comme fondé de pouvoir à la banque de Turckheim était brillante, il s'était laissé éblouir en 1825 par les promesses de gros bénéfices que lui assurait un sieur Schutzembach de Mannheim, par l'exploitation d'un brevet concernant la fabrication de la céruse. Un*^ association s'était fondée entre eux, Samuel Gerhardt apportant 40.000 francs, Schutzembach son brevet, et le reste des frais de

1. Germania omois a Gallis Rbœtisque et Pannoniis Rheno et Danubio fluminibus... separatur. Tacite, Get^mania, l. Voir aussi Tacite, Histoires, IV, 73.

2. D'après des restes de registres échappés à Tincendie du Gymnase en 1860, rélève Gerhardt eut le 1" septembre 1825 et le 24 août 1826 un prix d'application, un accessit en cinquième le 23 août 1827, et un premier prix d'histoire et géographie le 25 août 1830 en seconde. Parmi ses professeurs est cité M. Boegncr, père de M. Paul Bœgner, préfet du Loiret.

premier élablissement et de mise en exploitation devant èlre supporté de moitié par chaque associé.

L'usine fut construite sur une emprise du terrain de la campagne de M. Samuel Gerhardt à Hangenbielen ; mais lorsqu'après les 40.000 francs dépensés il fallut faire appel à son associé Schutzembach, celui-ci déclara ne plus pouvoir fournir sa part, et l'association fut rompue, laissant Samuel fierhardt seul à la tôte d'une industrie pour laquelle il n'avait re^u aucune instruction technique, et pourtant qu'il fallait faire marcher à tout prix sous peine d'un effondrement complet de tous les capitaux engagés.

Avec une rare énergie et une persévérance sans relâche, il dirigea l'usine d'Hangenbieten, achevée et en cours de production, grâce à l'apport de la fortune de sa femme et de son beauiils. Cest pour faire honneur à ses affaires qu'il prit la décisicm de procurer à son fils Charles, dès sa sortie du collège, l'instruction professionnelle et technique nécessaire pour l'aider dans son entreprise.

Dans les premiers jours d'octobre 1831, le jeune Gerhardt fui i^«-

envoyé comme élève libre (hospitant) au Polytechnicwn^ de techniques Carlsruhe, institution fondée quelques années auparavant (1825 ) r.arisruho. par la fusion de trois établissements spéciaux, et dont la réputation avait rapidement grandi, sous l'enseignement du professeur de chimie et de minéralogie Walchner'.

Le programme comprenait :

l'* La chimie des corps inorganiques;

2* La théorie des sels :

1. Le Polytechnicum de Carlsruhe, qui était plutôt un enseigaernent moyen, s'est transformé depuis, et en 1865 est devenu l'Ecole supérieure technique grandducale^ qui a pour but le perrectionnement et la propagaiion des sciences industrielles et des arts. L'enseignement comprend, outre les mathématiques et les sciences naturelles, Téconomie politique, l'histoire, les beaux-arts, et forme des ingénieurs, des architectes, des mécaniciens, dés chimistes, des forestiers, aussi bien que des pharmaciens, des géomètres et des professeurs. Le recteur est nommé tous les ans par le grand-duc sur la présentation du conseil des professeurs.

2. Le De Frédéric- Auguste Walchner, né le 5 mars 1800 à Meersburg, lac de Ck>nstaoce, grand-duché de Bade, fut nommé en 1823 professeur à FUuiversité de Fribourg, puis en 1825 appelé à Tlostitut polytechnique de Cnrlsruhe en qualité de professeur de chimie et de minéralogie; membre de la direction des mines, conseiller en 1833, enfin de 1832 à 1836, directeur du Polytechnicum. Il prit sa retraite en 1854 et mourut le 17 février 1865 à Carlsruhe.

3** La chimie des corps organiques ;

4* Les acides organiques, les sels basiques, les matières végétales neutres, IVsprit de vin, IVlher, la fermentation.

Une annotation du professeur sur le rapport général du cours en fin d'année indique que tous les auditeurs assistaient aux conférences avec une attention digne d'éloge. Gerhard! suivit le cours du môme professeur sur la minéralogie *.

Le jeune homme était au reste à la hauteur de cet enseignement tant par son ardeur à Técouter que par son intelligence et la maturité précoce de son esprit pour se l'assimiler.

Quelques lettres, écrites en allemand à sa grand'mère M'^^R. Weber, nous mettent heureusement à même de suivre ou plutôt d'en jalonner le développement, et à ce titre méritent d'être citées presque entières. Rappelons qu'il était dans sa quinzième année, par conséquent dans l'âge des impressions neuves, souvent les plus décisives pour le développement futur dujugeiomit.

Carlsruhe, 31 décembre 1831.

Chère grand*mère *,

Je vous envoie ces quelques lignes pour vous prouver que je suis toujours vivant et que je ne me suis pas non plus battu au pistolet. Voilà près de trois mois déjà que j'ai quitté Saint-Marc et fait avec vous ma dernière partie d'écarté. Lorsque je pense aux bonnes soirées que j'ai passées au milieu de ma famille et à celles que je passe maintenant, je désirerais être de retour dans le vieux Strasbourg, bien queCarlsruhe soit beaucoup plus joli et plus attrayant. C'est une petite ville gaie, moins animée que Strasbourg, mais où les manières" sont plus affectées. On est plus guindé, moins franc que dans la société strasbourgeoise ! .

On voit ici beaucoup de beaux édifices et' de belles promenades ; je m'y plais très bien ; pourtant les campagnes des environs sont beaucoup moins riantes que celles de Strasbourg ; je cherclie vainement Hangehbieten, je ne trouve rien que des forêls et des bruyères.

J'habite un très beau quartier, en face du palais du margrave, non loin du château grand-ducal. Ce dernier est entouré d'un parc magnifique, très fréquenté en été. Le tout forme un cercle, avec de belles maisons et arcades le long de la circonférence ; au centre se trouve la

i. Archives de la haute Ecole technique de (^arlsruhe, communiquées obligeamment par M. le recteur Bunte.

2. Lettre traduite de Tallemand. En marge on lit: Mon adresse est Spitalstrasse, 48, chez le professeur Stieffel.

tour du château, que Ton peut voir dans neuf rues différentes, partant toutes du château.

Il y a aussi un joli théâtre de la cour que je fréquente assez souvent pour abréger les longues soirées, après avoir terminé ma journée. Je suis allé quelques fois en soirée chez des personnes auxquelles on m'avait recommandé. Mais cela ne nuit pas à mes études, car je travaille toujours courageusement et de toutes mes forces. Je fais de la chimie^ des mathématiques et de la physique; ce sont des études difficiles^ mais néanmoins très intéressantes parce qu'elles permettent de pénétrer dans les mystères les plus intimes de la naturCy ce qui a toujours pour nous un attrait magique. Le physicien et le chimiste peuvent se présenter en petits créateurs devant le public; les mathématiques aiguisent l'esprit et l'habituent à la réflexion: elles sont la véritable introduction à toute philosophie.

Une année s'est encore écoulée, le ciel seul sait ce que nous apportera la nouvelle : que ce soit du bonheur ou du malheur, il faudra que nous le supportions avec patience. Que Dieu vous conserve longtemps encore en bonne santé...

Adieu, bien-aimée grand'mère, que le ciel vous donne le bonheur et vous conserve longtemps encore en bonne santé à votre famille.

Votre petit-fils qui vous aime tendrement, C, Gerhardt.

P.-S. — Mille compliments à oncle et tante Weber, à leurs enfants, à tante et oncle Ehrmann, à Jacobé, à Loulou et à toute la famille.

De retour à Carlsruhe, après les vacances scolaires, le jeune homme dut passer sans doute des examens, car, à la date du 12 octobre 1832, il reçoit les certificats suivants* :

INSTITUT POLYTECDNIQUE DU GHAND-DUCEÉ DE BADE

Charles Gerhardt, de Strasbourg, a suivi, en 1831-1832, avec assiduité, mes cours de chimie et de minéralogie, et donné des preuves de très bons progrès, tant aux conférences qu'aux examens publics. Depuis Pâques, il a fait avec zèle et succès des travaux d'analyse chimique au laboratoire de l'Institut polytechnique.

Carlsruhe, 12 octobre 1832.

Walcbner.

Je certifie que M. Charles Gerhardt, de Strasbourg, a étudié. Tannée dernière, sous ma direction, avec un zèle particulier et

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